24 avril 2005
Le Jardin Chromatique
Le lendemain, sur les conseils du Roi, la Reine en herbe, pour apprendre son métier, vient guetter la grande pompe du lever du soleil. Les nuages à cette heure paraissent un glacis sur le matin, qui se fissure et craque sous les effluves de photons l'entrepenant en son envers. Cela fait, elle sème cette fois-ci toute une poignée de grains de ses deux paumes qu'elle ouvre comme deux ailes. A mesure que l'astre solaire s'élève, il tire à lui le labyrinte contenu dans les semences. Ainsi, un dédale de verdure, de ronces, pousse rapidement au jardin sous les volets verts. Dans leurs poussées rapides, les murs de verdure enchevêtrés se dressent et se referment tout un chacun sur l'autre en faisant entendre des sifflements innombrables et pénibles. Lorsque les parois sont assez hautes pour que la Reinette ne voit plus dans le labyrinthe, on entend un gémissement cornu implorant sa délivrance...Au ciel, la mélancolie suspend sa balancelle au-dessus des fronts, tirant un lourd chariot de noirs cumuli...Sa petite Altesse tremble et voudrait secourir cette plainte, mais le Roi entre brusquement dans sa chambre, la réprimandant d'avoir désobéi par ces semailles interdites...
Pour sécher ses larmes bleues, le troisième jour, elle descendra arpenter le jardin. Elle se rendra au miroir (par lequel nous arriverions depuis Agrigente), celui qui dans son reflet garde prisonnière l'image de la dernière forme à s'y être regardée. Aujourd'hui elle y voit un lapin silencieux, plus grand encore que le Roi...Elle passe son chemin, et alors que s'incruste l'image de ses yeux étonnés qui regarderont le prochain spectateur, elle aperçoit au centre l'arc-en-crique un poisson échoué plus grand que le lapin. Elle rentre sa tête dans sa bouche puis son ventre et lorsqu'elle la ressort, tous les objets volent en apesanteur, le Roi, les belles commodes, les calèches et les chevaux rendus à leur élément paternel, les perruques, les courtisans, le sceau royal...et le ciel semble soudain fait de céramique antique où éclate l'amarille d'un soleil mosaïque.
Mais certains savent déjà que c'est ici que se trouve le plus beau des jardins...
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19 avril 2005
Le Portier des Arènes de Lutèce
A la Sibil, lutétienne et pèlerine
Eclaireur de Phébus, prévenant du soleil chacun des avènements comme chacune des chutes, témoin du baptême et du deuil des jours, un homme-crépuscule vient sceller pour la nuit la porte de bois, dont l'antiquité explique la petitesse. De son coup de clef, ayant rabattu hermétiquement les planches formant un arrondi en leur sommet, il veille au nocturne inviolée des Arènes. Gardien des rêves de l'amphithéâtre, la pâleur et, proche de l'immobilité, l'économie de gestes rendus au plus infime de leur nécessaire, ne sont pas sans évoquer la blancheur vivante de ces figurines en porcelaine, dans l'imagination et la réalisation desquelles les peuples du Nord de l'Europe sont maîtres incontestés.
L'office échu à cette face de sépulcre fait, aujourd'hui comme toujours, l'objet d'une attention soutenue de la part des autorités parisiennes : des législateurs gallo-romains aux prélats mous de cette société qui, bien que dite du "spectacle", n'entretient qu'un rapport d’incompatibilité avec l'âme du lieu, il n'est pas jusqu'aux régicides à n'avoir entouré cette fonction des atours du plus occlus des secrets. Le portier lui-même, choisi parmi les orphelins puis émasculé, ne dispose pas du droit de pénétrer nuitamment les Arènes. Les clefs doivent être empruntées puis remisées dans un lieu variant chaque jour, et dont l'identité ne lui est révélée, de manière exclusivement orale, qu'à l'aube par les soins ailés d'une estafette spécialement détachée. Il se doit d'habiter un logement prévu à cet effet, situé hors-les-murs de la capitale. Sous Justinien III, une manière de masure, tenant presque du caveau et de la tour, en réalité un donjon à une pièce à demi contenue par le sol, fut édifiée à l'ouest de l'enceinte de Lutetia. Pétrus en fut son premier locataire. Chaque matin, après qu'à la manière d'un Hermès horizontal, un soldat lui avait indiqué l'emplacement quotidien du précieux trousseau, sa silhouette de pierre parcourait les sept lieues de l'axe héliotropique le séparant des Arènes. Au soir, Pétrus voyait deux solutions s'offrir à lui pour regagner son logis loin des hommes. Il pouvait d'abord, les jours où l'on fêtait quelque divinité, où il sentait que la nuit serait violacée, rouge lie du festin de Bacchus célébré en son vignoble sacré, où il savait que depuis le Forum sis sur la hauteur du plateau inspiré, non loin en face du contemporain jardin du Luxembourg, se déverserait sur le cardo second (le boulevard ensuite dédié à Saint-Michel par les héritiers convertis au Christ ressuscité) une foule composite d'amants, de marginaux, de voyants et de brigands, ivre de vins et de lune gibbeuse, il pouvait alors préférer, afin d'éviter cette faune dissonante, remonter discrètement le cours du décaminus le menant rapidement à l'orée du bois où sa demeure solitaire l'attendait, au mitan d'une clairière obscure, qu'il comme un bibelot le velours de son coffret.
Les jours calmes, à l'heure où la caresse orangée des soirs du mois de Jupiter venait émollier les colonnades du Forum, Pétrus aimait à s'attarder à la contemplation dans le lointain du Temple de Mercure qu'on apercevait là-bas, sur la grande colline du septentrion, celle que le saint dionysiaque viendrait bientôt irriguer du sang de Miséricorde. La voie parallèle au cardo est alors d'une sérénité de nuage, et lorsque tous les mauvais garçons ont rejoint leur quartier général au nord de la Seine, qu'ils remplissent la panse de cet éléphant géant que Justinien fit tailler dans le marbre en l'honneur d'Hannibal vainqueur des Pyrénées, confisqué et habité dès lors par ces factions de pauvres bougres, décimés par les grandes famines du IIème siècle, lorsque le boulevard bientôt dédié au chef des milices célestes par les héritiers convertis au Christ ressuscité, est déserté par les fils de patriciens venus s'encanailler sur son pavé qui est la nuit du cardo, Pétrus aime à le pratiquer dans son silence voluptueux.
Pour nous qui savons, maintenant que le rêve a totalement infusé notre réalité, en notre âge affranchi de la mesure du temps, où nous vivons le solstice du songe qui, en parousie, a lâché ses chimères dont les serres ont arraché les derniers lambeaux du vraisemblable, faisant éclater le cloître des dimensions multiples, procédant à la fission du connu, pour nous qui savons donc de quelle eau était ainsi emplie la fontaine des Arènes, ce miroir sous la grande bouche d'Ombre sculptée, rendant ses oracles silencieux, pour nous qui vivons désormais en un espace agone, la révélation de ses arcanes n'est plus source d'émoi ni d'émerveillement. Nous baignons littéralement dans, nous sommes le rêve, il n'y a plus ni intérieur, ni extérieur. Lorsqu'on le contemple depuis le rivage de granit du réel, le rêve lui est un au-delà, tandis que lorsqu'on a franchi le miroir, on accède à une dimension totale, holistique, sans retour, qui englobe le réel lui-même, et alors l'on s'aperçoit que notre vue manquait de considérer ce cercle sans circonférence, que le rêve en s'épanouissant dilate son onde sans trêve, comme une tâche d'encre illimitée, et accomplit sans l'abolir ce dont misérablement nos sens témoignent.
Tout cela Pétrus ne le savait pas, bien entendu, lui qui vécut à l'équinoxe des siècles.
Jamais comme ce soir disque solaire ne fut aussi dolent à la rétine humaine. Pétrus se dirigeait plein occident, d'où l'astre protégeait sa retraite d'une volée de flèches à crever les yeux. Il croisa un groupe de pèlerins à Mercure qui partait vers le Nord, marmonnant quelques mètres ïambiques. En tournant la clavicule dans la serrure, il nota ce soir encore, que le pavé des premières marches observait une imperceptible concavité de l'usure des pas humains. Comme il ne l'avait que très rarement fait, une fois la porte close, il ne reprit pas la direction orientale, mais se laissa descendre vers ce qui est aujourd'hui le Jardin des Plantes. A l'endroit où se situa à la fin des temps linéaires le Muséum d'histoire naturelle, il rencontra une fleur géante, de deux fois sa taille, aux pétales comme agitées perpétuellement d'un vent inquiet, sans direction…Il crut voir là quelque mauvais présage, et n'écartant pas l'hypothèse qu'il se fût agi de l’avertissement qu'il avait failli à sa charge, en mal fermant la porte...Il revint sur ses pas, la nuit était tombée entièrement sur les Arènes. La porte était correctement poussée...Mais en voulant s'en assurer, il la fit pivoter par mégarde sur ses gonds...Apercevant un peu plus bas la fontaine à la bouche d'Ombre et voulant s'y abreuver dans un réflexe animal, il transgressa la consigne absolue. Pétrus ne put saisir toute la gravité de son acte, car il était hypnotisé par le reflet diamantaire de la surface de l'eau, par son frémissement cristallin. Il joignit ses mains pour recueillir le liquide désaltérant, mais à son contact, ses mains semblaient peintes de voie lactée et la bouche d'Ombre grimaçait... Il lui semblait n'avoir connu qu'en rêve cette nouvelle et irréelle nuance du ciel. Il se retourna et se déroula sous ses yeux une tapisserie toute fantasmagorique…
Voici qu'en un combat nocturne des gladiateurs joutaient à une vitesse fort lente, au son mat de lames coulées selon l'art celte, la lune se reflétant au fil des épées. La chorégraphie des coups et parades formaient une constellation identique à celle de Mars brillant au ciel. Le tintinnabulement des épées était démultiplié par les gradins de l'amphithéâtre, gravissant la gamme des aigus au fur et à mesure du déploiement de l'écho...
Il voyait encore une pièce de théâtre donnée de nuit exclusivement, toutes les places étaient garnies par des citoyens aux masques grotesques, un chœur entonne des chants étranges, dont on retrouvera les accents en Lettonie...A l'épilogue de la pièce, la matière noire pleuvait et se répandait sur l'assemblée...Une nécropole semblait surgir de sous terre...Un culte est rendu à la lune dans les catacombes...Il assiste aussi à une séance de prières collectives. Il revoit les pèlerins de Mercure. En quelque direction qu'il se déplace sur la terre battue de l'arène, l'écho du rêve partout le précède...
Les Arènes de Lutèce sont la porte ouverte vers une autre dimension, le boyau qui mène à l'épicentre d'une succession de Paris invisibles, où, de strates implicites en orbes tus, se concentre, ondoyante, la quintessence de la Cité insulaire.
Est-ce la dimension Morphique, l’outremer du songe aux océans innomés, où des dauphins d'or boivent à pleine gorgée des liqueurs en fusion, presqu'évaporées, doucement salées, aux calices translucides.
Voici que se sont ouvertes les traboules du temps, comme ces passages qui trouent le tissu parisien, courant sous les charpentes où, avec le piéton magnétique, s'engouffrent les vents, l'obscurité et le songe.
Reprenant brusquement conscience, il courut jusqu'aux Thermes du Nord pour se laver de ces visions interdites, oubliant dans son délire que le jour allait bientôt se lever...Ne l'ayant pas vu la veille rapporter les clefs, le cavalier qui habituellement venait l'informer de leur emplacement exact était ce matin à sa recherche ; il retrouva Pétrus endormi et hurlant dans son sommeil au pied des bains publics...
Dès le lendemain, Paris connut une éclipse du soleil qui dura plusieurs semaines. Le portier démis n'y survécut pas. S'allongeant dans une barque qu'il laissa dévaler le cours de la Bièvre, il crut, à la lisière du dernier sommeil, aspiré déjà par les eaux de la Seine qui l'engloutissait, apercevoir Isis, qui l'appelait. Depuis la profanation de Pétrus, les gardiens sont choisis sourds et aveugles.
Ne sois pas étonné lecteur, si, suivant la trace de celui qui s'acquitte aujourd'hui de cet office, tu vois, à son passage, des éléments antiques se reconstituer à l'épiderme des hausmaniennes bâtisses, pour se retirer aussitôt comme la marée.
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11 avril 2005
Le Cabinet de curiosités mythologiques du Marquis de Baumes
Le Marquis de Baumes eut pu sacrifier à sa manie de la liste en édifiant, comme Retz en son désert, de philosophiques demeures, synchroniques et transcontinentales. Le maçonnique des linteaux l'eut alors disputé à l'isocèle des pyramides et au Levantin des pagodes. Toutefois c'était à un dessein miniature qu'il avait attelé sa marotte . Rien ne lui était plus exotique que l'esprit bourgeois de possession foncière. Elles pouvaient bien toutes aller s'empaler sur les sabres du Grand Turc ou sur les récifs anglois, toutes ces panses considérables qui soupiraient après l'acte de propriété et agitaient l'encensoir autour du Dieu-écu.
Quant à lui, Théophraste de Baumes, il n'aspirait pas au gouvernement des hommes.
Derrière les hautes grilles du manoir des Baumes, on apercevait, ceignant la porte principale, deux colonnes de pierre tendre, jaunissant au soleil et s'immaculant au toucher de la pluie, où furent ciselées les armes de la famille : un blason qui figure une boîte crânienne dépourvue de chair et d'yeux, au pied d'un phare qu'entourent sept conchas, réplique fidèle de celui de La Coruna, au Finis Terrae, là où le Chemin de Saint-Jacques se jette dans l'Atlantique, là où pour toute frontière avec la Galilée il n'est plus que la mer, là où vint donc buter l'ancêtre mythique, le Chevalier de Baumes, ne regagnant qu'à regret le sol lutétien qu'il ne foula pas de nouveau sans enchâsser le bois généalogique du souvenir du pèlerinage à Compostelle.
Parmi le mobilier vermoulu, posé au-delà d'un pourpoint sans âge, son rictus maussade évoquait l'ébréchure d'une faïence de facture ancienne, ouvragée aux noirceurs moirées de l'encre de Chine, aux reflets mats. Le silence des yeux, malgré le vocabulaire pléthorique de leur mobilité bavarde, la solidité de la lèvre, corniche où venait s'appuyer tous les mépris, le buste éternellement corseté dans la plus aristocratique des verticalités, tous ces traits devaient bien, à la manière de cette vaisselle surannée, et à la condition d'être considérés dans un même ensemble avec un peu de hauteur, signifier en leur envers quelque rébus, dont l'élucidation, si stimulante fût-elle, se fût probablement avérée décevante, révélatrice de guère plus, guère moins de misère et d'abysse que n'importe quelle âme en exil.
La sensation de gouffre qu'il y avait à se perdre dans les iris de Baumes n'était pas immédiate, tant le regard semblait d'abord délavé d'avoir trop contemplé les joyaux d'une collection d'objets uniques dans l'espace et le temps. Certains spectacles ne se déroulent pas sous nos yeux sans ponctionner de notre être, autant qu'ils nous nourrissent des sucs que celui-ci en a su extraire...
C'est ainsi que certaines des pièces du cabinet mythologique de Baumes, étaient recouvertes d'une gaze protectrice qui, quelle qu'en était la dimension et le matériau, portait les armes des Baumes, dont le funèbre rappelait chaque chose à sa vanité. Lorsque l'on aura été détrompé sur la nature exacte de cette collection, sans parenté proche ni éloignée, on comprendra que ce rappel de la finitude terrestre était nécessaire pour ne pas sombrer dans un dangereux vertige, enlevant au temps le confort des mesures humaines de son décompte, brisant les aiguilles des horloges contre des falaises de songe enveloppant. Une fois relevés, les différents suaires découvraient ainsi des objets d'où le mystère émanait de manière palpable, comme si celui-ci possédait une vibration propre, au même titre que la couleur et le son ; sans doute existe-t'il ainsi une gamme du merveilleux, au seuil de l'immatériel, s'adressant à l'âme sans le truchement des sens, et pour laquelle il n'est pas encore de système de notation, bien qu'on le suppose par avance identiquement doté de sept degrés. Pour l'heur, attendu que le mystère se dissipe aussi promptement qu'une licorne fuit la clairière à l'ouïe du premier souffle braconnier, la volonté de retenir, de fixer, de posséder l'essence du monde reste profanation. « Noli me tangere... »
Sur un guéridon, une nappe, aux points cardinaux de laquelle s'entrelaçaient les boucles du B des Baumes et les têtes de morts sur fond noir, moulait les contours effilés d'une corne...Le marquis lui-même dans les premiers temps ne parvenait à se convaincre qu'il s'agissait là d'une de celles du Minotaure...Ramenée par Thésée en trophée et attestation de sa victoire sur le taureau affamé de vierges, l'appendice osseux du monstre maculé du sang de tant de chairs innocentes transpercées, avait servi de goupillon aux obsèques sauvages d'Egée noyé par un désespoir sans objet, célébrées dans la solitude au bord de cette mer que celui-ci baptisa de son suicide. Le souvenir de cet épisode semble avoir subi le maléfice de la "chaise de l'oubli" d'Hadès, et son souvenir, pour n'avoir pas été arraché comme Thésée aux enfers, n'a jamais n'a pu rejoindre les rivages du Péloponnèse et être entonné par aucun chœur antique. Baumes, lorsqu'il avait acheté la corne au pêcheur crétois qui avait assorti la transaction de ce boniment, n'en avait évidemment pas cru la moindre syllabe, se promettant d'en retrouver tant et tant d'exemplaires, dès qu'accosté au port Athènes, qu'au terme de leur assemblage le Minotaure, riait-il intérieurement avec force, se fût avéré plus piquant qu'un oursin de Patras! Mais outre le fait qu'il ne trouva aucune réplication de l'attribut taurin, il apprit, a contrario, quelques années plus tard, que l'une des premières expéditions scientifiques menées par La Pérouse, avait mené celui-ci au pied de la crique abrupte ouvrant sur la Mer Egée, dans la cavité de laquelle il avait trouvé un certain nombre de rouleaux renfermés dans des vasques scellées par le lent travail crustacé, et dont certains passages venaient combler plusieurs silences mythologiques, révisant même parfois certains récits tenus pour les plus acquis...En ouvrant ce matin le Mercure de France à la rubrique d'Histoire Ancienne qui confirmait le récit du nautonier, les explorateurs ayant par ailleurs mis à jour une stèle funéraire au sommet de la falaise, dominant le mer intérieure et gravée de la main même de Thésée en épitaphe à son père, Baumes sentit un frisson lui couperoser le derme en regardant la corne fixée au mur, et comprit mieux cette étrange émanation qui le gagnait parfois lorsqu'il s'attardait à la détailler, cette méditation impromptue agissant alors à la manière du halo lunaire, bienfaisant mais obsédant...Il la décrocha et lui offrit l'écrin d'un plateau en argent et cette toilette albine, qui prit dès lors valeur de tradition. Le trophée de Thésée inaugura ainsi la curiosité mythologique de Baumes, son esprit aspirant de tous ses linéaments à éprouver la suave ivresse du rayonnement ancestral.
La deuxième acquisition, du point de vue chronologique, se réalisa dans des conditions exemptes de tout rocambolesque, sans être toutefois dénuées d'onirisme...La vente aux enchères des biens du Comte de la Pérouse, porté disparu par-delà les océans, et que sa veuve souhaita organiser pour sauver la demeure familiale, eurent lieu dans une incontestable dignité. Quelques heures avant le début de la vente, la cour se dispersait en chuchotant parmi les objets mis aux enchères. Baumes fut immédiatement saisi par ce fluide propre à la corne du Minotaure qu'il retrouva intact à la caresse des galets de jade et d'obsidienne d'un jeu de Go, que le petit écriteau de présentation datait de la période dite des royaumes guerriers et affirmait avoir appartenu Sun-Tsu. Ce qui ne pouvait souffrir de doute, c'était que le grand et lourd plateau ovale avait été offert par l'empereur à Louis XI à l'occasion du mariage de sa fille Anne de France, et que Louis XVI en avait fait l'offrande à son tour au génial navigateur, en reconnaissance de son esprit de témérité et de sa contribution à l'avancée des sciences...Baumes pratiqua ce jour-là une sérieuse incise dans la cassette familiale et dut se débarrasser de l'unique domestique qui veillait à l'apparat du domaine, et déjà, le soir, on ne vit plus qu'une seule pièce allumée, celle du cabinet mythologique. Après s'être initié à ses rudiments, Baumes avait pensé rompre l'un de ces orphelins surdoués de Saint-Cyr à l'usage de ce jeu de mort raffinée où, comme dans tous les jeux orientaux, c'est l'intelligence qui assassine. Mais l'hypothèse demandait trop de patience ; le Marquis n'excluait pas qu'une partie pût durer toute la moitié d'une vie, car cette attente se jouait au front, dans la tranchée, à l'avant-garde, haletant bruyamment du risque de l'oblitération psychique, mais déployer la somme d'efforts nécessaires à l'apprentissage d'un jeu si complexe, était hors de sa portée. On l'a dit, toute idée d'investissement, de préoccupation usurière, lui répugnait. Il pouvait pervertir son plaisir en l'augmentant d'un labyrinthe de détours, mais l'émotion immédiate était nécessaire à sa jouissance, sans possible différé. Il y avait bien eu ce chinois ramené d'une expédition aux antipodes, cruellement exposé un temps dans un enclos à la curiosité des badauds des jardins de Versailles, jusqu'à ce que la bonté de Louis le seizième n'en put mais et que, la royale curiosité entomologique et ses nécessaires observations en situation satisfaites, il fut libéré de cette position zoologique dégradante. Mais le pauvre confucéen n'avait pas supporté cette liberté subite dans une contrée si éloignée la sienne, et était mort d'épuisement.
Si bien que de Baumes, après avoir fait le tour des capacités stratégiques de son unique ami le docteur Mortensen - un calviniste suédois-, ne jouait plus que contre lui-même. Toutefois, le jeu de Go, même en jachère, continuait d'émettre son rayon mystique...
Baumes, en une perpétuel quête qui privilégiait des objets dont il put éprouver physiquement la charge énigmatique en les manipulant, en les rendant à leur usage premier, rituel originel où la poésie était alors tout à fait opérationnelle, se joignit à un pèlerinage à cheval en Terre Sainte, dans le but inavoué de trouver des pièces de grande valeur dans cette partie du monde où se concentre le sacré, où les plis des montagnes libanaises et les collines de Judée constituent les rides de l'omphalos terrestre. Et sur la route, à mesure que la troupe de cavaliers se rapprochait de Jérusalem, il lui semblait que la lumière devenait de plus en plus douce et intense...Il crut que l'Orient n'allait pas tenir entièrement cette promesse d'une lumière intrinsèque aux objets mythologiques lorsqu'il tomba dans une embuscade ourdie par une horde falasha, cette tribu juive nichée au plus aigu de la corne d'Afrique, la peau nègre tendue sur le cadre d'un visage isocèle inversé. Les ravisseurs comptaient utiliser ces pèlerins comme billets de créances pour récupérer des frères au sang bleu et étoilé de l'élection d'Israël, capturés par les ottomans. Il fut dérouté avec ses compagnons de route vers Addis-Abeba où il resta détenu pendant quelques semaine dans la cage de sable des palais des anciens rois d'Afrique, au silice solidifié par les vents péninsulaires. Avant que ne se nouent des négociations avec l'Osmanli du Caire, Baumes réussit à convaincre le Prince Terah que, pour la leur avoir sauvée à plusieurs reprises sur les sentiers pérégrins, il était maître de l'âme de ses compagnons, qu'à ce titre il en disposait, et qu'aujourd'hui il lui était agréable d'honorer le représentant le plus fier et le plus éclairé des descendants du Roi Salomon et de la Reine de Saba, en lui offrant les services de ceux-ci. Pour lui, une fois que quelques-uns auraient servi à ramener les frères captifs, il ne souhaitait, avant de se retirer de la royale présence, que récupérer ces deux objets jonchant le sol nu de la salle, à l'ombre du trône de boue séchée : d'abord cette harpe, négligemment déposée après que l'un ou l'autre des guerriers des sables en avaient joué, le soir...Baumes n'avait pas été long à identifier la harpe de David, dont celui-ci jouait devant l'Arche, dansant ses Psaumes, pour adoucir le courroux de Yahvé, déclenché par l'orgueil d'Uzza qui, reproduisant le péché adamique, fut frappé de folie puis de mort...L'écoute du pincement des cordes avaient résonné à l'âme de Baumes à la manière dont la corne ou le jeu de Go avaient doucement irradié, et il avait alors compris qu'il trouverait ici sans doutes beaucoup plus qu'à Jérusalem, où durait le règne des faussaires...
Ainsi également de cet œuf d'une taille inhabituellement importante - un tiers d'homme approximativement, dont le passage de la main de Baumes extirpait de sourdes litanies. Baumes jeta son dévolu sur cet œuf, dont il ne comprenait pas encore toute la portée fantastique...La harpe, dont la haute extraction avait du restée enfouie sous les dunes à l'occasion de quelque brutal épisode de la geste falasha, lui fut cédée sans la moindre difficulté ; l’œuf, qui avait conservé lui quelques prestiges liés à une origine mythique imprécise et certainement due à son fort pouvoir d'attraction, victime qu'à demi de l'amnésie des sables, demanda à Baumes plus de ruse et de coriacité, et ne fut finalement obtenu que dans les murmures d'une partie du clan nomade...Il arriva à la conclusion, en consultant une histoire babylonienne richement illustrée où figurait une semblable coquille aux reflets rougeâtres, d'autant plus lorsqu'elle était longtemps exposée aux rayons lunaires, que cet œuf était celui du Phoenix...L'oiseau de flammes, voletant à travers les siècles et le ciel de toutes les traditions, éthiopienne, juive ou latine, s'immolant de sa propre flamme, comme un scorpion igné, renaissant tous les mille ans, printemps dix fois séculaire...Il semblait parfois vivre sous le toucher de Baumes, qui pour sa part percevait parfois l'écho de piaffements gutturaux et atopiaques...
La collection possédait encore quelques pièces comme cette canne de Saint-Patrick, trouvée au hasard d'une de ces foires qu'écumait parfois un Baumes incognito, et dont certaines légendes celtes, à l'entrelac de leurs enluminures, en leurs Books, prophétisaient qu'un aède des temps de fer serait misionné pour la ramener sur le sol d'Irin...Et qu'il serait pris pour un fou...Il y avait aussi cette incroyable boussole de Colomb dont les points cardinaux étaient repoussés en caractères hébraïques, chacun d'entre eux étant doublé du nom d'un prophète juif. Cette rose des vents portait inscrite en son dos le patronyme du néo-platonicien d'Alexandrie qui l'avait confectionnée...Elle fut l'une des pièces à conviction qui vinrent alimenter la thèse d'une judaïté du "Révélateur du globe". L'entrée en possession de cet inestimable objet, qui indiqua la direction du Nouveau Monde, premier métal du monde ancien, avec celui de l'acier des canons et des casques, à voir ses côtes, fut retrouvé dans les entrailles d'un voleur d'antiquités...Le médecin du Roi, le meilleur ami d'enfance de Baumes avait été chargé de faire l'autopsie du faquin retrouvé mort dans le parc du château. Il était mort d'avoir avalé cette boussole, dérobée à la collection secrète du Roi...Baumes diagnostiqua de son côté une très probable surdose de mystère, ayant eu raison de ce robuste montreur d'ours...Le docteur en soutirant cet occupant insolite des viscères du voleur, avait tout de suite songé à la garder pour nourrir la passion de son ami Baumes, prenant le risque d'une dégradation publique si son mensonge venait à être découvert.
Dans un recoin de la pièce, pendait les ailes d'une curieuse machine ailé, que le drap blanc couvrant la structure comme un dais, faisait ressembler, dans l'obscurité légèrement irisée de l'âtre du crépuscule, à un ange exterminateur décharné...Il s'agissait d'une de ces machines à voler imaginées par De Vinci, leur consacrant cinq mille pages, et dont les croquis n'étaient pas fameux alors, et dont leur mise en œuvre, toujours secrète, avait été entreprise par un disciple méconnu du maître, Paulo Maticcello - dont certains exégètes se demanderaient s'il ne s'agissait pas d'un fils occulté...Baumes l'acquit avec ses derniers Louis, auprès d'un antiquaire Vénitien, la perdit au jeu un soir d'ivresse, puis la racheta, l'utilisant comme déguisement au carnaval de 1781 ; en effet le mana était moins pur entre les jointures de ses ailes, et Baumes ne se résolut jamais à proclamer une définitive authenticité de la relique...
Un arabe roux de Cordoue, rencontré à son retour d'Ethiopie, sous le dôme de l'ancienne mosquée qu'encercle les murs d'une église depuis la fin de la reconquista, lui fit le don inexpliqué de la pièce maîtresse du cabinet, se dressant au milieu et servant d'ultime éclairage pièce où Baumes retrancha ses dernières semaines. Dans une palpitation continue, le linge, posé sur ce qui semblait un mannequin, était habité d'une lumière, comme tissé des sept couleurs...En tirant le drap on offrait au regard incrédule de larges rayons de lumière divergents, qui perforaient une armure de l'intérieur, par les trous du heaume et des articulations...On eut dit une aurore boréale, des myriades de soleil semblaient s'y abriter et en couler en cascades tendues...
-"C'est le vêtement de rêve de ton frère Le Quichotte",
lui marmonna l'arabe, avant de disparaître, non sans avoir précisé qu'il avait trouvé cette armure échouée sur les côtes de Gibraltar et l'avait illuminé de l'intérieur, à son insu, le jour où il réalisa le Grand Œuvre...
Tous ces achats avaient épuisé l'héritage des Baumes, et il ne vécut plus que dans la pièce centrale du manoir, entouré de ses merveilles, éclairé - et l'on comprend mainteant que ce n'est pas qu'une image - par le phosphore du mystère. Mortensen fut le dernier à le voir et à essayer de le distraire un peu de son enfermement. Un soir que le docteur, protégé de la pluie par une ombrelle offerte parle Marquis en reconnaissance de l'avoir sauvé d'un virus tropical ramené avec l'un des objets, l'oeuf très certainement, et qui était composé de peau de batracien, longeait le mur de la propriété, s’émerveillant du pays fabuleux que composait les gouttes en perlant sur toutes choses, végétales et minérales. Il trouva le manoir vide, la grille béant sur l'extérieur. Le cadran solaire, dont l'épée huit fois centenaire du Chevalier de Baumes, trouant le mur à la manière d'un espadon de métal, servait à délimiter la masse des heures écoulées de celles en attente de leur consommation, indiquait la rumeur claire des crépuscules nés de la pluie. Des traces de pas étaient étonnamment enfoncées dans la terre boueuse. Quelques plumes en parsemaient le le dessin fuyant en direction des hauteurs de Marly. Le poids de la machine à voler, dont avait commencé à se détacher quelques plumes, peut-être sous l'effet de la fièvre du Marquis, expliquait le niveau anormalement profond des empreintes.
Baumes avait maintenant pénétré le mécanisme souterrain de la machine à eau de Marly et, à l'aide d'un crochet il y arrima la machine à voler, son équipage subit alors une accélération conséquent, propulsé par les puissantes poulies, et enfin parvenu au terme, il s'élança depuis les hauteurs de Marly, utilisant ainsi ingénieusement la traction mécanique. Un jour de pluie comme celui-ci était favorable, en raison de la nature des plumes utilisées, qui fendaient la bise avec une efficacité proportionnelle à une adhérence à l'air due à leur humidité. Mais l'échec fut patent, et après avoir rasé la Seine de son abdomen et remonté un instant en prenant de la vitesse, il retomba de tout son poids sur le quai droit de scène...Mortensen accourut et lui prodigua les premiers soins, aucune fonction n'était affectée.
Baumes reprit connaissance après quelques jours, et ses fractures furent rétablies par le talent du bon docteur. Ce qui sembla sans remède, au point de faire craindre le pire, fut la mélancolie tenace du Marquis, à la suite ce fiasco aéronautique...Aussi un soir de mai, agi par une intuition, Mortensen s'empara en somnambule de la Harpe, que dans son désespoir Baumes ne prenait plus la peine de recouvrir de sa housse poinçonnée d'une têtes de mort héraldique. Aux premières notes, Baumes semblait regagné par la vie, se gorger de sève nouvelle...Au même moment, sous son capuchon l’œuf éthiopien commençait à faire entendre des craquèlements. Fascinés, les deux amis contemplèrent un spectacle réservé jusqu'alors aux héros et aux dieux : sous la pression du Phœnix renaissant la coquille avait cédé, en quelques instants d'éternités l'oiseau mythologique s'était reconstitué, connaissant une maturation subite.
Etirant ses flammes dans la capharnaüm sacré de Baumes, nimbant toutes choses de jeunesse, les deux yeux de l'oiseau de feu dévorant toute ombre de leur regard, le volatile de la résurrection, comme une chimère incendiée, saisit Baumes par les épaules, déploya ses ailes incandescentes vers l'azur, y décrit une large boucle et aborda la stratosphère à angle droit, déportant Baumes, à bout de serres en fusion, vers une galaxie où toutes les planètes sont annelées. Le Marquis avait perdu connaissance dans l'orangé au-dessus des nuages.
Mortensen fut frappé de tristesse, après que d'effroi. Mais il comprit que son ami, cette nova d'améthyste, cette comète au long cours, ne pouvait plus vivre dans ce monde dont il n'était plus. Nous étions le jour de l'été 1791 et Louis XVI, à la défaveur d'une telle succession de bourdes et de malentendus qu'elles ressemblaient à la destinée, venait d'être reconnu à Varennes-en-Argonne.
Le monde ancien recevait l’extrême-onction.
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06 avril 2005
Ballade des Jacquets
Dans le lointain rectiligne azuré, tremble et se matérialise une silhouette. C'est peut-être Quichotte, un monarque en pénitence, ou un spectre dont l'essence vit sous le verre.
La joue appuyée aux vents, nous allons, purifiés de la saturation électro-magnétique qui fait carlinguer et décarillonner l'âme à la manière d'un gong de tôle froissée.
Au bord du Chemin, quand le vin de neuf heures a fané son sortilège, nos corps amoindris, en plein midi, vibrent en silence de la chaleur du Souffle. Nos tempes irradient un bourdon hypnotique.
Au crépuscule, à la clavicule des heures, lorsque les murs de Castilla y Léon résonnent de la percussion claire et pointue de nos bâtons, nous pensons aux Monsignori qui nous ont envoyés ici, faits rouler sur le chemin. Ils prennent à cette heure copieuse collation en compagnie des plus belles de l'Ombrie. Burgos, Léon, Astorga, - nos promises - nous ont réservé leurs plus confortables pelouses, parfois les échardes du bois nu des albergues. Nous surgissons hirsutes comme des queues de comètes, en phalanges désordonnées mais recueillies, convergeant vers le Corps de Gloire dont nous sommes les cellules affranchies, moellons et compagnons-architectes de cette Cathédrale en expansion, qui n'en finit pas de rejoindre son chiffre initial, soudant ses gravats au torchis de la charité autour de la pierre angulaire dès que rejetée.
Les sentiers sont les ombres échappées de notre chemin, à la croisée vertigineuse entre Galice charnelle et invisible verticale Galilée ; et aucun pli de la terre ne nous ressemble plus que le chemin d'enfance aux larges bords, aux cailloux blancs ; nos venelles s'entrechassent et confluent au Domaine sans nom, où l'on n'arrive jamais.
A cet endroit précis où Il pourrait d'un geste d'un seul lever la nappe et faire voler comme des miettes toutes les habitations, là où s'origine certain arc-en-ciel aux couleurs d'un octave immédiatement supérieur, le vent agite nos haillons troués de lumière.
Nos pieds arpentent les lys en bataille qui déroulent un tapis sous nos semelles cornées ; les ailes des anges claquent à nos oreilles.
Au finistère, le chemin ira s'enrouler comme un parchemin dans la mer.
02 avril 2005
Une Larme dans l'Océan
Bien sûr nos coeur saignent, même si nous savons que il ne connaîtra pas le Purgatoire, lui le bien-nommé qui eût la douceur mystique de Jean et la fougue éfilée de Paul. Pour beaucoup d'entre nous, depuis le temps, il était un papa. Comme des enfants d'ailleurs, nous ne prendrons vraiment toute la mesure de notre amour pour lui, et de sa crucialité, que lorsqu'il sera définitivement parti, et que nous serons assourdis par le tintamarre de son absence. Surtout que le galop des cavaliers devient si tumultueux que même ceux qui n'ont pas voulu entendre et nous reprochaient de ne pas danser au son du tambourin et de la flûte ne peuvent plus garder leur ouïe occluse...Bien sûr le Saint-Esprit veille et il ne nous laissera pas seuls, et Jésus reste endormi sur la barque...Jusqu'à qu'il vienne en livrée de Justice, au terme du temps imparti à la Miséricorde, et qu'advienne le temps de la Justice...Jean-Paul II fut le pape de la Miséricorde, le prochain sera-t'il celui du Jour de la rétribution? Beaucoup de prophètes semblent l'avoir annoncé, mais la plus grande méfiance est de mise, rappelons-nous de la grand peur de l'An Mil, ou encore que Bloy était persuadé d'être au "Seuil de l'Apocalypse" (titre du dernier volume de son Journal, où après avoir été très déçu du passage au XXème siècle sans avoir connu le grand ébranlement, il voit les allemands comme les soldats de l'holocauste terminal)..."Nul ne connaît l'heure, pas même le Fils..."
Il va tous les voir bientôt. Marie - je suis sûr que c'est Elle qui va l'accueillir, sûrement en même temps que sa mère charnelle perdue enfant, puis, dans une Lumière plus incandescente que le soleil mais qui n'aveugle pas, toutes deux vont emmener le Serviteur souffrant jusqu'au Roi dont il fut le reflet sur terre. Parmi la haie qui l'acclamera, entouré par les puissances angéliques, au milieu des saints inconnus de tous les temps, et plus particulièrement des martyrs du XXème siècle dont, en tant que cet évêque vêtu de blanc du troisième secret de Fatima, il fut le témoin, il distinguera les visages chers : Padre Pio qui lui avait annoncé qu'il serait pape, Petite Thérèse, l'immaculé Maximilien Kolbe mort à Auschwitz, Eugénio Zolli le grand Rabbin de Rome pendant la deuxième guerre mondiale, converti au catholicisme -comme on ne nous le rappelle jamais -, qui prit le prénom d'un autre successeur de Pierre, Eugénio Pacelli/Pie XII, Edith Stein/Thérèse Bénédicte de la Croix, parabole vivante de la vanité de toutes les sciences, assistante de Husserl et ressortissante également de l'ancienne alliance, convertie en une nuit par la lecture de l'autobiographie de la grande Thérèse, celle d'Avila, témoignant à la dernière ligne, au petit matin : "Cela est la Vérité", morte elle aussi, en déportation...
Un autre visage se détachera particulièrement : celui de la première sainte du IIIème millénaire, la première canonisée du XXIème siècle - par Jean-Paul II donc -, Faustine Kowalska, une compatriote, issue de ce pays qui un temps disparut de la carte, cette Pologne qui doit bien jouer quelque rôle important dans l'économie du Salut, terre des camps de la mort et mère-patrie de ces deux grands saints des temps derniers.
Qui est soeur Faustine? Elle fut choisie par la Providence pour offrir au monde ce que le Christ dans ses apparitions a présenté comme "l'ultime planche de salut" : la dévotion à la Divine Miséricorde. Jeune fille, après avoir lutté contre sa vocation, elle se rend au Christ qui lui apparaît dans une salle de bal, dans sa Passion, en lui demandant si elle compte longtemps encore le trahir et le persécuter...
Cette dévotion enseignée par le Christ lui-même tout au long d'innombrables apparitions et locutions intérieures, et dont la propagation va être l'oeuvre de toute sa vie, est en réalité la réactivation du culte du Sacré-Coeur. Son message est simple et n'ajoute ni ne retranche rien au message évangélique dont elle se veut simplement le rappel urgent et synthétique : même la pire des crapules (Id est Dutroux, Hitler, Staline...), le dernier des cloaques, peut être sauvé s'il se tourne avec CONFIANCE vers la Miséricorde Divine. "Ce qui est impossible à l'homme est possible à Dieu".
Cette réactualisation s'appuie sur plusieurs recommandations dictées de la bouche même du Sauveur et consignées par Soeur Faustine dans son Petit Journal :
- méditation de l'image de la Miséricorde - Soeur Faustine fut catastrophée à la vue du tableau, nécessairement décevant, bien que réalisé d'après ses descriptions ;
- institution d'une fête de la Miséricorde, le premier dimanche après Pâques (Dimanche dit anciennement de Quasimodo),
- pratiques pieuses dont la récitation d'un chapelet de la Miséricorde et celle d'une neuvaine (neuf jours consécutifs de prières) commençant le Vendredi Saint et débouchant donc sur le Dimanche de la Miséricorde, jour où une confession peut apporter le pardon total des péchés et le solde de ses conséquences.
Or c'est Jean-Paul II qui, en même temps qu'il la faisait première sainte du nouveau millènaire Faustine, accèdait à sa requête transmise de la part du Seigneur, d'instituer cette fête.
Or il semble que Jean-Paul II doive mourir au cours cette nuit "pontifiant" entre le dernier jour de la neuvaine et le Dimanche de la Miséricorde...
"Que ceux qui ont des oreilles entendent."
N.B.: Je tenais à écrire ce billet non pour nourrir cet espace d'une rumeur facile, ni pour lacher la bonde à des pleurs impudiques, mais pour témoigner de cette "coïncidence" pour le moins extraordinaire, qui ne sera sûrement signifiée dans aucun organe de la presse dominante (vendredi soir Claire Chazal parlait d'une "épître" et Jacques Duquesne d'"intentions de prière", lorsque Navarro-Valls et les romains récitaient les méditations entre chaque dizaine de chapelet...).




















