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  <title>OrnithOrynque</title>
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  <subtitle>«Quand j’entrerai chez Dieu, c’est l’enfant que je fus qui me prendra par la main» BERNANOS</subtitle>
  <updated>2012-03-27T18:26:23+02:00</updated>
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        <name>Amadéo DELDUCA</name>
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      <title>Nefs saoules</title>
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      <updated>2009-03-08T19:30:37+01:00</updated>
      <published>2009-03-03T23:32:00+01:00</published>
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              <summary>  Mon corps fend la foule comme un lourd bastingage recouvert de cordages que...</summary>
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           &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Mon corps fend la foule comme un lourd bastingage recouvert de cordages que font swinguer les alizés. Sous mon crâne, le passé fuse en grappes fugitives, m'attire à lui par les filins du souvenir... Cette impotence à tracer une frontière entre les époques est ce qui confère à mon regard son caractère de fixité, cette nuance hallucinée, déclenchant le sarcasme dans celui des passants. Je m'en apercevrais si j'y prêtais la plus petite attention, mais mes pensées sont en cavale et courent plus vite que ne s'échappent les voitures le long des quais, que les mouettes ne fondent à pic sur la Seine avant de bifurquer au dernier instant, en ricanant... Sous le Pont-Neuf, à quelques mètres en contrebas, est amarré un petit voilier, étrange bâtiment, calfaté de noir, qui semble avoir été conçu davantage pour trouer le temps qu'à dessein de se laisser glisser par écluses et canaux, remonter aux embouchures et mouiller dans les ports de plaisance. On dirait le vaisseau incognito d'un pirate errant, d'un transfuge quantique, évadé de son siècle, qui compulse la bibliothèque secrète tapissant le fond de sa cabine, lorsqu'une curiosité un peu plus pressante qu'à l'ordinaire ne le pousse pas sur des mers invisibles et non moins réelles. Il doit jouer de quelque instrument insolite lorsqu'il se trouve seul en haute mer, comme Némo de son orgue, distillant des illuminations de vitrail incendié. Je l'ai observé depuis une multitude points de vues&amp;nbsp;cette petite nef : depuis le pont, soliloquant si longuement sur les tribulations de sa voilure que je finis par croire que c'est&amp;nbsp;elle qui me dévisage en contre-plongée, par en-dessous, de derrière ses hublots&amp;nbsp;; ou encore sur le banc de pierre posté sur le quai devant les boîtes aux lettres des occupants des péniches et embarcations voisines (le nom d'une obscure société figure sur le numéro correspondant à la goélette noire) et d'où, de l'autre côté du fleuve, on peut voir se dresser la carcasse échouée de la Samaritaine, vaisseau fantôme que signalent à hauteur de chimères deux drapeaux, qui semblent de feu lorsqu'ils claquent au vent dans la nuit... Et aussi depuis les toits d'un hôtel particulier de la rue Guénégaud où je réussis parfois à me hisser clandestinement...&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1615159&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/01/01/1374012145.jpg&quot; alt=&quot;Rue des M.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-1615159&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://www.science-et-magie.com/archives02num/sm52/5209yonnet00.html&quot;&gt;&amp;nbsp;Jacques Yonnet&lt;/a&gt;, dans sa fabuleuse chronique du Paris ensorcelé, nous informe qu'il existe non pas un, mais quatre centres de Paris. Ou plus précisément, que l'omphalos parisien est constitué de quatre points hautement magnétiques, dont l'interaction met en branle une manière de spirale. Depuis que j'ai lu sous sa plume que l'un d'entre eux se trouvait entre l'église Saint-Julien-le-pauvre et l'estaminet médiéval des Trois Mailletz (les tailleurs des pierres de Notre-Dame s'y étanchaient, rapporte Yonnet), je conjecture, tentant d'élucider cette coïncidence ahurissante, que l'installation de mon ami &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/archive/2004/12/13/gerard_les_noces_de_la_lumiere.html&quot;&gt;Gérard&lt;/a&gt; à quelques pas de là -&amp;nbsp;rue Galande -&amp;nbsp;doit connaître quelques raisons telluriques... Soit dit en passant. Mais l'essentiel aujourd'hui, c'est que, non content d'avoir déjà reniflé la vocation insigne du coin de la rue Galande, d'où l'on voit Notre-Dame taillader le ciel de sa stature gothique, je crois bien avoir identifié au moins un des trois autres centres... En réalité, je les connais depuis fort longtemps, intuitivement, et physiquement, pour avoir été incessamment ramené dans leur orbite plein de clameurs sourdes, où les pierres, à force d'emmagasiner du temps suspendu, rayonnent de ce qui les dépasse... Il y a bien évidemment un parage de la Tour Saint-Jacques à occuper ce rang, le suicide du Prince d'Aquitaine à la tour abolie sur l'emplacement actuel du Châtelet en est un signe éloquent, trop peut-être, et je ne peux le localiser avec plus de précision, pour l'instant du moins... Remarquons toutefois dès maintenant - même si cela peut sans doutes s'expliquer par tout un tas de facteurs historiques - que ces deux lieux sont de ceux dont les caveaux ont été investis par le Jazz, selon des rites chthoniens, dernières marches avant les catacombes, tenues en équilibre au-dessus des précipices par la force diluvienne de l'émotion et la mathématique musicale, sécrétées dans la pénombre par des instruments orphiques du même métal que celui des alambics... Il se trouve ainsi une forte charge magnétique attachée au troisième centre situé, à mon idée, dans la proximité de l'embarcation noire, comparable en puissance à celles de la rue Galande et de la Tour-Saint-Jacques... A ma connaissance pas de caveau ici où l'on sacrifie au culte de l'improvisation, mais l'affolement des boussoles y est avéré...&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;Je suis assis à la terrasse d'un bar à vin curieusement tapi dans une sorte de demi-fosse que creuse le virage avant que la rue ne se dirige vers la Seine, toute proche d'une petite cinquantaine de mètres. C'est comme un amphithéâtre déjà partiellement enfoncé dans le limon parisien, à la manière de la cathédrale de Mexico, et d'où, quelques centilitres de vieux Whisky des îles écossaises dans les veines, l'on peut contempler à loisir le mystère des vies qui s'écoulent sur le pavé... Dos au fleuve, je vois les silhouettes se découper à contre-jour et cheminer lentement dans les flaques de lumière, comme des poupées nègres sculptées dans le bois d'épave, animées par des fils invisibles et fragiles. La contemplation de leur équilibre miraculeux m'accélère la circulation sanguine, me gonfle les tempes et les ventricules à mesure que s'affûte l'idée du coup de ciseau qui menace à tout moment de le rompre... Un alcoolique jure qu'il a vu à l'aube une sirène accoster sur la jetée de l'île Saint-Louis. Les clients ricanent comme des mouettes sardoniques. Moi je le crois et, dans les vapeurs ambrées du 12 ans d'âge, je me plais à l'imaginer au moment où elle a du lisser ses cheveux, qui ont aussi la charge de voiler son buste galbé, je songe à sa peau orangée qui adoucit les éblouissements de sa robe d'écailles... Un autre que moi ne rit pas non plus, là-bas, de l'autre côté, il a des atours de marin, mais qui subsistent à l'état de vestige. Son bras gauche est amarré à un bock, son attention semble solidement ancrée dans les hauts-fonds de son âme. Il a remarqué que je le scrutais et le voilà qui revient à la surface, empoigne sa casquette, règle sa consommation et disparaît au coin de la rue, non sans m'avoir adressé un regard où je ne sais pas démêler le reproche de l'avoir dérangé sur ses terres intérieures, de l'étonnement intrigué, de l'écho que produit toujours la reconnaissance d'un possible semblable... J'hésite à le suivre mais je laisse sa silhouette se fondre dans l'horizon brouillé de l'asphalte bouillant, fixant ses godillots et ses mollets recouverts de bandages à la manière surannée des soldats de 14.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1615163&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/02/02/2075146057.jpg&quot; alt=&quot;Nuage.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-1615163&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;Sur le parvis de Notre-Dame officient deux musiciens bohémiens, des &quot;égyptiens&amp;nbsp;&quot; comme disait le moyen âge. Ils construisent et déconstruisent en quelques instants des cathédrales sonores, les seules que possède leur peuple sans capitale, en perpétuel exil, ils déplient tout le patrimoine portatif contenu dans ce déluge de notes, &lt;i&gt;glissando&lt;/i&gt; atemporel, scherzo formidable... Django n'a pas pu ne pas transfuser dans sa musique la magie ancestrale... Je ne peux croire que les arabesques vaudous des doigts voltigeant sur le manche ne résonnent pas du long héritage nomade dispersé depuis la vallée de l'Indus... Les transhumances romanichelles sont probablement calquées sur des configurations astrales, nous renseigne encore le précieux&amp;nbsp;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/alamblog/index.php/post/2008/08/26/Jacques-Yonnet-un-autre-portrait&quot;&gt;Jacques Yonnet&lt;/a&gt;... La nef gitane navigue au sextant étoilé et trace son sillon apparemment désorienté selon les injonctions du portulan céleste. Les accords de guitare, à y regarder de plus près, figurent des constellations, basculent de Grande Ourse en Girafe effilée, d'Andromède en Poisson volant... Chaque variation de la position des doigts est une manière nouvelle de faire exulter la voûte céleste...&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;Ivre de cet instant de vertige, l'envie me vint d'aller revoir la jonque noire du Pont-Neuf. Alors que je n'avais jamais vu personne entrer ou sortir de l'embarcation, quelle commotion de voir des pieds en fouler le pont de corde! Pendant la seconde qu'a duré cette apparition, j'ai eu le temps de me méprendre sur la silhouette fugace, de la prendre pour celle d'un profanateur, avant de reconnaître sans risque d'erreur l'accoutrement anachronique de mon impassible marin... Cette fois-ci, plus de coup d'œil, il ne m'a pas vu, et je me demande bien de quoi eût été chargé son regard s'il m'avait aperçu, il aurait sans doute cru que je le filais, peut-être m'aurait-il pris pour un &lt;i&gt;déguisé&lt;/i&gt;... Je n'ai pas voulu passer le ponton et aller frapper à la porte, le moment était incongru. Je suis remonté quelques instants sur le Pont-Neuf, me suis adossé à la statue d'Henry IV, que venait fleurir mon aïeul tous les 14 juillet, le haut du bras droit cerclé d'un crêpe noir...&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Un moteur tousse, la petite nef noire se met en branle, un vent immense se met à souffler... J'aperçois son capitaine sans âge qui s'est posté à la poupe et se tient droit, me fixant à mesure qu'il s'éloigne... Il diminue et disparaît bientôt complètement au niveau de la verrière du Grand Palais, avalé par les ponts...&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Lorsque que, le soir même, je reprendrais mon exemplaire de la&amp;nbsp;&lt;em&gt;Rue des maléfices&lt;/em&gt;, je découvrirais en frissonnant que le marin ressemble très exactement au &quot;&amp;nbsp;vieux d'après minuit&amp;nbsp;&quot;, tel que Yonnet l'a croqué... Ce vieux barbu passe-muraille qu'on ne voit jamais ni entrer ni sortir et qui, dans un sourire abyssal,&amp;nbsp;de quelques mots, délivre une parole sans appel...&lt;/p&gt; 
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      <author>
        <name>Amadéo DELDUCA</name>
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      <title>Dominique Autié, à propos de la blogosphère</title>
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      <updated>2009-01-04T23:08:51+01:00</updated>
      <published>2009-01-04T22:57:00+01:00</published>
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              <summary>   Commençons 2009 en nous souvenant un peu. Voici-dessous un extrait de...</summary>
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           &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;em&gt;Commençons 2009 en nous souvenant un peu. Voici-dessous un extrait de correspondance avec Dominique Autié, mort le 27 mai de l'année qui vient de s'achever. Il s'agit d'une réponse datée du dimanche 20 mars 2005,&amp;nbsp;à un courrier où je lui rapportai mon passage au salon du livre.&amp;nbsp;Mon récit, légèrement gonzo, &amp;nbsp;ne portait pas directement sur les perspectives ouvertes par ce qu'on appelle pompeusement la &quot;blogosphère littéraire&quot;, mais signalait juste quelques rencontres (éclairs)&amp;nbsp;avec des représentants de celle-ci, Raphaël Juldé notamment. Toujours est-il que Dominique embraya sur les enjeux de l'écriture en ligne, en laquelle, on le sait,&amp;nbsp;il plaçait beaucoup d'espoir. L'avenir dira s'il était de son côté. Enfin bref, l'objet de cette petite publication n'est autre que de perpétuer la présence de l'écrivain authentique, l'homme&amp;nbsp;réel que fut Dominique Autié. Dont on goûtera à nouveau l'espace de ces quelques lignes, l'élégance, la verve, l'humour cinglant, et surtout ce feu intérieur qui le caractérisait, jusqu'à la colère parfois.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;em&gt;Nb : ce passage est entrecoupé de points de suspension entre crochets lorsque le texte livrait des données trop personnelles, en particulier lorsqu'il éreintait des personnes qu'il est inutile de blesser, ou qu'il faisait l'éloge de personnes qui ont déjà une opinion suffisament haute d'elles-mêmes pour qu'il soit besoin d'alimenter encore leur vanité purulente. En citant ainsi un extrait de correspondance privée, je n'attente en rien à la mémoire de Dominique puisqu'au contraire, pour citer son post-scriptum au courrier :&lt;/em&gt; &quot;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;si tel passage de ce courrier électronique concernant la fonction de nos blogs vous semblait utilisable, n’hésitez pas à les introduire vous-même en commentaire dans votre site. Je crois qu’il est bon d’enfoncer le clou, de motiver le moral des troupes. En veillant à ce qu’il n’y ait pas de coquille ou d’absurdité stylistique, je vous écris au fil du clavier et ne me relis pas. &quot;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/02/00/1433215870.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;img name=&quot;media-1492223&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/01/01/1429931126.jpg&quot; alt=&quot;dominique_autie 6 octobre 1949 27 mai 1949.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-1492223&quot; /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&quot;L’enjeu ? Il est très précis et je peux vous en parler en connaissance de cause. Je vais essayer d’être bref et clair.&lt;br /&gt; Aujourd’hui, nous sommes dans la situation d’une salle de spectacle qui ne disposerait que d’une scène et d’un premier rang de sièges. Pas d’autres sièges derrière, pas de strapontins, pas de loges, pas de balcon… On est Nothomb, Angot, Houelbecq, etc. ou on est RIEN.&lt;br /&gt; Modeste exemple : mon premier roman, &lt;em&gt;Blessures exquises&lt;/em&gt; (Belfond, 1994 – dont j’aimerais un jour vous offrir un exemplaire – j’ai acquis le stock au moment où l’éditeur l’a retiré du catalogue) a été porté sur les fonts baptismaux par un accueil exceptionnel des critiques : la “une” du Monde des Livres (le feuilleton de Pierre Lapape, enthousiaste), Libé, Le Point, plusieurs passages télé dont le Cercle de minuit de Michel Field… Bref, j’ai été l’enfant chéri des ces gens. Résultat : 1.200 exemplaires vendus, ce qui n’est pas si mal à mes yeux mais fatal aux yeux des gestionnaires de l’édition aujourd’hui. Même scénario pour le deuxième roman chez Phébus, moins spectaculaire mais significatif (une double page dans le Figaro littéraire, par exemple), un thème “porteur” (l’alcoolisme) et une maison d’édition prisée des baba-cools du travel writing. Résultat identique, agrémenté d’un conflit sur le fond avec la fine équipe de vendeurs de cravates de Phébus (je préfère Jean-Luc Lagardère, qui annonce la couleur, aux grenouilles de bénitier de l’édition dite indépendante). Troisième roman, 2004, éditions Michel de Maule (diffusées par Léo Scheer) : pas une ligne de critique, pas une. Donc, même pas un strapontin, c’est fini.&lt;br /&gt; Je ne suis pas le seul, nous sommes légion dans ce cas, qui avons publié de façon honorable une dizaine de livres, reçu les hommages, un brin de notoriété provisoire (toutes choses dont nous sommes prêts à nous contenter). Aujourd’hui, on ne peut même pas dire qu’il y ait frustration, personne n’occupant la place que nous estimerions pouvoir légitimement occuper, puisque cette place n’existe plus. Je suis très serein devant cette situation [...]. Car je suis intimement persuadé que cette présence et cette audience vont, à terme, changer la face des choses, modifier la donne. Et ce que vous relatez est le témoignage le plus encourageant, le plus tonique que vous pouviez m’offrir en ce début de printemps un peu morose, marqué par la fatigue [...].&lt;br /&gt; Donc, nous sommes sans doute, sur la Toile, en train de réinvestir la salle, de poser nos sièges, de dépoussiérer le balcon. Savoir qu’une Alina Reyes, qui pourrait avoir mille autres choses à faire pour soigner son parcours d’écrivain publié et traduit, me lit tous les matins en se levant est une des raisons qui me rendent douce la contrainte addictive et monacale de ce blog. C’est un des signes indubitables (et ce que vous avez observé le confirme) que la littérature a fait plus qu’entrouvrir la porte d’un nouvel espace. C’est profondément réjouissant, je vous le dis !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Merci encore, à bientôt quoi qu’il en soit.&lt;br /&gt; Croyez en mes pensées chaleureuses et fraternelles.&lt;br /&gt; Dominique Autié.&quot;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
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      <author>
        <name>Amadéo DELDUCA</name>
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      <title>Egaré</title>
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      <updated>2008-12-01T23:30:04+01:00</updated>
      <published>2008-12-01T23:22:00+01:00</published>
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                              <summary>  Je m’étais égaré dans les entrailles d’une ville dont le blanc des murs et...</summary>
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           &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Je m’étais égaré dans les entrailles d’une ville dont le blanc des murs et la course rapide des ruelles situaient la position sur les bords de la mer Méditerranée… Un renfoncement égéen,&amp;nbsp;violacé, Smyrne peut-être ; un port du Proche Orient, Saint-Jean d’Acre, Damiette… Entraîné par l’une de ses pentes, l’âme en tournesol, comme diffractée, je dévalai droit dans le miroir incendié et oscillant des eaux éblouies de soleil, bien décidé à le fracasser pour passer de son autre côté… Le labyrinthe de chaux se rehaussait des brèves cursives turquoises et or que peinturlurent les coupoles byzantines sur le contre-jour. Une voix lâchait dans l’air sa psalmodie sinueuse, depuis une hauteur que je n’apercevais pas, enfouie dans le massif cubiste des maisons immaculées aux volets verts et bleus. Je fus rendu au pavé par un homme, à vrai dire un clochard, une pauvre hère dont l’apparence décharnée m’arrêta tout à fait. Du gouffre de sa bouche, qui trouait une méchante barbe, s’écoulait un filet de voix rauque, borborygmes débités en cascade d’eau sale presque tarie, écho d’égout… Son haillon grisâtre se mêlait à sa peau de telle manière que la misère semblait y avoir décalcomanié son anathème, en phrases d’ombre fraisant sa chair… De ce monticule de déveine, de cet assemblage incertain de charogne et d’os brisés sur place, sourdait toutefois un rayonnement mystérieux, une attraction inexplicable… Les bribes de mots qui me parvenaient me restaient tout à fait obscures... Cela pouvait être imputé à mon ignorance quasi absolue de la langue locale... Ce n’était pas de l’hébreu, que je reconnaissais sans pouvoir le comprendre pour l’avoir entendu ânonner dans les synagogues de mon enfance, et parfois encore en songe… Son ton était apocalyptique, et je ne parvenais pas à distinguer si j’étais le seul objet de ses imprécations… Elles semblaient bien plutôt prendre à témoin la ville entière, les îles qui brûlaient chaque soir dans le lointain lorsque l’on se postait en haut des roches du littoral… Bientôt, l’homme fut aspiré par une sorte de guérite qui tenait du tonneau et de la barque fracassée, comme un crustacé rentre dans sa carapace...&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;La nuit arrivait, le mauve marin se communiquait au ciel. Le vaste brasier qui quelques instants auparavant m’aveuglait délicieusement et me procurait la transe, s’était résorbé en un feu calme, une amande de lumière sur la mer, une virgule de moires saupoudrées… Des lampes à huiles s’allumaient les unes après les autres dans les ruelles&amp;nbsp;; comme des étoiles naufragées, à l’agonie… Le réseau de ces halos formait une sorte de dédale lumineux… Son magnétisme devint plus puissant que celui des eaux en contrebas, prises dans un sarcophage de nuit. Comme si ma dérive avait consisté en l’apparition de figures symboliques, en l’abattement successif et hypnotique de lames de tarot, une nouvelle vision me surprit à quelque distance de là. Au moment où j’allais emprunter un escalier qui descendait à droite, débouchant sur une petite place plantée de quatre cyprès, un carrosse, tout à fait improbable sous cette latitude, de couleur noire, me barra la route. Les pans du rideau qui surmontait la porte du véhicule, s’ouvrirent sur un visage de femme à demi oblitéré par les plis d’une mantille noire. Ses yeux me broyèrent l’abdomen de leur douceur douloureuse. Ils m’exhortaient à rejoindre une patrie que je connaissais sans pouvoir la cartographier… Je sentais mon corps devenir un pointillé… Le rideau retomba et la voiture disparut dans les grincements des roues de bois cahotant sur le pavé... Depuis la petite place, où cette rencontre me déposa, hagard, se distinguaient les îles en proie à l’incendie, régate de vaisseaux en flammes qui semblait se diriger aveuglément vers la fin des océans, déplaçant au-dessus d’elle une traînée rougeoyante, saignant l’horizon, flottille des rêves consumés, cargaison fantôme appareillant pour le néant…&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;Le sommeil me foudroya. Je m’observais courir le long d’un pont de structure métallique, sans fondations, une passerelle au-dessus de la mer&amp;nbsp;; et cette course nocturne n’avait pas de fin. Au réveil, la peau cuite par la pierre, je retrouvais la mer constellée d’écailles de soleil, comme je l’avais quittée la veille, apaisante et gaie. A quelques centaines de mètres à l’Est du belvédère où je me trouvais, la cavalcade des édifices depuis les hauteurs de la ville était brisée nette par une forêt de citronniers, sorte de parenthèse magique dans la ville. Le corps jaune et sensuel des fruits sur le point d’être récoltés, se multipliait à perte d’horizon, piquant d’étincelles fixes le vert foncé, immense et touffu du feuillage, allant se perdre au-delà de la baie… A plusieurs reprises, j’ai voulu pénétrer cette presqu’île végétale, arpenter ses alvéoles de safran, son architecture sauvage… Bien que scintillante, elle semblait dormir sous l’effet d’un sortilège. Je n’ai pu trouver le chemin qui menait à son orée&amp;nbsp;; les obstacles de toute nature se relayaient pour m’empêcher d’y accéder, quand un chien ne me retenait pas en mordant mon pantalon, une charrette obstruait brusquement le passage… Ici un barrage militaire entravait la circulation, là un marchand de babioles m’immobilisait pendant de longues minutes en me serrant le bras, et m’indiquait une nouvelle direction qui s’avérait rapidement fausse… La vision des citronniers se réverbérait parfois comme un mirage, et ce qui m’apparaissait à distance comme une porte, un corridor, se révélait une grossier trompe-l’œil, une réclame pour citronnade tapissant un cul-de-sac…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne suis qu’un &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=PuFwt66Vr6U&quot;&gt;égaré&lt;/a&gt;&amp;nbsp; et pour l‘heur je dois continuer d’errer. Mais où mène le pont métallique de mes nuits&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; 
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      <author>
        <name>Amadéo DELDUCA</name>
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      <title>Versailles, rive ensevelie</title>
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      <updated>2008-09-22T18:10:57+02:00</updated>
      <published>2008-09-22T15:08:00+02:00</published>
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                              <summary>  Ses longues avenues, sa religion de l’angle droit, l’absence de lignes...</summary>
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           &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Ses longues avenues, sa religion de l’angle droit, l’absence de lignes courbes, ont contribué à colporter la fable d’un Versailles sans mystère, voué au seul soleil, apollinien sans abîme, l’or lustré de ses lambris ne reflétant guère plus loin que la surface du sensible... Les quelques ronds-points disséminés de-ci de-là, la fantaisie qui, à fleur de monument ou d’église, ne peut manquer de s’exprimer, dans un souffle vertical, ne suffisent pas à estomper ce mensonge, sans doute entretenu, il est vrai, pour mieux réserver l’abondance du &lt;a href=&quot;http://www.guydarol.fr/archive/2008/09/17/presence-d-andre-hardellet.html&quot;&gt;butin secret&lt;/a&gt;... Mais par qui ? Voilà ce que, au demeurant, je ne compte pas ici élucider. Des marais asséchés sur lesquels elle a germé, la ville a gardé davantage que cette atmosphère saumâtre qui la recouvre si souvent. Elle continue en réalité de s’y approvisionner en nuit, à s’en inoculer la part d’ombre, à en importer son content de clair-obscur... Moi-même, pendant de longs mois, j’ai cédé à l’esbroufe de son pavé rutilant, je me laissais conduire le long de ses axes, circulant parmi les artères de ce qui m’apparut d’abord comme l’exact négatif d’un labyrinthe. Certes, lorsque le feu du crépuscule, s’engouffrant dans ces perspectives régulières, se propageait par ricochet, de flaque en fenêtre, il était difficile de ne pas désirer demeurer à jamais l’une de ces statues de plomb en fusion que devenait alors chaque silhouette, figée dans l’argentique de cet instant sans date…&lt;br /&gt; Fixées sur l’essieu massif du Château depuis lequel ils fuient en étoile, les boulevards pouvaient bien, à la manière d’une roue de hasard, distribuer leur chute dans une composition infiniment renouvelée, épuiser l’aléatoire, aucun sentiment d’égarement n’en résultait jamais. L’œil retombait toujours sur ses pieds, tout s’apercevait et s’identifiait sans peine, annulant toute conspiration du songe : Le général Hoche drapé dans la pierre, domine la place dédiée à sa mémoire, protégeant l’entrée de Notre-Dame, sans jamais menacer de s’éveiller nuitamment... Ce fut, je crois, par la révélation d’un visage, aperçu dans l’un de ces passages qui se dérobent brièvement depuis la place du marché, que s’infiltra en moi l’intuition d’une vie souterraine.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; En dépit de la quadrature qui caractérise cette place, où se répondent symétriquement quatre pavillons dévolus chacun à une famille alimentaire (viande, poisson, fruit, légumes), c’est sur elle que sont greffées les uniques tentacules du songe, les seuls boyaux qui rendent possibles l’avènement brusque de l’inconnu. En effet, même si, là encore, la régularité géométrique n’est jamais détrompée, l’étroitesse des passages qui trouent chacun des coins de la place, leur pavage accidenté, le miroitement des ombres sur les murs, les porches qui sont comme des portiques, tout cela, pour quelques instants immerge à nouveau l’esprit dans l’hypothèse d’une faille. C’est sans doute pourquoi, en raison de cette vibration nocturne, antiquaires et bouquinistes ont choisi d’y installer leur échoppe plus qu‘ailleurs. Je fouillai ainsi la poussière de quelque caisse à vieux livres, lorsqu’une ombre découpa sa chinoiserie à contre-jour, depuis le porche situé à une dizaine de mètres à ma droite, sous l’arc duquel elle venait de s’engager… Marcel P. avance que les figures d’une époque se ressemblent plus entre elles que chacune ne se reconnaît séparément aux différentes périodes de son existence… Or, l’ombre qui venait de pénétrer le passage et me frôlait maintenant, de toute sa chair, dégageait un air insolite, d’un perturbant exotisme temporel. Cela ne provenait pas de son vêtement, ordinairement contemporain, mais plutôt de son pas, sans pesanteur. Ses yeux, deux spirales où les époques se télescopaient, étirèrent les quelques secondes au cours desquels je parvins à m’y plonger. Elle emmenait dans son sillage une étrange et invisible traînée de silence habité, de confidences chuchotées au-dessus des siècles. Des casiers métalliques, sans fond, s’ouvraient dans ma conscience, pour se refermer aussitôt dans un claquement sec, comme le son d’une cravache sur la croupe immatérielle du rêve...&lt;br /&gt; Je cherchais un titre éditée aux éditions Tchou, qui eût trait à un hypothétique forage de galeries souterraines partant du château et innervant la cité, afin de permettre, peut-être, l’évacuation de la personne royale, ou même simplement son déplacement secret dans la ville et alentour… sinon jusqu’à Paris, du moins au domaine royal de Marly et sa stupéfiante machine à eau… Je ne trouvai rien de tel. Un gramophone attira mon attention de par le titre curieux du disque posé sur la platine, La Symphonie Absinthe, dont je crus me souvenir qu’il comptait parmi ceux que quêtait fiévreusement mon ami Mortemare… Bien qu’il s’agît peut-être d’une pièce de valeur, je ne m’en portai pas acquéreur, je n’en eus pas le loisir, saisi que je fus par une vision quasi-narcotique. Rarement il me fut donné d’admirer œuvre plus sidérante. Dès que je franchis le seuil, mon œil fut immédiatement saisi par une sculpture clouée au mur. Son positionnement en surplomb entendait sans doute rappeler celui qui avait du être le sien, avant que d’être arrachée au galion dont elle avait été la figure de proue… L’artiste inconnu avait eu cette curieuse idée de ciseler une sirène dans le bois, l’une de ces créatures que redoutent pourtant le plus les marins, comme le feu de Saint-Elme… Vraisemblablement avait-il voulu tourner les puissances adverses vers l’extérieur, à la manière dont les constructeurs des cathédrales ont taillé les gargouilles, comme expulsées des nefs, déviées par la Grâce… Le matériau dans lequel était ouvragée la créature océane était également remarquable. Il s’agissait d’un bois noir, que je ne parvins pas à identifier, et dont la noirceur – il était difficile de le décider – était peut-être en partie imputable au ravage du feu… La lave durcie pouvait tout aussi bien avoir donné sa chair à cette figure féminine, dont les traits et le rayonnement sourd empruntaient aux vierges noires médiévales… La faculté de séduction attribuée à son chant, réputé irrésistible, avait infusé tout son être. Sa contemplation virait inexorablement à l’hypnose, et son corps, qui semblait onduler d’une vie secrète, exerçait une sorte de sorcellerie sur celui qui se laissait capturer par le moire de ses écailles admirablement marquetées.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Non loin de la place du marché, au coin d’une rue, se dresse la carcasse d’un ancien châtelet dont la coupole grise est devenue le royaume des oiseaux égarés. Après avoir été converti en hôpital à la Révolution, son faste n’est plus aujourd’hui que de ronces et de lierres, prodiguant la seule médecine du souvenir. J’y ai passé de longs moments à scruter les rayons qui transpercent le dôme crevé… A peine dépassé le mur en ruine, que traverse un fer rouillé et mis à nu, l’on se retrouve dans un cloître de lumière et de temps suspendu… Je vins m’y guérir quelques instants du tintamarre urbain, et méditer sur les deux rencontres que je venais de faire, l’ombre atemporelle et la figure de proue, qui m’avaient toutes deux épuisé à la proportion exacte de leur enchantement. Le vent sifflait par la multitude de conduits que les années ont creusés dans le corps de cette parenthèse de pierre. Les volatiles voletaient d’un bord à l’autre du cercle tracé par la base de la coupole, faisant clignoter les lances de lumière qui la transperçaient. Les deux Mélusines avaient fait surgir les parois d’un dédale au sein de la ville… qui maintenant, je le distinguai clairement, ne résonnait plus des mêmes échos ; ceux-ci s’étaient fait plus profonds, comme répercutés par des murailles plus hautes…&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; J’ai laissé entendre que je n’escomptais pas démêler ici l’énigme des pliures du réel, en défaire l'origami&amp;nbsp;; Versailles me plaît ainsi sans que je veuille me dégriser à comprendre qui, et comment, entretient sa surface lisse, sans qu’une fois revenu au recto du miroir, je me risque à en dissiper la prestidigitation, tentant de mesurer la dernière onde qui, s’ébrouant de mon retour au tridimensionnel, ride le verre dépoli de son expansion concentrique. Mais l’idée s’est insinuée en moi que c’était sans doute la ville elle-même qui se couvrait ainsi d’un revêtement de plomb, se figeant dans l’immobilité afin de se prémunir du danger imminent, comme certains insectes le font en accordant leur couleur à celle des feuilles et des branches qui les soutiennent…&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; Plusieurs mois s’écoulèrent de la sorte, Versailles se refusait à moi, feignant la mort, finissant presque de me convaincre de la véracité de sa morne réputation. Et puis il y eut ce jour de plein automne où, comme parfois le dimanche après-midi, je longeai la voix désaffectée qui mène aux quais de la gare fantôme de Versailles-Matelots. J’ai dit que la ville vivait sous le joug de l’angle droit. Cela est vrai du centre historique, à partir duquel, toutefois, s’évasent plusieurs cercles, le premier constitué d’une banlieue sans charme, le deuxième d’espaces en friche, soit par nécessité (telle que la proximité d’installations militaires), soit par abandon. Les spectres des marins qui arpentent les quais de cette gare désertée appartiennent évidemment à cette dernière catégorie. Quelques centaines de mètres avant de pénétrer sous le bitume de l’imposante et populeuse station Versailles-Chantiers, les voyageurs en provenance de l’ouest peuvent encore apercevoir les panneaux qui signalent l’ancien embarcadère ferroviaire. Pour ma part, me dirigeant en direction opposée, je dépassai le vieux wagon bleu aux flancs frappés de vestiges d’écriture dorée, dont les lettres presque entièrement passées, dessinaient un filigrane, peut-être un palimpseste… Le vent qui soufflait avec force, déblayait les abords de la voie ferrée de toutes sortes de scories, déchets plastiques, cadavres métalliques et feuilles mortes… Je m’enfonçai dans une zone inconnue qui, je le savais pour en avoir aperçu la perspective depuis le train, rejoignait un des côtés les plus excentrés du parc du château. Dans la lande silencieuse séparant les entrepôts vides de Versailles-Matelots du rempart végétal obstruant l’accès au domaine royal, lande occupée par les herbes folles, la tôle ondulée et les éclats de pierre noire qui tapissent les rails, se dressait, en ruine, l’ancienne maison d'un garde-barrière. Alors que les premiers arbres du parc étaient en vue et que je pressai le pas, car à cet endroit, le passage des locomotives se faisait particulièrement proche, je vis, nettoyé par le vent, le pas d’une porte basse, à demi ensevelie dans le tertre qui servait de bas-côté… Il me fut facile de la forcer, son bois mort cassa sans résistance. J’étais persuadé, si proche du château, d’avoir trouvé l’une des entrées de ce réseau de galeries dont, quelques semaines plus tôt, je cherchai la trace chez les bouquinistes… Il n’en fut rien. Le long couloir chthonien était rectiligne et me conduisit directement dans la cour de &lt;a href=&quot;http://nouvellevaguechevalrouge.hautetfort.com/&quot;&gt;l’Hôtel du Cheval rouge&lt;/a&gt;, sis à l’un des coins de la place du marché…&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; J’y pris une chambre, pour une durée indéterminée. Je retournais souvent admirer la beauté de la sirène noire, englouti pendant de longues minutes dans les plis de sa chevelure et les courbes de son corps hybride, dont le mystère m’apparaissaient chaque jour davantage comme l’écho d’un chant perdu… Un rêve me prit une nuit à l’Hôtel du Cheval rouge : quantité de matelots s’écoulaient des entrepôts vides et couraient le long de la voie ferrée, bientôt avalés par l’entrée du tunnel secret, comme des colonies de fourmis rappelées par la Reine… Au réveil, j’éprouvai le besoin obsédant de retourner dans le sous-sol… Après une marche rapide d’un quart d’heure dans l’obscurité du couloir souterrain, je fus surpris de découvrir un passage qui m’avait totalement échappé lors de ma première maraude… et s’ouvrait sur la droite, en direction du nord-est selon toute vraisemblance… Je m’y glissai et parcourus encore plusieurs centaines de mètres au long desquels le plafond ne cessait de s’élever… Je m’en rendis compte à l’écho plus clair et plus lointain de mes pas… L’ombre s’éclaircissait à mesure que l’espace s’agrandissait au-dessus de moi et sur mes côtés (je ne pouvais plus toucher les deux murs simultanément, comme je le faisais jusqu’alors pour me guider)… Mon étonnement franchit un degré supplémentaire, proche du paroxysme, lorsque je compris que ce je prenais pour des gouttes suintant des parois recouvertes de salpêtre étaient en réalité le clapotis d’une eau calme, qui doucement venait battre un rivage… Je me trouvai dans un port, de taille modeste mais à la destination avérée… Plusieurs anneaux de fer étaient prisonniers de la pierre, afin de pouvoir retenir les amarres des embarcations qui mouillaient dans ce port enseveli… Je reconnus bientôt, par recoupements géographiques, le cours de la &lt;a href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/archive/2005/04/19/le_portier_des_arenes_de_lutec.html&quot;&gt;Bièvre&lt;/a&gt; qui s’écoule cachée depuis qu’elle a été recouverte, il y a plusieurs décennies, continaunt d'affluer secrètement vers la Seine… Les destinations pour lesquelles on emprunte désormais son cours, n’appartiennent plus au visible… Les galions sur lesquels on y appareille ont des figures de proue sculptées dans l’ébène ou la&amp;nbsp;lave, dont le chant ouvre les écluses du temps… Voilà ce que je me disais en rangeant les quelques effets personnels qui composent ma maigre valise, à l’Hôtel du Cheval rouge…&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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        <name>Amadéo DELDUCA</name>
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      <title>La Symphonie Absinthe</title>
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      <updated>2008-09-14T19:14:31+02:00</updated>
      <published>2008-08-06T23:28:00+02:00</published>
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           &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;img name=&quot;media-1211535&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/01/01/856129706.jpg&quot; alt=&quot;Gramophone.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-1211535&quot; /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&quot;&amp;nbsp;Entendez-vous le ressac du temps&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&quot;. Alors que ces mots culbutaient dans le silence, l'index droit de Monsieur de Mortemare maintenait le saphir en apesanteur au dessus du sillon noir, qui continuait de tourner à 33 tours par minutes d’éternité, soustrayant ainsi l’auditoire à la rotation hypnotique du phonographe, tournoiement qui est au son ce que la&amp;nbsp;valse lente et enchantée de la lanterne magique est à l’image, cahots de machines à trouer le temps dont la destination finale est invariablement le Pays d’Enfance, quels que soient les chemins par lesquels il faille bifurquer avant d’accoster...&quot;&amp;nbsp;N’entr’apercevez-vous pas au moins&amp;nbsp;l’évaporation de&amp;nbsp;ses eaux éphémères, après que celles-ci ont bruni le sable&quot;, renchérit Monsieur de Mortemare ?&amp;nbsp;&quot;. Il actionna le bras mécanique de manière à briser complètement la danse des cercles concentriques décrits par l’engin, et poursuivit son récit sous l’œil torve de la lampe tempête, soleil obscur qui ciselait la nuit, ambrant les contours de la petite cour de pierre où, en ce soir d’été, Mortemare entretenait quelques amis des sortilèges d’une pièce musicale, fort rare quoique fameuse, qui attisait la curiosité des mélomanes depuis sa création, et dont il avait enfin trouvé un enregistrement chez un antiquaire, fortuitement, sur la platine d’un gramophone d’occasion, ravalé à une position strictement décorative&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&quot;&amp;nbsp;La &lt;i&gt;Symphonie Absinthe&lt;/i&gt; fut entendue pour la première fois à Vienne, à la fin du XVIIIème siècle, dans une salle de concert aujourd’hui détruite. Dès sa création, elle fut jouée sous le sceau de l’anonymat, comme les musicologues l’ont maintes fois rapporté dans l’abondante littérature qui, jusqu’à nos jours, a tenté en vain d’en épuiser le mystère. Si selon les versions, les conditions de son apparition souffrent quelques divergences, les grandes lignes semblent acquises. Tout d’abord, la partition calligraphiée à l’encre violette fut bien retrouvée dans une barque vide, échouée sur une échancrure de la rive sud du Danube, là où, à la lisière des faubourgs, prolifère une végétation sauvage, un peuple de formes hallucinées. Le parchemin brinquebalait enroulé dans un tube de verre grillagé d’or, cacheté par une capsule armoriée d’un blason inconnu&amp;nbsp;: un hippocampe noir voguant sur un ciel étoilé, cerclé de lunes... Rainer Klops,&amp;nbsp;l’enfant mi sauvage et difforme qui débusqua la chaloupe derrière le rempart de feuillage, cognant le rivage comme une bête la porte de son étable, conserva la partition à l’abri des regards pendant un certain temps. Il avait d’abord pensé la monnayer discrètement au colporteur monténégrin, la troquer peut-être pour un tarot de Marseille, un livre d’images compulsant les merveilles des mondes dérobés, déclinant le bestiaire fabuleux des monstres marins et de la faune sidérale, ses amis, ses semblables&amp;nbsp;!… Mais, obscurément, à mesure qu’elle le capturait en son orbite, la beauté du flacon, minérale, pénétrante, le convainquit bientôt de n’en rien faire. L’enveloppe de verre semblait veinée de lumière mauve, parcourue d’une énergie douce et invincible, dont l’effet sur l’humeur était semblable à celui que diffuse un plein ciel, précipitant tout à la fois le repos et l’exaltation … S’il pressentait ne pouvoir éternellement garder l’objet hors de l’attention des hommes, il n’appréhendait qu’avec trop d’acuité le tintamarre inévitable, lorsque les regards s’immobiliseraient sur cette monstrueuse physionomie qui le conformait aux gargouilles végétales que sculpte la nuit aux bords du fleuve… Il résolut de rendre la capsule au courant, mais le soir où il devait s’exécuter, il fut trouvé profondément assoupi sous l’escalier, ceignant la fiole fantastique de ses bras noueux et malingres comme des sarments, à demi consumés de l’intérieur par un incendie secret, comme tout l’appareil de ses chairs misérables... On ameuta le faubourg et, quelques heures plus tard, l’objet reposait sur un coussin de velours grenat, au milieu d’un parterre rassemblant ce que la société Viennoise comptait de plus élevé, chuchotant, en proie à toutes les conjectures… Les ecclésiastiques firent peu de cas de ce qui s’apparentait selon eux à un vil tour de bohémien, et quittèrent la grande salle, dans un arrogant chuintement de robes… Le Grand Duc était quant à lui tout autrement fasciné, visiblement captif de l’oscillation sourde et enivrante qui émanait du mystérieux tube. Une fois établi que la partition ne constituait point quelque document chiffré, qu’elle était entièrement dénuée d’intérêt politique, celle-ci fut officiellement, quoique dans la plus grande discrétion, remise à Heinrich Von Kleiber, l’organiste de la Basilique Sainte-Hildegarde…&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1211741&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/00/00/1598579637.jpg&quot; alt=&quot;10757_hippocampeHD.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-1211741&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;strong&gt;…C’est, rappelons-le, du journal intime de ce dernier, que nous tenons le premier témoignage circonstancié concernant la &lt;i&gt;Symphonie Absinthe&lt;/i&gt;. En qualité de premier chef d’orchestre à avoir dirigé l’œuvre, ses indications sont du plus haut intérêt. Le jour même de la remise de l’étrange pneumatique de verre, au soir duquel Heinrich Von Kleiber approfondit sa lecture de la partition, son journal consigne certains faits remarquables. Il formule quelques remarques sur la structure inouïe de la pièce, il évoque des &quot;&amp;nbsp;…manières de spirales incandescentes, volutes de cristal liquide où se réfracte une lumière intense, violente aux entrailles, s’élèvant inexorablement vers le paroxysme, pour se fracasser brusquement&amp;nbsp;au moment &lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span&gt;attendu&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; de leur accomplissement&amp;nbsp;; elles ne se libèrent que dans leur disparition […]. La volatilité caractérise cette œuvre tissée d’effondrements soudains et de brusques rémissions, qu’entrelacent les courbes d’une spirale ébranlée, tour à tour ascendantes &lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;ou&lt;/span&gt; déclinantes, et dont l’image du Maelström fournit l’image la moins infidèle […]&quot;. Il ajoute, au sujet de la tonalité et de la couleur de la symphonie, que &quot;&amp;nbsp;les sensations y explosent comme des volcans réveillés en sursaut, crachant une lave de cuivre rouge, illuminant les consciences sur lesquelles elle vient couler, laissant dans son sillage une nuée ardente… […]. L’ensemble créé l’équivalence sonore de la phosphorence, un ondoiement permanent, puissant et fébrile, menaçant à tout moment de s’éteindre de sa volonté même de rayonner au plus intense […]&amp;nbsp;&quot;… Von Kleiber poursuit en évoquant le compositeur inconnu, dont &quot;&amp;nbsp;[…] l’œuvre n’a pu être imaginée que par un esprit maître non seulement de l’antique savoir musicologique, pythagoricien, mais encore de vue assez haute pour entrevoir par-delà les siècles, là où le regard commun ne peut porte&amp;nbsp;; sourcier de l’avenir… &quot;. Dès le premier abord, dans le salon du Grand Duc, Von Kleiber note également avoir ressenti, à mesure qu’il déchiffrait la partition, une ivresse grandissante, &quot;&amp;nbsp;non celle que prodigue le vin, qui finit toujours par abrutir&quot;, précise-t-il, &quot;&amp;nbsp;mais bien plutôt celle que délivre l’opium, dont la paix irradie le corps et l’esprit, déployant un univers étrangement familier, comme, lorsqu’en songe, une ressouvenir chimérique nous saisit&amp;nbsp;; toutes choses se couvrent alors d’une buée scintillante, qui semble les reléguer dans un lointain où elles paraissent pourtant plus vivantes… […].&amp;nbsp;&quot;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;img name=&quot;media-1211536&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/01/02/261658322.jpg&quot; alt=&quot;absinthe_er1483.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px;&quot; id=&quot;media-1211536&quot; /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Pendant les répétitions qui devaient aboutir à la première présentation de l’œuvre, l’organiste reviendra souvent sur cet aspect psychotrope, qui ira non seulement en augmentant mais prendra bientôt un tour hallucinogène, ainsi que le note le commis impérial à la musique, le 23 mai 1797, soit deux semaines après s’être vu confier la partition&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&quot;&amp;nbsp;Voici qu’aujourd’hui&amp;nbsp;de luxuriantes visions ont fait le siège de mon imagination. Alors que l’orchestre entamait le deuxième mouvement, se peignirent brusquement des jungles inédites, des ville inconnues et bariolées où j’errais le long de rue désertes, gagnant des places immenses, où régnait une sensation de flottaison, de suspension… Certes, toute musique possède, à un degré ou un autre, cette faculté d’ensorcellement, mais la &lt;i&gt;Symphonie Absinthe&lt;/i&gt; est tout à fait différente de ce qu’il m’a été donné de jouer jusqu’à aujourd’hui, et ses effets sur l’esprit sont sans précédents, à ma connaissance, les images qu’elle suscite, sans pareilles… Plusieurs des musiciens ont adopté un comportement étrange. A la joie des premiers jours a succédé une inquiétude. Plusieurs m’ont confié ne plus être occupés que de la &lt;i&gt;Symphonie&lt;/i&gt;, être littéralement habités par celle-ci et éprouver un manque douloureux lorsqu’ils ne sont pas à son ouvrage… Les images fabuleuses qui les traversent semblent les avoir détachés du quotidien, et la plupart paraissent absents pendant les interludes, l’œil rivé sur leur intériorité … Michka ne s’est pas présenté aujourd’hui. Il est vrai que son rôle de premier violon, l’expose particulièrement… &quot;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;Mortemare s’interrompit et relança le mouvement circulaire du disque sur la platine, baissa quelque peu le volume du gramophone, puis reprit, alors que les premières notes du deuxième mouvement s’épandaient dans le soir, enchantant la petite cour de pierre qu’elle faisait résonner de ses arabesques, les catapultant au ciel :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&quot;Un détail technique mérite d’être révélé. Lorsqu’elle fut déroulée, la partition présentait à son extrémité plusieurs encoches alignées, qui devaient s’enter sur une mécanique circulaire sans doute spécifiquement conçue à cet usage, consistant à refermer la partition sur elle-même, à lui donner un tour infini, comme si, une fois lancée, elle ne devait plus jamais cesser et éternellement recommencer. Ayant compris cela, Von Kleiber tenta d’arranger la partition en ménageant une forme de cornet, comme il le raconte dans son journal, mais le résultat semble avoir été peu convaincant, le rouleau s’étendant sur une surface trop importante…&amp;nbsp;Et il n’eut pas, semble-t-il, le temps de faire forger telle machine, son décès, comme nous le savons intervenant quelques mois après la première… Nul doute en tout cas, que dans l’idée de son créateur, les dénominations de &quot;&amp;nbsp;morceau&amp;nbsp;&quot; ou de &quot;&amp;nbsp;pièce&amp;nbsp;&quot; trahissent profondément la nature de la &lt;i&gt;Symphonie Absinthe&lt;/i&gt;, puisqu’en réalité elle est ce qu’elle décrit et inversement, une totalité, une gyrovagation perpétuelle qui, une fois enclenchée, ne peut trouver de terme… On sait d’ailleurs que la compagnie discographique qui la première (et la seule) grava la &lt;i&gt;Symphonie&lt;/i&gt; dans la cire, eut l’idée, à défaut de produire une impossible œuvre incessante, de clôturer sur lui-même le dernier sillon du disque, afin de reproduire cette infinité. Pour être artificiel (et erroné puisque seules les dernières notes sont ainsi répétées, il ne s’observe pas de retour de l’œuvre à son début), le procédé n’en est pas moins ingénieux… Il est non moins certain que les &lt;i&gt;sinus&lt;/i&gt; qui obsèdent cette portée musicale, l’arpentent, la dévalent, demeurent aussi insaisissable, aujourd’hui encore, que l’esprit de celui qui mit au monde&amp;nbsp; une telle œuvre…&amp;nbsp;Le jour de la création approchait. Plusieurs musiciens n’étaient pas revenus, parmi lesquels Michka Rodobovorine, premier violon, dont on apprit quelques mois plus tard qu’il avait été envoyé dans cette dépendance du couvent de Sils-Maria qui recueillent les fous&amp;nbsp;... Un autre, cymbaliste, changea d’état et passa le reste de ses jours à tenter d’exorciser les visions communiquées de manière indélébile par la &lt;i&gt;Symphonie Absinthe&lt;/i&gt;, en les projetant sur la toile… Les musiciens étaient alors au service de l’empereur et tout refus de jouer s’apparentait à un manquement au devoir, doublé d’un affront, passible d’exécution capitale, tout au moins de bannissement… Cela d’autant plus que l’Empereur brûlait d’entendre l’œuvre contenue dans cette partition, de voir prendre forme le mystère enfin excipé de ce tube qui l’avait tant subjugué… La personne impériale était d’ailleurs venue assister à plusieurs répétitions dans le théâtre qui devait accueillir la création, et ne fut pas exempte de l’emportement fantasmagorique, de la démence, caractéristiques de la &lt;i&gt;Symphonie&lt;/i&gt;… Von Kleiber narre comment l’Empereur lui fit part de toute la ménagerie fantastique qui vint imprimer son esprit, comment des éléphants couverts de pierreries cheminaient alors dans les contre-allées de son imagination troublée, et de quelle manière une armada d’hippocampes stria son ciel intérieur… La création fut un succès et l’œuvre donnée plusieurs semaines à Vienne et dans les capitales européennes, laissant partout derrière elle la même traînée de fascination et le même cortège de visions&amp;nbsp;... L’effet produit sur le public n’est pas sans évoquer la phénomène d’hallucination collective connu sous le nom d’&quot;&amp;nbsp;ergot de seigle&amp;nbsp;&quot;, observé dans les campagnes au Moyen âge, du nom de ce champignon parasite qui, au-delà d’un certain stade de macération, développe des propriétés hallucinogènes...&quot;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;img name=&quot;media-1211537&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/00/01/802203032.jpg&quot; alt=&quot;elephant_abyme.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-1211537&quot; /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;Dans la petite cour de pierre, les invités de Mortemare commençaient à vaciller, les psychés cédaient sous les coups de boutoirs symphoniques, et l’un d’eux prétendit distinguer nettement les anneaux de Saturne s’élever au-dessus du gramophone… Il était préférable de rétablir le silence.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&quot;&amp;nbsp;Les registres des différentes salles où l’œuvre a été jouée, ont permis de retrouver différents témoins, dont les relations concordent. Au-delà d’un certain temps, au milieu du deuxième mouvement, la transe s’emparait de l’assistance, et certains ne pouvaient réprimer de décrire à voix haute les fresques irréelles qui se déroulaient devant eux… Il n’était pas rare qu’une même vision occupe différents spectateurs, comme Von Kleiber l’a lui même raconté. Le concert donné à Naples, le dernier que dirigea le chef autrichien en offre l’exemple, et marque sans doute l’apogée de ces phénomènes d’hystérie collective, après quoi les autorités se saisiront sérieusement de l’affaire et feront interdire toute représentation publique de l’œuvre. Le feu qui dévasta le théâtre de Naples prélude certainement à l’autodafé qu’ordonnera le Saint-Siège, plus d’un un siècle plus tard, des bandes où avait été fixée la &lt;i&gt;Symphonie Absinthe&lt;/i&gt;… La presse rapporte les propos de plusieurs témoins oculaires selon lesquels une nuée d’un vert dorée se serait formée au-dessus du brasier, qui se dissipa en dessinant la silhouette d’un hippocampe… Le sort de la partition est beaucoup plus incertain… La trace s’en est perdue au fil des successeurs de Von Kleiber, lesquels ne semblent jamais s’être illustrés par leur longévité…&amp;nbsp;&quot; .&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mortemare, bien que ranimant la flamme de la lampe tempête, ne put ébrouer le profond silence qui s’était emparé de ses amis, et, un instant il crut que ceux-ci s’étaient littéralement pétrifiés… Et il n’est pas impossible qu’ils le fussent… Comme ma main, que je sens s’alourdir, empêchée de tracer le guillemet fatidique…&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1211538&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/01/02/550845668.jpg&quot; alt=&quot;saturneSesAnneauxEtSesLunes.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-1211538&quot; /&gt;&lt;/div&gt; 
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        <name>Amadéo DELDUCA</name>
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      <title>Petit poème de la Roche-Guyon</title>
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      <updated>2008-07-20T20:37:19+02:00</updated>
      <published>2008-07-10T22:44:00+02:00</published>
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                              <summary>                                                               Un coléoptère...</summary>
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           &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1117803&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/02/02/1981356755.jpg&quot; alt=&quot;chatoroche.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1117803&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Un coléoptère m’escorte dans la lumière, Rue du Quai, petite traverse dérobée que bordent des murs de pierre ancienne, et qui relie les berges de Seine au lacis de ruelles de la Roche-Guyon. La verdure transperce le pavé, c’est le charme de ce lieu, son génie&amp;nbsp;: la beauté civilisée incline ici à la ruine&amp;nbsp;; déjà patinée, elle est encore abâtardie par l’office végétal qui constelle le sol et les demeures d’une multitude de verts poinçons, au contrebas des arbres surgis à la lisière de domaines. Le bourg est un enfant naturel dont le visage tacheté rappelle l’extraction adultérine et sauvage. Sous les arches feuillues, de longs murs bas, de ceux que l’on trouve à foison dans le &lt;a href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/archive/2007/01/21/pelerinage-a-l%E2%80%99usine-a-gaz-autofiction-nervalchimique.html&quot;&gt;Valois&lt;/a&gt;, parfois enchâssés d’un portail de fer forgé, filent vers le soleil. Ces venelles sont des alambics à rebours où la lumière se décompose, le rouge, surtout, y flamboie. Redescendons vers la Seine. Les peupliers miroitent et ondulent&amp;nbsp; dans le vent et la lumière, doucement, puis s'ébourriffent.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Au loin, à l’Est, où Vétheuil se dessine, tourne un bras du fleuve, surplombé par les falaises de craie. Il ferait bon appareiller, se laisser glisser sur l’une de ces embarcations de bois, dont les coques effilées se résolvent en une proue carrée. Puis rejoindre l’église troglodytique de Haute-Isle creusée dans le pied d’une falaise, évidé et planté d’un clocher, seul apport extérieur à l’édifice naturel si l’on excepte les cadres, les vitraux et les portes. Fermée, en dehors des heures d’office. Dans le cimetière qui à la manière ancienne jouxte l’église en&amp;nbsp;guise de jardin, certains époux Fodden sont enterrés.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Pour l’instant, buvons notre bière aux arômes de Tequila depuis une terrasse avec vue sur&amp;nbsp;le&amp;nbsp;donjon&amp;nbsp;qui fait la renommée du lieu, sis au-dessus du château édifié quelques décennies plus tard, quelques mètres plus bas. Je crois me rappeler avoir entendu que Blake et Mortimer y vécurent l’une de leurs aventures... que je n’ai jamais lues, l'une pas plus que les autres... On imagine bien pourtant,&amp;nbsp;recluse dans&amp;nbsp;la pierre humide, une équipe de savants troglodytes tenter de mettre au point une machine à voyager dans le temps, ou aù moins le scruter par la magie de quelque &lt;a href=&quot;http://www.oxusedition.com/fiche-20.html&quot;&gt;chronoviseur&lt;/a&gt;…&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Il est fermé pour travaux,&amp;nbsp;le potager aménagé entre la Seine et le château. Actionnant la machine d’André Hardellet qui capte et restitue les songes et le passé, je vois, par-delà la grande grille rouillée, un Gentilhomme arpenter les allées de ses souliers à boucle, le front penché. Il médite le dessin à imprimer à ce jardin, qui se doit d’évoquer l’Eden, tout en restant démocratique... Car la Révolution approche, et sous sa perruque, les idées neuves s’agitent. Il se retourne, devine ma présence au-delà du temps, mais ne me voit pas. Si bien qu’il ne sait pas que son regard fixe le mien.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Le bourdon aigu d'un biplan distrait mon attention, le vibrato mélancolique de son moteur fore mon âme.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Le château ne se visite plus depuis une minute au moment où je touche son entrée.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Retournons une dernière fois sur les berges. Enfin le silence, la caresse du vent, le grondement lointain de l'orage... Devenir du vent et du silence, voilà le vrai. Partons, nul doute qu'en chemin nous croiserons de ces véhicules insolites que l'on ne croise jamais que sur les routes de campagne, en été. Ici une vieille anglaise décapotée, dont le pilote&amp;nbsp;voyage presque parallèle&amp;nbsp;au sol, là une sorte de coléoptère mécanique, monstrueux, jaune, quelque chose comme un side-car échappé, autonome,&amp;nbsp;à l'habitacle hypertrophié, et&amp;nbsp;que les deux gardes-boue, tout aussi jaunes,&amp;nbsp;tentent d'équilibrer...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
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      <title>Dominique Autié</title>
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      <updated>2008-06-01T18:11:28+02:00</updated>
      <published>2008-06-01T16:41:00+02:00</published>
                      <summary>  &amp;nbsp;       Immense vide laissé par la mort de  Dominique Autié . S'il...</summary>
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           &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1045466&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/01/01/1463887723.jpg&quot; alt=&quot;1463887723.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1045466&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Immense vide laissé par la mort de &lt;a href=&quot;http://blog-dominique.autie.intexte.net/blogs/index.php/all?cat=16&quot;&gt;Dominique Autié&lt;/a&gt;. S'il reste jamais quelque chose de la blogosphère en général, et particulièrement de&amp;nbsp;ce&amp;nbsp;qu'il appelait lui-même notre &quot;archipel&quot; (solitudes en communication les unes avec les autres, mais solitudes tout de même), nul doute que sa voix sera de celles qui continueront de résonner longtemps, en echo de son oeuvre littéraire et de son ouvrage d'éditeur. J'avais été frappé&amp;nbsp;par son humilité et&amp;nbsp;sa gentillesse extrême, dont on retrouve le témoignage dans tous les hommages de ces derniers jours. Et si ces qualités inactuelles&amp;nbsp;sont unaniment saluées, je crois que c'est non seulement (et avant tout) pour elles-mêmes,&amp;nbsp;mais aussi parce qu'elles sont d'autant plus admirables chez une personne douée de grand talent, chez qui elles ne peuvent servir de paravent à la médiocrité,&amp;nbsp;gageant ainsi leur authenticité. La voix de Dominique&amp;nbsp;Autié était toujours juste. Elle avait quelque chose de grave, non dépourvue d'humour (et comment), mais qui ne jouait pas, comme l'indiquait le titre de son blog, qui ne faisait pas la &quot;blague&quot;, pour reprendre l'expression de Péguy. J'admirais son&amp;nbsp;style de haute tenue,&amp;nbsp;mais également sa droiture, une noblesse d'âme,&amp;nbsp;une forme de pureté intérieure, qui l'empêchait par exemple de remettre les pieds au Salon de Livre, parmi les épiciers et les marchands du temple. J'aimais aussi sa détestation,&amp;nbsp;toute Bernanosienne,&amp;nbsp;des directeurs marketing et autres automates maléfiques démoulés en série par les Sup-de-Co.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;J'essaierai de revenir souvent à son souvenir, en posant quelques liens votifs, si, comme je l'espère, les &lt;em&gt;Balles de match/Balles perdues&lt;/em&gt; restent en ligne.&lt;/p&gt; 
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      <title>De différentes sortes de vent</title>
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      <published>2008-05-26T13:17:00+02:00</published>
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                              <summary>   &amp;nbsp;Chers lecteurs, si vous voulez connaître mon identité réelle...</summary>
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           &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;Chers lecteurs, si vous voulez connaître mon identité réelle (j'imagine que ce souci vous obsède et vous taraude!), ruez-vous chez le&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;http://stalker.hautetfort.com/archive/2008/05/18/sur-une-ile-stalker-quels-livres-emporteriez-vous-6.html#more&quot;&gt;&lt;em&gt;Slamer&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;em&gt;, qui vous en réserve aujourd'hui&amp;nbsp;l'exclusivité, se livrant, en bon petit collabo, dans un texte haineux et mesquin, à un acte de délation caractérisée, croyant sans doute par là me&amp;nbsp;faire trembler. Ah ah la bonne blague! Que nenni évidemment, puisque l'épître que je lui envoyai il y une semaine l'a été en sachant pertinemment qu'il disposait de mon matricule. Il ne m'impressionne guère, comme déjà dit, et pas plus maintenant qu'il détient de quoi me salir et me traîner dans sa fiente de dégénéré. Mon blason est sur la place publique? Un névropathe ne me concède pas le droit de choisir mon intimité et de&amp;nbsp;ne révéler mon identité qu'à qui je juge bon de la révéler (d'ailleurs déjà&amp;nbsp;connue de&amp;nbsp;plusieurs en lien ici)? Et bien soit, tant pis. Tout le monde s'en fout, et moi le premier. Tant que bien sûr les attaques&lt;/em&gt; ad hominem &lt;em&gt;se limitent à ma personne... Pauvre homme. Quelle misère fondamentale doit être la sienne pour aller ainsi chicaner les autres, s'étonner qu'ils lui répondent, pour enfin tenter de les détruire.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;u&gt;&lt;strong&gt;Ajout&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/u&gt;: je ne résiste pas, pour ceux qui, par dégoût ou par paresse, ne se rendrait pas sur le blog sus-lié (consulté au Japon, en Tasmanie, au Burkina Faso, en Terre de Feu, au centre de la terre, sur la face cachée de la lune, sur Sirius sans doute, et bien évidemment depuis même quelques trous noirs, partout en réalité, sauf dans les salles de rédactions et les comités éditoriaux où notre chromosome supplémentaire enrage tant de ne pas voir ses petits livres portés au pinacle),&amp;nbsp;au plaisir d'extraire de sa quasi-illisible diatribe diarrhéïque un&amp;nbsp;de ses inoffensifs postillons, quoique sans doute infectieux -&amp;nbsp;incontinence sphinctérienne&amp;nbsp;assez décevante au demeurant sur le chapitre de l'éprigramme, on l'a connu plus inspiré&amp;nbsp;notre Léon Bloy de&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.dadart.com/dada-media/urinoir-p.jpg&quot;&gt;bidet&lt;/a&gt;&amp;nbsp;:&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&quot;J'ai travaillé huit années durant dans un milieu dit sensible, celui d'une salle des marchés et, que je sache, mon identité de blogueur était connue de tous, du plus simple des grouillots au grand patron en personne &lt;em&gt;[on l'imagine bien volontiers]&lt;/em&gt;. J'ai même traîné mes guêtres, comme l'ironise Simard (sans avoir bien compris ce que je pouvais y faire, moi, le contempteur des médias), une année durant sur les bancs déglingués du Celsa sans jamais cacher l'existence de Stalker &lt;em&gt;[c'est un euphémisme j'imagine]&lt;/em&gt;. Comment l'aurais-je pu d'ailleurs, puisque mon blog &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.cyberlol.com/humour/mp3/rire_002.mp3&quot;&gt;FASCINAIT&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; certains de mes professeurs-journalistes eux-mêmes ?&quot;...&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;A toutes fins utiles, je tiens à disposition&amp;nbsp;mon code génétique&amp;nbsp;et mon groupe sanguin, ainsi qu'un arbre généalogique, sur les branches duquel je précise qu'aucune chevrette basque n'est, pour ma part,&amp;nbsp;venue se percher, à la faveur de la solitude d'un ancêtre berger... Allez il est temps pour notre ami&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;http://radio-courtoisie.over-blog.com/article-5835496.html&quot;&gt;&lt;em&gt;physiquement disgrâcié&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; &lt;em&gt;(drame de la consanguinité!),&amp;nbsp;à la discrète&amp;nbsp;identité de rentier (rien de mal à ça, ça casse juste un petit peu le mythe - l'ayatollah de la transparence biographique n'aura sans doutes aucun mal à le concéder),&amp;nbsp;de rentrer cette petite voix que tant de personnes ont trouvée si étonnament et drôlatiquement aigue, lorsque radiodiffusée, elle&amp;nbsp;amusa tant par ses&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Bacon_(peintre)&quot;&gt;&lt;em&gt;exploits&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; &lt;em&gt;en matière&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Bacon&quot;&gt;&lt;em&gt;d'érudition&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;***********&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;Rien à voir avec les contrevents et furvents chroniqués &lt;a href=&quot;http://findepartie.hautetfort.com/tag/alain%20damasio&quot;&gt;ici par le Transhumain&lt;/a&gt;...&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Foliant procède du Nord Africain et efface la peau de celui sur qui il souffle. Un séjour prolongé dans son parage fait disparaître. On rapporte l'exemple de personnes gommées pour partie, qui un bras, qui une oreille, qui une côte, pour n'avoir su préserver leurs enveloppes de ce vent corrosif, à l'aide d'une écharpe bleue ou d'un voile. L'exemple le plus connu - sans doute exagéré - est celui du mendiant de Khartoum qui allait le thorax percé dans le labyrinthe de torchis de l'antique capitale Soudanaise.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/01/01/408376139.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1036318&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/01/01/345374971.jpg&quot; alt=&quot;408376139.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1036318&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;Le Silice consiste en une variante du Foliant&amp;nbsp;mais son souffle ne descend que le long de la Corne d'Afrique, arrêté par les éléments naturels, la forêt et&amp;nbsp;les dunes, si bien qu'il est exclusivement essuyé par les côtes de l'Océan Indien. Son action revient à sculpter ce qu'il touche, comme animé d'une intelligence créatrice. Il ne se contente pas de poncer les corps mais leur confère une forme nouvelle. Nouvelle&amp;nbsp;bien que&amp;nbsp;répétitive. Le plus souvent, les corps endormis retrouvés sur les plages de Somalie ou du Mozambique, avaient pris la forme de statues de sable durci, à l'expression aveugle et innocente, systématiquement jetées à la mer par les pêcheurs qui s'en effraient. Un commerçant italien contemporain du Négus a toutefois réussi à en monnayer une, qui peut s'observer dans&amp;nbsp;sa demeure hétéroclite, villa&amp;nbsp;convertie en&amp;nbsp;musée à sa mort et où sont entreposées&amp;nbsp;diverses autres saisissantes&amp;nbsp;curiosités, importées des différents Orients. Le cadavre empaillé d'une sirène nègre... &amp;nbsp;Le sang jamais coagulé du seul&amp;nbsp;empereur Ming jamais&amp;nbsp;suicidé, recueilli dans une coupe de porcelaine subtile...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/02/01/1063298074.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Solal ventile verticalement et enduit la peau de particules dorées, indélébiles, dont la novicité semble nulle. Il est convoité, son passage est interprété comme un signe favorable. Il existe un village érythréen dont tous les habitants phosporent ainsi. La carnation aurifère des épidermes se transmet désormais de génération en génération.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/01/02/969721740.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1036332&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/01/02/363698004.jpg&quot; alt=&quot;969721740.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1036332&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Pharsîs est un vent derviche et ne progresse qu'en spirale. C'est une émanation plurielle, à effets multiples. Il matérialise dans son sillage le corps des défunts, qui apparaissent ainsi le temps d'un souffle. Par ailleurs, le déplacement d'air qu'il constitue, arpège le silence, et des notes de bombarde en sont conçues. Longues, sinueuses, enveloppantes. Il prodigue l'ivresse et la danse. On relate des délires collectifs - comme en put occasionner l'ergot de seigle sous nos latitudes - , de par toute la bande de sable qui s'étend d'Est en Ouest, le Pharsîs faisant alors résonner les villes fortifiées qui jalonnent celle-ci, métamorphosant le réseau de ruelles asséchées et les cavités maisons basses de ces villes-caravanes en de monstrueux orgues sifflants, et ses habitants tournant sur eux-mêmes sans répit pendant plusieurs jours.&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/02/01/1937349803.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Morée est un vaste et long sinus qui se déplace à la manière d'une vague. Il naît derrière les monts du Liban et perturbe le vol des oiseaux, les embarquant parfois dans un courant cahotique qui ressemble à un manège de fête foraine. Lorsqu'il parvient à son terme, il résout en écume, et le bruit d'un ressac se fait alors entendre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
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      <author>
        <name>Amadéo DELDUCA</name>
        <uri>http://ornithorynque.hautetfort.com/about.html</uri>
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      <title>Il aurait deux cent ans aujourd'hui...</title>
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      <updated>2008-05-23T00:22:21+02:00</updated>
      <published>2008-05-22T23:53:00+02:00</published>
                            <category term="Considérations d'une inactualité brûlante" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />
                              <summary>      Le temps d'une nuit noire et blanche ou deux, cette&amp;nbsp;petite stèle...</summary>
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           &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1030081&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/00/01/579620334.jpg&quot; alt=&quot;579620334.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1030081&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le temps d'une nuit noire et blanche ou deux, cette&amp;nbsp;petite stèle éphémère et&amp;nbsp;virtuelle - aussi absurde bien sûr que toutes les commémorations dictées par l'arbitraire des chiffres ronds, presqu'anti-Nervalienne finalement, mais tant pis, car&amp;nbsp;c'est surtout le prétexte, en manière de dédicace à tous les &lt;a href=&quot;http://stalker.hautetfort.com/&quot;&gt;amateurs de saccharose et d'occultisme&lt;/a&gt; - souvent eux-mêmes inconditionnels de l'autocitation sous des prétextes vaguement Borgésiens, de tropisme labyrinthique -&amp;nbsp;d'exhumer deux textes inspirés par &quot;Geai rare&quot;:&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/archive/2005/05/01/nervalchimie_la_derniere_fille.html&quot;&gt;Nervalchimie&lt;/a&gt;, que &lt;a href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/&quot;&gt;JLK&lt;/a&gt; avait eu la très grande gentillesse (charité est peut-être le mot juste)&amp;nbsp;de publier dans le numéro 70 (Juillet 2006) de son &quot;Passe-Muraille&quot;, en version courte.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span&gt;&lt;a href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/archive/2007/01/21/pelerinage-a-l%E2%80%99usine-a-gaz-autofiction-nervalchimique.html&quot;&gt;Pèlerinage à l’Usine à Gaz&lt;/a&gt;, que Philippe Sollers m'a réclamé à corps et à cris pour un numéro spécial Nerval de l'Infini, proposition que j'ai préféré décliner pour rester libre : va te faire foutre Philippe, je suis un poète maudit.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span&gt;Une anecdote&amp;nbsp;d'un interêt secondaire : l'une des villes de mon enfance,&amp;nbsp;que dépasse&amp;nbsp;le narrateur de &lt;em&gt;Sylvie&lt;/em&gt; en partance pour&amp;nbsp;le Valois (son Pays d'Enfance), a baptisé une rue du nom de Nerval. Louable, malgré les chiffres ronds. Toutefois elle a commis une erreur en le faisant naître en 1805, comme cela est indiqué sur la plaque...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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      <author>
        <name>Amadéo DELDUCA</name>
        <uri>http://ornithorynque.hautetfort.com/about.html</uri>
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      <title>Carmagnole Macabre</title>
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      <updated>2008-04-07T13:04:48+02:00</updated>
      <published>2008-04-07T09:31:00+02:00</published>
                            <category term="Féérie Mécanique" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />
                              <summary>  &amp;nbsp;            Isidore longeait maintenant l’église de...</summary>
      <content type="html" xml:base="http://ornithorynque.hautetfort.com/">
           &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/02/00/1343799684.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-945495&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/02/00/877244388.jpg&quot; alt=&quot;1343799684.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-945495&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Isidore longeait maintenant l’église de Saint-Germain-des-Prés à la hauteur de cet angle de ruines attenant au vide, laissé par la destruction de l’ancienne prison de l’Abbaye que signalent aujourd’hui encore quelques moellons disloqués. La mousse sur la pierre y semble comme enflée, ombrée par le sang qui ruissela abondamment lors des massacres de septembre 1792. En pratiquant mentalement une coupe longitudinale, l’on peut constater qu’il correspond à l’autel. Comme sur le pavé de la Place de la Concorde, la coagulation n’est jamais parvenue à son terme, et le guetteur des Siècles, embusqué sous les arcades de la rue de Rivoli, dont le regard acerbe luit dérobé derrière les grilles du Jardin des tuileries, dont le rire tonne sous cape, sait de quoi retournent ces chutes inopinées de corps grotesques qui s’observent parfois sur le pavé glissant de l’esplanade plantée d’un dard pharaonique… Il voit quels gisants soudainement ressuscitent de leur sommeil de pierre, et par quels fils invisibles sont agitées les marionnettes amnésiques… Un sarcasme à particule… Un hoquet à jabot… La raillerie bruyante d’une guillotine dont le grincement fuit amplifié le long des décennies écoulées, sans discontinuer, écho croissant brisé en de monstrueux tessons de rire…&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/02/01/1958973313.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ce parcours, qui à grandes enjambées ramenait Isidore de la rue de Rennes au boulevard Saint-Germain, pour le rapprocher de la rue Visconti où il logeait, selon des formules aléatoires empruntant autant au caprice des vents qu’à l’inclinaison d’un arbre, à la courbure des bâtiments anamorphosés par les flaques qu’à la voussure de l’espace-temps, lui était quotidien. Et si pendant un temps, certains détails lui étaient apparus plus nettement, découpés dans la clarté hivernale mêlée de bourrasque ensoleillée – plusieurs continuaient toutefois de jaillir à sa vue, anticipés quelques mètres avant que d’apparaître, comme ce dragon forgé au surplomb de l’aile droite d’un square au nom de diplomate uruguayen -, la plus grande partie du paysage s’avérait érodée par l’habitude, stagnant à demi effacée dans l’arrière-plan trouble, tapi dans la possible résurgence, au hasard objectif d’une sollicitation incidente, d’une oscillation ardente… La familiarité a de ces conséquences cinétiques, elle égalise le pas, bien qu’une absolue indifférence aux contingences autorise également une meilleure réactivité aux soubresauts internes. Aussi Isidore fut-il surpris de voir son pas ralentir en dépit de son vouloir… Lorsqu’il se réveillerait quelques instants plus tard, sonné par l’événement qui venait de l’assaillir, il tiendrait ce soudain ralentissement pour une prescience, l’éblouissement circulaire d’un phare posté dans le lointain de son paysage intérieur... Au moment même où sa fugue était ainsi, non seulement freinée, mais encore déviée vers la grille qu’il frôlait alors, une scène de grande barabarie vint en effet brusquement envahir et affoler son champ de vision… Depuis le porche latéral, des hommes et des femmes hurlant d’effroi, étaient jetés dans la cour de l’église au milieu de laquelle se dressait un monticule formé par l’empilement de leurs vêtements&amp;nbsp;; les corps nus, écorchés, sanguinolents, ricochaient de sabres en baïonnettes, sur les lames effilées que pointaient des gardes en uniformes dépareillés, décrivant le cercle qui les gardait captifs, voués à l’immolation… L’hallucination était muette – contrairement à celles qui allaient se succéder, au cours d’une journée placée sous le signe de la vision -, et l’expression d’horreur sur les visages n’en gagnait que plus de précision et de volume… Là commença une phase une phase d’altération violente du réel, Paris devenant un carrousel maléfique, un kaléidoscope d’effroi… Ces êtres à prendre subitement corps, ces cris à venir tout à coup surimprimer le fonds sonore de la ville, ces teintes nouvelles et infernales à graver la capitale à l’acide nitrique d’un Méryon, étaient-ils prélevés sur une réalité non moins cachée que vivace, ou bien n’étaient-ils que le fruit d’une illusion, imputable au détraquement personnel d’Isidore, ou encore à la malice démoniaque d’une entité agissante&amp;nbsp;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/02/01/1958973313.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-945498&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/02/01/1693455418.jpg&quot; alt=&quot;1958973313.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-945498&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;La statue de Danton se rapprochait maintenant, aux abords de l’Odéon, cahotant dans le demi horizon, le visage déformé et beuglant du tribun – le sculpteur officiel avait tenté de muer en sainte fureur laïque la bestialité de son faciès en éructation – exerçait sur lui une telle fascination hypnotique que, de la fixité de son regard découlait l’impression vive que la silhouette de pierre se déplaçait à sa rencontre… L’index que celle-ci pointait indéniablement à son intention était lourde de griefs…&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;L’entrée sur sa gauche du passage Cour du commerce&amp;nbsp;Saint-André - là même où Danton avait logé dans un appartement de sept pièces - crevait le bâtiment à sa base comme une incartade dans le temps. Isidore s’enfonça dans la venelle pavée. A travers la porte battante du Procope, une cacophonie provenait des salles, il entra et aperçut des citoyens dispersés par groupe de deux ou trois, les uns entonnant de joyeuses ritournelles révolutionnaires à l’attention des autres, compagnons de tablée qui, décapités, ne pouvaient de ce fait ni arborer le bonnet phrygien, ni apporter la réplique… Le crescendo ne connaissait point de&amp;nbsp;station et devenait assourdissant. Il lui sembla distinguer un groupe moins braillard que les autres, en conciliabule au fond de l’estaminet. &quot;&amp;nbsp;Quelques meneurs&amp;nbsp;&quot;, pensa-t-il, &quot;&amp;nbsp;des théoriciens, des comploteurs…&amp;nbsp;&quot;. Il détourna rapidement le regard de peur d’éveiller l’attention et alors que la tavernier s’apprêtait à prendre commande, il fit volte-face et franchit le seuil de l’établissement en sens inverse. Le Passage avait recouvré ses oripeaux modernes, une motocyclette de faible cylindrée coupa la trajectoire d’Isidore, manquant de le chambouler&amp;nbsp;: il était bien rendu à 1989…&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/01/02/1402669435.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-945507&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/01/02/1485148582.jpg&quot; alt=&quot;1402669435.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-945507&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Il se sentit gagné par le besoin de fréquenter un rivage, d’être dégrisé par la quiétude des bords de Seine. La rue Mazarine lui permit de toucher prestement le Pont-Neuf. Là il s’attendait à tout, voir les eaux sequanaises s’empourprer du sang des victimes de la Terreur, pleuvoir des salamandres, s’écrouler tous les ponts de Paris sous le châtiment d’un domino providentiel… Il n’en fut rien. Seuls à cet instant les drapeaux oranges de la Samaritaine, vide et borgne comme un vaisseau échoué, paraissaient des flammes ondulant au vent, dardant l’ardeur de leur brasier, fantasmagorie dont il était aisé de se déprendre… Descendant le cours du fleuve par la rive droite qu’il venait d’atteindre, légèrement pacifié, il se faufila entre les piliers de facture classique qui ceignent l’entrée de la Cour carrée du Louvre et téléportent le passant en un oasis de paix, sauf du tumulte parisien pour quelques précieux instants. Une mélodie résonnait au loin, sous la voûte opposée qui faisait coulisser les badauds de toutes origines vers la pyramide de verre. Les accents sylvestres, tendrement dionysiaques, de la flûte de Pan, s’entremêlaient aux sinuosités graves et enjouées d’un violoncelle… Isidore pensa aborder là le quai de sérénité, cette sorte d’endroits qui par sortilège, s’étant attirée les bonnes grâces du hasard, combinant l’élection d’un lieu et l’aléa d’un moment, restaurent l’âme vagabonde. Son étonnement fut d’autant plus vif et douloureux, lorsque, assis sur la margelle d’une colonne, il vit, amassée autour de lui, une foule de parisiens visiblement accoutrés à la mode de l’Ancien régime finissant… Avant de s’engouffrer dans la cour suivante qui n’était pas encore devenue musée, il se retourna, distingua quelques riches toilettes… Il crut aussi discerner dans la pénombre où officiait le flûtiste, les traits de l’antique divinité, jouant elle-même de l’instrument dont la mythologie lui attribue la paternité…&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/02/01/1432893154.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-945508&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/02/01/426381425.jpg&quot; alt=&quot;1432893154.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-945508&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Une jeune étrangère, japonaise selon toute vraisemblance, s’adressait à lui comme à travers une paroi translucide et déformante… Elle était entourée de plusieurs touristes nippons, tenant colloque dans leur langue, dont Isidore ne connaissait pas le moindre rudiment. Il se découvrit assis sur l’asphalte, adossé au pied d’une des arcades de le rue de Rivoli… &quot;&amp;nbsp;Hé bien mon vieux, on peut dire que vous ne l’avez pas loupée&amp;nbsp;!&amp;nbsp;&quot;… La voix, celle d’un garçon de café, lui décrit comment, après une course somnambulique, son corps était venu percuté avec fracas l’un des piliers qui soutiennent cette partie des arcades regardant le Jardin des Tuileries… Bafouillant un remerciement, il ne s’attarda pas, refusant poliment le dé de Fine que lui proposait l’homme de l’art et pressa le pas… Dans les allées du Jardin qu’il arpentait maintenant, aux aguets de quelque révolution nouvelle de son environnement, son attention fut attirée par un réseau de bruits métalliques, entrecoupés de rires entendus et de réflexions à voix haute… Il passa la tête entre les deux haies du bosquet d’où émanait l’étrange soliloque… Un automate joueur d’échecs y livrait bataille contre lui-même… Son visage de bois, surmonté d’une perruque grand siècle, au sourire et au regard figés, ne détecta pas tout de suite sa présence… Pétrifié, Isidore observait les pièces se déplacer sur l’échiquier tandis que le pantin, mu par ses mécanismes, continuait de s’esclaffer en commentant la partie… Il tourna brusquement son buste taillé dans l’ébène, fixant ses prunelles de faïence sur le spectateur inattendu… &quot;&amp;nbsp;Mais asseyez-vous donc cher ami&amp;nbsp;! Enfin un adversaire&amp;nbsp;! Me ferez-vous le plaisir d’accepter mon invitation&amp;nbsp;!&amp;nbsp;&quot;. Isidore s’attabla avec une angoisse que redoubla la remise à zéro bruyante de l’échiquier. Lui-même n’avait jamais excellé en la matière, mais avait tout de même acquis quelques notions en compagnie de son ami serbe, Dragan, avec lequel il accélérait parfois le temps sur les banquettes des tavernes de la Montagne Sainte-Geneviève… La machine inaugura les hostilités, il n’en pouvait aller autrement, les blancs étant rivés à son abdomen, et le dispositif, si ingénieux fût-il, ne semblant pas permettre une interversion des couleurs… Les bibelots glissaient sur la surface vernie… L’automate continuait à ne s’adresser qu’à lui-même, se comportant avec Isidore comme s’il avait été semblablement dépourvu de singularité, sans plus de nerfs qu’une horloge… D’une certaine manière, ce constat le rassura… Jusqu’à ce que les pièces se révélassent sculptées de nouveaux traits… Il reconnut d’abord dans le Roi noir la figure de l’un des fomentateurs de sédition aperçus dans l’arrière-salle du Procope… Sa Reine, toute d’albâtre, saignait du cou… Les pions ennemis ricanaient odieusement… L’allure de son Fou, lorsqu’il empruntait les diagonales, dégingandé et insensiblement penché en avant comme cornaqué par la nouveauté du dehors, ne pouvait que lui rappeler sa propre démarche, élastique et avide, telle qu’il l’apercevait dans les vitrines, un peu honteux de son empressement naïf… Les Tours blanches, les siennes, avaient pris la forme de celles de la Bastille&amp;nbsp;; celle de droite s’émietta lorsqu’il voulut s’en saisir pour aller menacer la Reine de charbon, aux atours de catin babylonienne… L’événement le ramena dans la société de l’automate … Pris de tremblements, celui-ci délirait, réclamait de l’eau-de-vie… Isidore prit congé sous ses quolibets hystériques. Alors qu’il rejoignait l’allée centrale, laissant l’arc de triomphe du carrousel à sa gauche, s'alignant sur&amp;nbsp;l’axe qui trace une perspective depuis le Louvre jusqu’aux reflets crépusculaires de l’Arche de la Défense, il reconnut, sur un piédestal, la traînée royale aperçue sur l’échiquier. Sa transposition statuaire exacerbait sa laideur, ses dents pourries empestaient la vue de qui les regardaient… Un regard dément trouait deux fois son visage ridé comme un céleri… Son vêtement était en lambeaux… Afin de conjurer la vision, et alors que la citoyenne effroyable entamait une carmagnole macabre, Isidore fixa la Grande Roue qui scintillait à l’Ouest. Mais bientôt celle-ci ne fut plus surmontée d’aucune pointe d’Obélisque et, sous l’effet de sa propre rotation incandescente, s’effaça, découvrant une cavité obscure tapissant le fond du champ de vision d’Isidore… Une clameur en provenait, des cris assassins… Au ciel se formait un maelström dont la spirale noire semblait continuer en l’inversant l’office de la Grande Roue, isolant bientôt un œil en son centre, qui plantait son iris dans ceux d’Isidore… La lame d’une guillotine venait de frapper lourdement le billot…&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/02/02/1957431807.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-945517&quot; src=&quot;http://ornithorynque.hautetfort.com/media/02/02/138140400.jpg&quot; alt=&quot;1957431807.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-945517&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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