22 mai 2008

Il aurait deux cent ans aujourd'hui...

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Le temps d'une nuit noire et blanche ou deux, cette petite stèle éphémère et virtuelle - aussi absurde bien sûr que toutes les commémorations dictées par l'arbitraire des chiffres ronds, presqu'anti-Nervalienne finalement, mais tant pis, car c'est surtout le prétexte, en manière de dédicace à tous les amateurs de saccharose et d'occultisme - souvent eux-mêmes inconditionnels de l'autocitation sous des prétextes vaguement Borgésiens, de tropisme labyrinthique - d'exhumer deux textes inspirés par "Geai rare":

Nervalchimie, que JLK avait eu la très grande gentillesse (charité est peut-être le mot juste) de publier dans le numéro 70 (Juillet 2006) de son "Passe-Muraille", en version courte.

Pèlerinage à l’Usine à Gaz, que Philippe Sollers m'a réclamé à corps et à cris pour un numéro spécial Nerval de l'Infini, proposition que j'ai préféré décliner pour rester libre : va te faire foutre Philippe, je suis un poète maudit.

Une anecdote d'un interêt secondaire : l'une des villes de mon enfance, que dépasse le narrateur de Sylvie en partance pour le Valois (son Pays d'Enfance), a baptisé une rue du nom de Nerval. Louable, malgré les chiffres ronds. Toutefois elle a commis une erreur en le faisant naître en 1805, comme cela est indiqué sur la plaque...

 

14 février 2005

La Conspiration du silence

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Soeur Lucie est donc morte. Pas un seul mot dans Libération, une dépêche AFP dans Le Monde. On ne peut s'empêcher de faire le parallèle avec le bruit qui tout récemment entoura le décès de cette passionaria rouge, dont la main qui rédige les billets de Cyclades avait, dans sa manière admirable, prophétisé si justement la canonisation médiatique instantanée. C'est une des différences entre les saints en silicone et ceux-là authentiques dont Léon Bloy (comme chacun sait, on peut comprendre sa vie et son oeuvre à l'aune unique d'une autre apparition mariale, celle de la Salette) nous dit que le seul vrai malheur était de n'en être point : leur accession au pinacle est d'une rapidité proportionnelle à celle de leur oubli, ce qui est bien le moins pour des gens qui ne croient ni à Dieu ni à diable et réfutent toute idée d'éternité - je ne les en blâme pas d'ailleurs, qui serais-je pour le faire?

Et pourtant, vient de mourir l'une des personnes qui aura assisté à l'un des évènements parmi les plus importants peut-être du XXe siècle. En 1917, un peu avant puis simultanément à l'avènement du communisme russe, la Mère de Dieu, a jugé qu'il fallait à nouveau apparaître à ces hommes, ses frères et fils qu'elle aime tant, pour redire en substance ce qu'elle a déjà dit au cours de plusieurs siècles d'apparitions et sous tous les tropiques : Dieu vous aime plus que vous mêmes ne pourrez jamais vous aimez, retrouvez un coeur d'enfant, suivez-moi. Mais évidemment, dans l'économie divine, on peut imaginer que chaque venue mariale destinée, comme ce fut le cas de Lourdes, de Guadalupe ou de Pontmain, à un retentissement mondial, correspond à un dessein particulier. Celle de Fatima qui inaugure un XXe siècle riche en hiérophanies et en génocides, portera essentiellement sur la tribulation du peuple chrétien - mais pas uniquement- à travers le siècle, notamment sous la main d'acier des grands totalitarismes, trempée au matérialisme barbare, réalisant grâce au fruits de la raison triomphante et déifiée, un carnage dont on ne désespère pas que le record puisse être un jour battu - allez, encore un effort, c'est possible!

Si l'année de la première apparition mariale aux trois petits bergers - le 13 mai 1917 , elle fut précédée en 1916 par celle d'un ange annonciateur- était un signe déjà suffisamment éloquent, on a appris à la révélation de l'ultime secret (dont l'intégralité est contestée par certains qui s'attendaient à "La Salette 2"), que celui-ci, objet de tant de pieuses convoitises, source d'une abondante littérature, décrivait en réalité le pélerinage sanglant de l'église sur la via dolorosa du siècle. C'est du moins ainsi que l'a interprété le Saint-Père lorsque, depuis son lit convalescence, il fit quêter puis pris connaissance du mystérieux billet pour la consultation duquel il détenait, selon l'injonction des voyants, exclusive autorité. Exclusive pontificale dont avait d'ailleurs déjà usé certains de ses prédécesseurs, mais pas abusé puisque le silence de ces derniers, allant à rebours de la demande de la Vierge d'une révélation publique avait nourri - assez légitimement au vu de l'état plutôt alarmant de l'église militante - les rumeurs les plus apocalyptiques. Jean-Paul 2, celui que d'autres apparitions décrivent comme le dernier pape (ou l'avant-dernier, voir la prophétie de Saint-Malachie et les phénomènes non reconnus par l'église de Garabandal qui annoncent un grand signe imminent pour signifier le commencement de la fin et inviter à un choix définitif) se reconnut pour cet homme en blanc traversant une cité jonchée de cadavres de martyrs, guidant les survivants et gravissant dans l'épreuve puis la victoire la montagne de Dieu. Il reconnut également dans la main de Marie celle qui détourna la balle tirée à bout po(u)rtant par un turc (que Johannes Paulus pardonna ensuite) le 13 mai 1981.
Soeur Lucie a été rappelé un 13, deux jours après la fête de Notre-Dame-de-Lourdes. On peut certes y voir une coïncidence.
Un des plus fervents ennemis des apparitions de Fatima était lui même journalise "anticléral fanatique, gros mangeur d'écclésiastique". Comme tout le Portugal, il guettait avec impatience ce 13 octobre 1917 annoncé par Marie comme date de sa prochaine manifestation (les apparitions se sont échelonnées sur plusieurs mois, invariablement le 13 de chaque) et devant voir se produire un phénomène extraordinaire. Lui qui complotait un article qui aurait définitivement ridiculisé les fables médiévales colportées par ces trois petits paysans incultes, il repartit converti par la Danse du Soleil chorégraphiée par Marie (à laquelle des milliers de personnes ont rendu témoignage), incandescent défenseur de la foi catholique, un vrai Saint-Paul post-damascène... Heureux fut-il, lorsqu'on pense que, comme il est dit à Lazare dans l'évangile, les coeurs endurcis ne se convertiraient pas même s'ils voyaient rescussiter un mort.

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(Il y aurait beaucoup à rajouter sur Fatima, notamment une terrifiante vision de l'enfer qui, si l'on en juge par la manière dont celui est évacué dans les paroisses, accrédite l'idée qu'en effet, sa victoire est bien d'avoir réussi à faire croire qu'il n'existait pas, comme disait Baudelaire. Par ailleurs je m'excuse par avance d'un certain nombre d'imprécisions chronologiques et factuelles que je n'ai pas le temps ni le courage de dissiper. Enfin je veux juste rapporter le contenu d'un passage tiré d'un petit livre d'entretiens que Soeur Lucie accorda à un prélat, où celle-ci affirme, suite à des contacts qu'elle n'a cessé d'entretenir avec Marie tout au long de sa vie, que la pratique du chapelet relancée par Fatima, a évité au monde une catastrophe nucléaire).

11 février 2005

La petite peur des bienpensants

medium_12-19.jpegLa peur qu'il est le plus courageux de braver? Celle du ridicule assurément. Si nous devions y céder, nous tournerions au mieux oulipiens intervenants des Papous dans la tête, fourrés à nos propres farces, au pire rédacteurs chez Technikart, contents cyniques, gonflés à l'hélium aussi invisible qu'aérophagique de notre néant. Comme une cheville en son encoche, la naissance du sentiment du ridicule coïncide avec la sortie de l'enfance, lorsque l'oeil corrompu mouille de larmes amères sa pureté révolue.
Point de vestale sans voile, certes.
Et foin de la nostalgie d'un infantilisme aveugle et fusionnel (l'infanthéïsme de Muray)!
Mais bien souvent l'appréhension du sarcasme bâillonne l'enfant embastillé, dont nous ne distinguons plus alors les implorations qu'à travers le verre dépoli de sa cage, bouchons nos oreilles pour ne pas entendre le grattement de ses ongles sur la pierre des murs de sa geôle.
Et nous mettons sous le boisseau notre part la plus irréductible, celle d'où pourrait phosphorer quelque vérité.

29 janvier 2005

Lèses-Mémoire

Le plus lourd et irrémissible forfait commis par les meneurs de repentance à sens uniques et les commerçants de génocide : avoir galvaudé par un trop plein de paroles ce que le silence pouvait seul réellement donner à voir, dans tout son indicible. L'explication, même vouée à buter sur l'impotence du langage, était sans doute nécessaire. Non le bavardage, le boniment destiné à assurer puis maintenir une position de bon aloi sur l'échiquier social. Le rappel constant était peut-être souhaitable. Toujours est-il que leur bruit est devenu obstacle à celui ou celle qui veut méditer le mystère d'Iniquité. Leur loghorée sempiternelle entoure le souvenir des millions d'âmes sans sépulture, dont la mort fut aussi celle de l'homme-sans-Dieu à qui elles vocifèrent son inhumanité. Comme de pauvres hères qui viendraient bruyamment traîner leur misère dans un cimetière, ils troublent le repos des morts et dérangent l'hommage vrai des vivants.
Tout à l'inverse, est-il vraiment besoin de rappeler systématiquement, malgré la sincérité de notre révolte, que l'autre totalitarisme, le soviétique, est coupable de six à sept fois plus de morts que son cousin germain? Certes le stalinisme a bénéficié d'un temps plus long, et à ce titre, il eût du marquer d'un fer plus rouge nos consciences françaises, si celles-ci, du moins celles qui s'agitent dans la coulisse des rédactions parisiennes, n'avaient pas été, comme chacun sait, aux ordres d'un cadavre...
Tout de même, pour des gens qui font profession de contempter l'idéologie, c'est faire soi-même preuve d'un solide esprit de système que, à l'évocation de crimes de la dernière barbarie, de rétorquer par l'exposé des crimes de son adversaire, aussi injustement ignorés fussent-ils...
Non, et c'est un scandale, les crimes soviétiques, pas plus que le génocide vendéen ni l'esclavagisme arabe, n'ont les honneurs des unes et des manuels scolaires..
Mais en quoi ces révisions par omission viennent-elles atténuer la tristesse sans fond et l'horreur des crimes qui occupent la presque totalité de l'espace médiatique, ce monopole fût-il louche, écoeurant, voire mu par de sordides intérêts?
Céder à ce penchant serait finalement un aveu de défaîte face à ceux-là mêmes, cités plus haut, qui préfèreraient peut-être nous voir perdre notre pouvoir de compassion, ainsi assurés de ne jamais avoir à nous accorder ce pardon, dont pour leur part, ils nous pensent éternellement redevables.
Gardons notre âme pure, ce sera là notre victoire.
Ne laissons pas leur boucan nous rendre sourds à l'Esprit.

28 janvier 2005

Par Réfraction

medium_lunette.jpegL'oeil de la vanité est celui d'une lunette télescopique à travers laquelle, selon que l'on y regarde dans les règles de l'Art, ou bien qu'à la manière d'un enfant, d'un bon sauvage, on s'en saisisse à rebours, défauts et qualités nous apparaissent tantôt grossis, tantôt diminués ; dans une inverse mais égale mystification.

17 janvier 2005

Pour une Montée Urbaine

medium_dressage.jpegSe mouvoir dans le monde comme on court un steeple-chase : ne pas refuser l'obstacle, détourner notre monture de la séduction des eaux croupies sous leur miroir, tenir le mors assez juste que notre égo ne s'étourdisse d'aucune flatterie, ni ne se consume d'aucune offense ; enfin rester droit dans ses étriers et le visage suffisamment incliné pour fendre les vents contraires, non point trop toutefois à ce que nous n'en apercevions plus la ligne d'arrivée.

13 janvier 2005

Femme Inactuelle

"Vous vous demandiez de quel souvenir ces quelques notes de viole étaient-elles les exécutrices testamentaires. Pourtant, si chaque chose, au plus secret de son sein, aspire à l'apocalypse d'une métaphore, quêtant une affinité définitive, la mélodie, elle, semble capable de vivre par elle-même, délivrée de tout but, pure comme l'algèbre. A cette structure parfaite et autarcique, ces évènements que vous aviez sur l'extrêmité du cortex, encore indécis à complètement émerger, cherchaient à colporter la fable de leur exclusivité. Mais ils ne vivraient que de la vie de ce mensonge. En dépit de cela, n'étaient-ce pas ceux-là mêmes qui vêtiraient de chair le squelette de la musique?"

12 janvier 2005

Taxidermie sentimentale

Sépulcre blanchi des amitiés défuntes !
Une fois l'an, nous venons lustrer la pierre tombale, épousseter quelques fleurs artificielles, entretenir un monologue rituel ;
impatients de repartir, légers, enfin ...

09 janvier 2005

Les raisons que la raison feint de ne point connaître

-Le coeur : "Veuillez bien ôter votre chapeau circonflexe, incorrigible malpolie, vous êtes dans une église !!!"

-La tête : "Avez-vous donc oublier que j'adhère à la foi mosaïque et que le port du couvre-chef m'est une recommandation obligée? Et moi, vous tracassé-je avec vos voyelles toujours enlacées ?"

-Le corps: "Vous n'y êtes point ! A ma suite, embrassez le credo calviniste, lui seul vous préservera du mensonge de l'idolâtrie!"

-Le coeur et la tête, de concert : "Vous moquez-vous l'ami ? Prétendez-vous prêcher le bon évangile, qui arborez un -s au singulier!!!"

Balistique

Cet homme compte tant de cordes à son arc qu'il est sans doute plus violiste qu'archer. Ainsi, en dépit de ce que l'archet n'est pas tout à fait à l'instrument ce que la flèche est à l'arme, son carquois regorge de projectiles dont la décoche a transpercé plus d'un coeur. A portée variable, par l'épigramme ou le tendre billet.

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