04 janvier 2009

Dominique Autié, à propos de la blogosphère

Commençons 2009 en nous souvenant un peu. Voici-dessous un extrait de correspondance avec Dominique Autié, mort le 27 mai de l'année qui vient de s'achever. Il s'agit d'une réponse datée du dimanche 20 mars 2005, à un courrier où je lui rapportai mon passage au salon du livre. Mon récit, légèrement gonzo,  ne portait pas directement sur les perspectives ouvertes par ce qu'on appelle pompeusement la "blogosphère littéraire", mais signalait juste quelques rencontres (éclairs) avec des représentants de celle-ci, Raphaël Juldé notamment. Toujours est-il que Dominique embraya sur les enjeux de l'écriture en ligne, en laquelle, on le sait, il plaçait beaucoup d'espoir. L'avenir dira s'il était de son côté. Enfin bref, l'objet de cette petite publication n'est autre que de perpétuer la présence de l'écrivain authentique, l'homme réel que fut Dominique Autié. Dont on goûtera à nouveau l'espace de ces quelques lignes, l'élégance, la verve, l'humour cinglant, et surtout ce feu intérieur qui le caractérisait, jusqu'à la colère parfois.

Nb : ce passage est entrecoupé de points de suspension entre crochets lorsque le texte livrait des données trop personnelles, en particulier lorsqu'il éreintait des personnes qu'il est inutile de blesser, ou qu'il faisait l'éloge de personnes qui ont déjà une opinion suffisament haute d'elles-mêmes pour qu'il soit besoin d'alimenter encore leur vanité purulente. En citant ainsi un extrait de correspondance privée, je n'attente en rien à la mémoire de Dominique puisqu'au contraire, pour citer son post-scriptum au courrier : "si tel passage de ce courrier électronique concernant la fonction de nos blogs vous semblait utilisable, n’hésitez pas à les introduire vous-même en commentaire dans votre site. Je crois qu’il est bon d’enfoncer le clou, de motiver le moral des troupes. En veillant à ce qu’il n’y ait pas de coquille ou d’absurdité stylistique, je vous écris au fil du clavier et ne me relis pas. "

dominique_autie 6 octobre 1949 27 mai 1949.jpg

"L’enjeu ? Il est très précis et je peux vous en parler en connaissance de cause. Je vais essayer d’être bref et clair.
Aujourd’hui, nous sommes dans la situation d’une salle de spectacle qui ne disposerait que d’une scène et d’un premier rang de sièges. Pas d’autres sièges derrière, pas de strapontins, pas de loges, pas de balcon… On est Nothomb, Angot, Houelbecq, etc. ou on est RIEN.
Modeste exemple : mon premier roman, Blessures exquises (Belfond, 1994 – dont j’aimerais un jour vous offrir un exemplaire – j’ai acquis le stock au moment où l’éditeur l’a retiré du catalogue) a été porté sur les fonts baptismaux par un accueil exceptionnel des critiques : la “une” du Monde des Livres (le feuilleton de Pierre Lapape, enthousiaste), Libé, Le Point, plusieurs passages télé dont le Cercle de minuit de Michel Field… Bref, j’ai été l’enfant chéri des ces gens. Résultat : 1.200 exemplaires vendus, ce qui n’est pas si mal à mes yeux mais fatal aux yeux des gestionnaires de l’édition aujourd’hui. Même scénario pour le deuxième roman chez Phébus, moins spectaculaire mais significatif (une double page dans le Figaro littéraire, par exemple), un thème “porteur” (l’alcoolisme) et une maison d’édition prisée des baba-cools du travel writing. Résultat identique, agrémenté d’un conflit sur le fond avec la fine équipe de vendeurs de cravates de Phébus (je préfère Jean-Luc Lagardère, qui annonce la couleur, aux grenouilles de bénitier de l’édition dite indépendante). Troisième roman, 2004, éditions Michel de Maule (diffusées par Léo Scheer) : pas une ligne de critique, pas une. Donc, même pas un strapontin, c’est fini.
Je ne suis pas le seul, nous sommes légion dans ce cas, qui avons publié de façon honorable une dizaine de livres, reçu les hommages, un brin de notoriété provisoire (toutes choses dont nous sommes prêts à nous contenter). Aujourd’hui, on ne peut même pas dire qu’il y ait frustration, personne n’occupant la place que nous estimerions pouvoir légitimement occuper, puisque cette place n’existe plus. Je suis très serein devant cette situation [...]. Car je suis intimement persuadé que cette présence et cette audience vont, à terme, changer la face des choses, modifier la donne. Et ce que vous relatez est le témoignage le plus encourageant, le plus tonique que vous pouviez m’offrir en ce début de printemps un peu morose, marqué par la fatigue [...].
Donc, nous sommes sans doute, sur la Toile, en train de réinvestir la salle, de poser nos sièges, de dépoussiérer le balcon. Savoir qu’une Alina Reyes, qui pourrait avoir mille autres choses à faire pour soigner son parcours d’écrivain publié et traduit, me lit tous les matins en se levant est une des raisons qui me rendent douce la contrainte addictive et monacale de ce blog. C’est un des signes indubitables (et ce que vous avez observé le confirme) que la littérature a fait plus qu’entrouvrir la porte d’un nouvel espace. C’est profondément réjouissant, je vous le dis !

Merci encore, à bientôt quoi qu’il en soit.
Croyez en mes pensées chaleureuses et fraternelles.
Dominique Autié."

Commentaires

Quand tu parles de ces "personnes qui ont déjà une opinion suffisament haute d'elles-mêmes...", on pense tout de suite à un certain zozo...
Bonne idée sinon de publier ce texte, émouvant par l'espérance qui s'en dégage. Je regrette d'être passé un peu à côté de Dominique Autié, avec qui je n'ai eu qu'un bref échange de mails au sujet de Dante...

Ecrit par : Damien | 06 janvier 2009

Bonjour Damien, nous avons toujours la ressource de son site resté en ligne, riche de centaines d'articles. Il avait notamment, je sais, un roman en cours, assez avancé, peut-être en existera-t-il une édition posthume? C'était un vrai esprit libre, avec des accents à la Muray.

Désolé encore de ne pouvoir me joindre à la joyeuse bande! A bientôt en tout cas.

Ecrit par : OrnithOrynque | 07 janvier 2009

Jamais rien lu d'intéressant dans la blogosphère sur le plan littéraire en ce qui me concerne en cinq ou six ans. Les blogues reflètent la pourriture et la médiocrité du monde de l'édition, en pire.

Juldé, le seul de vos potes qui ne me donne pas la nausée, eh bien c'est juste un type qui veut se faire un nom pour pouvoir enfin baiser parce que son nom figure sur la jaquette d'un bouquin. C'est humain, mais on ne fonde pas une carrière littéraire là-dessus, tout juste l'introduction d'un roman.

Ecrit par : Lapinos | 07 janvier 2009

Vous êtes le plus divertissant des mammifères Lapinos. Je connais votre stratégie de l'extrême et de la tension systématique, votre cinquième degré permanent. Il est impossible d'avoir une discussion de bonne foi avec vous et cette mauvaise foi est en effet très réjouissante. Personnellement, j'ai lu beaucoup de choses plus qu'intéressantes sur les les blogues, de différents ordres, vous notamment, par la plume toujours, par le propos parfois (jamais sur Bloy auquel vous n'avez jamais rien compris :)). Transhumain, Slothorp, Philippe Billé, Constantin C., Tlön, (entres autres, les trois derniers sont dans vos liens je crois... ), ou encore La Main de singe, L'Alamblog, L'homme sans réseaux que je découvre à peine : non seulement ils ne réflètent en rien la pourriture du monde de l'édition ou de la presse, mais tout au contraire, soit ils en font miroiter la partie la plus intéressante, soit viennent précisément exister là où la part gangrénée du système, majoritaire, ne leur permet pas d'exister autrement. Internet, les blogs en particulier, m'ont permis de découvrir les écrivains français les plus intéressants des cinquantes dernières années : Gadenne, Hardellet, Martinet, Nabe, Tisserand... Il faut faire la part entre la possibilité de découverte et l'écriture en ligne à proprement parler. Pour ce qui est de cette dernière, je suis moins optimiste que ne l'était Dominique Autié. Après que nous courrions tous après ce que Annie Ernaux appelle "le gros lot lot symbolique" en cherchant une forme de reconnaissance "littéraire", c'est évident - et vous également bien sûr. Pas forcément que pour baiser. Davantage pour se masturber, "se sculpter" dirait Montalte, mais c'est synonyme, il n'y a que la différence qui va du but au moyen, c'est le même objet. Ca n'empêche d'essayer comme vous le disiez une fois, citant sans doute quelqu'un, Dostoeïvski peut-être, "d'ajouter un peu de beauté au monde", selon son propre talent (ou pas).

Ecrit par : OrnithOrynque | 07 janvier 2009

Lapinos ne trouve tellement rien d'intéressant dans la bloguerie, et depuis tellement longtemps, que l'on se demande ce qu'il y fout encore, si ce n'est par masochisme.

Ecrit par : Ph. | 07 janvier 2009

:)
Mais c'est une espèce rare, qu'il faut protéger! Il manquerait.

Ecrit par : OrnithOrynque | 07 janvier 2009

En vérité, en vérité je vous le dis, si le grain tombé à terre ne meurt pas, il ne porte pas de fruit.

Ecrit par : Transhumain | 07 janvier 2009

"C'est bien la plus petite de toutes les graines, mais, quand elle a poussé, c'est la plus grande des plantes potagères, qui devient même un arbre, au point que les oiseaux du ciel viennent s'abriter dans ses branches. "

TransAmen

Ecrit par : OrnithOrynque | 07 janvier 2009

bonjour, excusez moi de vous importuner mais voilà je suis tombée sur votre blog en faisant une recherche iconographique sur la Jérusalem céleste et il se trouve que l'enluminure que vous avez choisi pour illustrer votre article du 16 mai 2005 m'intéresse beaucoup! pourriez-vous m'indiquer de quel ouvrage elle provient et éventuellement sa datation? je vous remercie par avance de l'attention que vous porterez à ce message, cordialement Estelle.

Ecrit par : Estelle | 07 janvier 2009

Bonjour Estelle,

Voici les références :

http://www.bnf.fr/enluminures/manuscrits/man11/i8_0024.htm

Cordialement.

Ecrit par : OrnithOrynque | 07 janvier 2009

Bonjour.

Merci de cette Note qui m’apporte un élément de réponse (positif) à mon interrogation formulée hier.
Et pour vous signaler ainsi qu’à vos lecteurs qu’il est toujours possible de se procurer en librairie le deuxième roman de Dominique Autié, « Le Bec dans l’eau » aux éditions Phébus.
Belle journée.

Ecrit par : Louis-Paul | 08 janvier 2009

Quelque chose d'intéressant, je ne dis pas non. Copronyme, par exemple, puisque vous l'avez cité, mentionne parfois des ouvrages susceptibles de guider mes études. En ornithologie, P. Billé n'est pas nul. Etc.
Mais quelque chose de littéraire ? Je n'ai rien vu qui vaille le déplacement, même si je préfère perdre mon temps à lire Juldé plutôt que Beigbeder, parvenu à sa fin ultime depuis longtemps.

Mon propre usage d'internet n'a rien à voir avec la littérature. C'est parce que je n'ai pas accès à un certain nombre de théories iconoclastes interdites par le ministère de l'Intérieur ou boycottée par les médias que je surfe.

(Bien sûr, vu le bordel, il a pu arriver que je passe à côté d'une perle littéraire... En revanche je n'ai pas loupé un certain nombre de gugusses grandiloquents qui gravitent autour de vous, l'ornithorynx, crétins à faire passer Dantec pour un docteur de l'Eglise par comparaison.)

- En principe il y a trois 'Estelle' dans la Jérusalem céleste.

Ecrit par : Lapinos | 08 janvier 2009

Bonsoir Louis-Paul,

En effet je pense que toute publication de correspondance qui n'a pas un contenu strictement privé, mais dont le sujet, comme ci-dessus, peut éventuellement intéresser d'autres personnes, est une bonne manière de prolonger la présence de Dominique. Prévenez-moi en tout cas svp si vous le faîtes, dans ces commentaires. A bientôt, bien à vous.

Des noms Lapinos, et des exemples précis. Je comprends votre haine de Dantec : c'est un traître au marxisme.

Ecrit par : OrnithOrynque | 08 janvier 2009

Le Net est évidemment l'avenir et la survie de la littérature. Un peu la bibliothèque idéale de Borgès, mais en mieux.
Cela étant, je me demande toujours à me demander quel bouquin en vrai papier d'arbre j'emporterai dans ma tombe. (un vieux sujet de disserte, sachant qu'il n'y plus d'île sympa en ce bas monde capitalo-marxiste-décadent)

Ecrit par : Martin-Lothar | 08 janvier 2009

A long terme peut-être, je n'en sais rien. Pour l'instant non seulement on rêve d'emporter un vrai livre, mais du point de vue de l'édition également, c'est le papier qui confère seul le statut de demi-dieu d'écrivain. Regardez Eric Chevillard, il a tenu un blog (dans un genre très particulier qui n'est pas forcément le mien, mais assez génial dans le), aboutit à un livre. Lui possède déjà la reconnaissance me direz-vous (celle de Jourde notamment qui le tient pour le meilleur écrivain français), et le format blog lui a plutôt apporté un cadre propre à un exercice de style : forme courte, pari de publication journalière.... ainsi qu'il lui a offert un outil de statistiques et la possibilité d'être lu dès la rédaction, sans intermédiaire avec le lecteur. Bien que je ne crois pas que ce soit lui qui ait recherché un éditeur pour la publication, il a au moins accepté la proposition de publication de ses textes publiés en ligne. Il est possible que dans son esprit, il s'agisse de deux oeuvres différentes... Mais je suis à peu près persuadé, qu'il y a malgré tout le plaisir et la fascination du passage à l'objet magique livre à avoir orienté son acceptation. Ce fétichisme pourra sans doute se transférer progressivement vers les liseuses électroniques. Ce qu'il sera intéressant de voir, ce sont les chiffres de vente du livre de Chevillard. Est-ce que le lecteur fera preuve lui aussi du même fétichisme, est-ce qu'il voudra posséder l'objet, pouvoir l'emporter partout? On sait que tel blogueur internationalement reconnu, genre "gugusse grandiloquent" comme dit le lapin, revendique régulièrement 300.000 visiteurs uniques/jour. Mais n'a vendu que 13 ouvrages en dehors de ses proches. Est-ce le contenu qui a voulu cela? Ou est-ce une caractéristique de tout écrit publié en volume après l'avoir été en ligne? Est-ce la qualité de du travail de l'éditeur?

Ecrit par : OrnithOrynque | 08 janvier 2009

Moi non plus je n'en sais rien et in fine — pour nous — ce n'est pas bien grave ; nous qui avons encore les deux sous la main et entre les jambes.
J'adore Chevillard et je ne lui en veux pas de pondre son oeuf sur l'étale débordante, croulante, abondante des libraires paumés à jamais et de nourrir ainsi l'infâme pilon de notre décadence (inconscience, insouciance, un con science, un sou science ?) médiatique, économique, alimentaire et spirituelle.
L'heure est sans doute venue aux " véritables croyants" de prendre l'épée arthurienne du net et de refaire le monde en croisade ; non point sur un coin de bistrot, mais sur le Net (hic et nunc) : Table rase de la littérature, de l'édition et de la critique.
La révolution vous dis-je ! (Kikou lol, comme ils disent !) A+

Ecrit par : Martin Lothar | 08 janvier 2009

Tiens, à propos de Jourde, j'ai lu récemment son superbe papier (cri ?) sur le Causeur et je ne le retrouve plus à présent. Ce monde virtuel est cruel aussi hein ?

Ecrit par : Martin Lothar | 08 janvier 2009

Il est très émouvant de retrouver encore, ici, l'image et le souvenir de D.A. Il n'aurait pas aimé qu'on l'encensât de superlatifs ; qu'il survive donc dans ses écrits, dans le vide de la blogosphère et le silence de notre mémoire, parmi "ceux que l'on oublie difficilement"...
Merci, cher OO pour vos vœux déposés chez Ph. B., où je les ai trouvés, et bonne année à vous aussi. À propos de Renard, vous savez, je suppose que le texte numérisé du "Journal" se trouve sur ABU... Très pratique lorsque l'on recherche telle ou telle petite phrase, le passage où il s'étonne auprès de Philippe de la présence incongrue d'une cloche à melon dans le jardin, ou celui dans lequel il est question de l'indice grâce à quoi les dames identifient le taureau parmi les autres bêtes. Toujours savoureux.

Ecrit par : C.C. | 09 janvier 2009

Mais que chercher vraiment dans l'écriture ? à faire de l'audience ? à faire du blé ? ou à se connaître soi-même ?

S'il avait pu créer son blog, je ne pense pas que Montaigne aurait eu plus de succès qu'aujourd'hui. Car le blog est la défense & l'illustration d'un mode de divertissement pour dilettantes égocentriques.

Les vrais auteurs vont continuer de pointer le jour à l'usine et noircir des rames de papier la nuit (et les vrais lecteurs regretteront de n'avoir pu les découvrir de leur vivant).

Et pour ceux qui feraient la moue, mon approche est plus proche du Zen que du Jansénisme.

Ecrit par : P.A.R. | 09 janvier 2009

"Les blogues reflètent la pourriture et la médiocrité du monde de l'édition, en pire."

Sauf le tien, hein, Lapinos ? Il est vrai que ton style est si pur, et ta pensée, si haute ! Quel comique, ce Lapinos...

Ecrit par : Gugusse grandiloquent | 09 janvier 2009

Merci OO pour cette initiative.

J'ai pensé qu'il serait agréable aussi à nous tous d'entendre un peu la voix de Dominique. J'ai pu faire une petite vidéo pour cela, on la trouvera en lien sur mon nom.

Belle belle année à vous, et à tous.

Ecrit par : Alina | 09 janvier 2009

Bonjour Alina, cinq fois belle année à vous aussi. Document très émouvant! Je ne m'atendais pas du tout à ce genre de voix, j'imaginais un son plus cassé. Il parle du roman qu'il était en train d'écrire, évoqué plus haut.

Salutations aux chers sigles, C.C. et P.A.R. En dépit des apparences, tout à fait d'accord Constantin avec vous pour les superlatifs. Il faut que je lise ce journal, que je ne connais pas, ce sont les histoires naturelles dont j'ai entendu des extraits, et qui m'ont détourné du souvenir déprimant que j'avais de Poil de carotte, sans doute à tort.

P.A.R., vous avez sans doute raison. Si l'on en revient au cas de Dominique, je crois en effet que c'était son cas, pas à l'usine, mais grosse journée de boulot, lecture et écriture le soir. Un exemple toutefois de sa foi en l'écriture en ligne, un travail avec Louis-Karim Lambatten : http://www.intexte.net/galeries/gal_blog/galerie_lignederre/index.html

Ecrit par : OrnithOrynque | 09 janvier 2009

J'ai réalisé des travaux typographiques dans une autre vie et ce que vous me faites découvrir est un régal pour l'esprit et les yeux. Merci OO.

Ecrit par : P.A.R. | 09 janvier 2009

Blogosphère, autre sphère du langage et du débat...

Ecrit par : unevilleunpoeme | 10 janvier 2009

Pas le temps de haïr Dantec. Simplement Ben Laden me paraît plus authentiquement catholique que Dantec, ne serait-ce que dans sa façon de NE PAS serrer la main à un baveux comme Guillaume Durand, ou de NE PAS être applaudi par le 'Figaro', torchon nauséabond rédigé par une bande de mercenaires.

Ecrit par : Lapinos | 11 janvier 2009

Vous êtes un sacré comique, l'ornithorynx. Comment voulez-vous que ce qui était à peine publiable du temps de Bloy, à savoir la vérité, ne serait-ce que par bribes, le soit aujourd'hui ?

Comparez la situation de la presse et de l'édition au XIXe siècle à celle d'aujourd'hui en essayant d'être lucide. Un correcteur de presse au XIXe siècle aurait jugé un journaliste comme Philippe Muray, ou un énergumène comme Finkielkraut, paraphraseur débile, indignes d'être publiés, pour défaut de syntaxe, quand des tas de crétins les prennent aujourd'hui pour des 'philosophes' (sic).
A quelle distance de la charogne faut-il que vous soyez pour sentir la pourriture ?

Il n'y a qu'une seule façon pour un honnête homme de prendre un éloge dans le 'Figaro' : comme un insulte, et votre Autié n'a même pas l'air de s'en rendre compte.

Ecrit par : Lapinos | 12 janvier 2009

Vous savez, Roger Rabbitos, accuser la terre entière de crétinisme ne vous sauvera pas du vôtre.

Ecrit par : gugusse avec son violon | 12 janvier 2009

Il faut n'y voir que de la PunKattitud NiKadanteK.

Ecrit par : P.A.R. | 12 janvier 2009

Pour commencer, notons une petite coïncidence : Dominique autié cite précisément Dantec dans la video, or vous l'évoquiez, Lapinos, avant qu'Alina ne transmette le document.

Dominique Autié dénonce justement ici la pourriture, il me semble. Qu'il dise que le "Pilate" a d'abord parlé de ses premiers livres puis plus rien ne veut pas dire qu'il pactisait avec leur médiocrité. Bloy dénonçait la conspiration du silence, non pour s'en accomoder comme il eût été finalement logique, mais pour la déplorer, ce qui peut paraître paradoxal. C'est un peu aussi le cas de Nabe qui le reconnait en disant qu'il a voulu un destin à la Bloy et qu'il l'a eu. Il dénonce les médias mais se plaint de ne pas y être... On veut bien être maudit, mais il faut quand même que ça se sache un peu... Le fait d'avoir été vomi par le système reste toutefois un titre de gloire. La seule solution, c'est celle de Péguy : avoir son journal. Donc toucher un héritage et le brûler ainsi. Internet peut en faire office, être une solution. Vous-même avouez venir y trouver des choses par ailleurs introuvables parce qu'interdites, officiellement ou pas. Le problème d'Internet c'est plutôt le foisonnement, la montagne d'information, le labyrinthe, et la cacophonie.

Que Muray soit ou pas un philosophe, je n'en sais rien. Mais certainement pas un défectueux de la syntaxe, vous êtes fou lapin, c'est une plume de premier ordre et force, désopilarant.

Bonjour à P.A.R. et au passant de la rue Daguerre.

Ecrit par : OrnithOrynque | 12 janvier 2009

Un destin à la Bloy, mais sans névrose obsessionnelle: voilà le plan de carrière idéal de l'écrivain maudit.

Ecrit par : P.A.R. | 13 janvier 2009

Le drame personnel de Bloy n'est pas d'être rejeté par la critique et la presse ; ça c'est au contraire une bénédiction, un garde-fou, et Bloy le sait. Non, il souffre plutôt d'être rejeté par l'Eglise elle-même.

Même si on peut être reconnaissant à Nabe de ne pas transformer Bloy en carpette démocrate-chrétienne ou gaulliste contre un salaire, comme fait cette enflure couperosée de Lapaque dans 'Le Figaro' avec Bernanos, par exemple, Nabe n'est pas tout près de Bloy pour autant.

Pas plus tard qu'hier à la télé, Nabe évoquait le dédoublement de l'écrivain et la façon de le cultiver. Tout l'effort de Bloy consiste au contraire à combattre la duplicité et les jeux de marionnettes du romantisme.

Le vrai point commun entre Nabe et Bloy à mon avis, c'est que Nabe a lui aussi été confronté à la fange du marigot des lettres, tous ces chacals voués à l'Enfer et qui tentent de compenser une absence totale de talent et d'imagination par un débordement d'ambition veule. Ce n'est pas au plan artistique que Nabe et Bloy sont proches, mais plutôt au plan humain, donc.
Comme Marx l'observe, la violence du Léviathan capitaliste frappe les pauvres, bien sûr, mais aussi les artistes.

Ecrit par : Lapinos | 13 janvier 2009

Le seul Léviathan à craindre, c'est celui de Hobbes, une métaphore de l'Etat.
A défaut, Marx voyait plutôt un Fantôme parcourir l'Europe, vision prémonitoire de l'hécatombe accomplie en son nom.

Ecrit par : P.A.R. | 13 janvier 2009

Sans le Capital, le Léviathan n'est rien, et le Capital n'est rien sans le Léviathan. Le vif-argent coule dans les veines de la Bête de la Terre. Le spectre de la vision de Marx chevauche le cheval noir et il tient dans sa main la balance du magistrat, du suppôt de l'Etat quel qu'il soit.

Les spéculateurs ne doivent leur survie qu'à la police d'Etat qui vit en Marx et Engels ses plus farouches ennemis. Vous pouvez toujours accuser Marx d'avoir inventé la bombe au phosphore, la Vérité 'hic et ubique' triomphe toujours.

Ecrit par : Lapinos | 14 janvier 2009

Vous avez certainement raison.

Mais pour trouver la Vérité, soit on vous coupe la tête comme dans "Le Lotus Bleu", soit on fait appel au plus déjanté de tous, Léon Trotsky, qui dans un discours du 2 décembre 1920 annonçait un avenir sombre aux improductifs & aux ratiocineurs de tous bords:

"Ce qu'il faut créer, ce n'est pas simplement une démocratie ouvrière, mais une démocratie du travail. C'est-à-dire qu'il faut constituer une organisation des masses ouvrières telle que chaque producteur soit parfaitement soupesé et connu, et apprécié eu point de vue de ce qu'il a donné aux masses laborieuses comme amélioration réelle de leur situation matérielle."

Ecrit par : P.A.R. | 15 janvier 2009

La réalité historique, c'est qu'un tsar imbécile, soutenu par une aristocratie dégénérée (le genre d'enfoirés qui s'y mettent à trois pour empoisonner Raspoutine puis le cribler de balles), s'est engagé imprudemment et peu chrétiennement dans des guerres qui ont ruiné son armée et son régime militaire.
Que sa famille l'ait payé chèrement n'est que juste 'retour des choses' pour quelqu'un qui a envoyé se battre contre des Allemands bien armés des bataillons dans lesquels on devait parfois se partager les armes et les munitions, c'est-à-dire qui a envoyé des centaines de milliers d'hommes à la boucherie.

Bref le procès de Trotski et de son armée rouge, ou celui de Staline n'est qu'une farce judiciaire si on ne fait pas celui de Nicolas en même temps, aussi peu scientifique que le procès d'Hitler pour mieux disculper Churchill et les pays capitalistes concurrents de l'Allemagne.

Ecrit par : Lapinos | 16 janvier 2009

Lapinos : Quand j'entends ou lis des trucs du genre "la réalité historique" j'ai une grosse envie de sortir illico ma vieille kalach rouillée et de tirer sur tout ce qui bouge !
L'Histoire, il va y avoir un musée de plus pour ça payé par les généreux contribuables saoudiens ! (Hi, hi hi)
Et puis comme disait l'autre : "Nous connaissons l'Histoire, mais nous ne savons pas quelle Histoire nous faisons (Marx, Karl, pas Groucho hein !)"

Ecrit par : Martin Lothar | 16 janvier 2009

Et relisons "Le Don paisible": non seulement c'est d'une poésie rare et sauvage, mais en plus il nous plonge dans la réalité objective du petit peuple qui a fait/subi la guerre et la Révolution.

On pourrait également dire - après tout pourquoi pas ? - que cette guerre fut la dernière grande dispute familliale à l'échelle du continent, puisque les souverains des grandes puissances en conflit étaient parents à un degré ou à un autre.

Les procès se nourrissent de la confrontation de points de vue différents sur le même objet et les querelles d'experts font rarement jaillir une vérité susceptible de s'accorder avec l'ensemble des réalités vécues par les protagonistes; pire, le débat s'enlise et c'est au juge de trancher en son âme et conscience.

Puisqu'on parle de guerre, trancher ça fait mal, autant pour celui qui juge que pour les parties en cause. Sans la bonne dose d'endomorphine nécessaire pour traverser l'existence sans grands dommages, certains pourraient devenir procéduriers à l'excès une fois frustrés de leur propre vérité et voir leur personnalités s'altérer indéfiniment.

Maintenant que je vous ai expliqué ce qu'était l'aliénation de l'individu au sens marxiste du terme, je vous recommande chaudement de revenir à la première ligne de ce commentaire et de vous plonger dans la (re)lecture du "Don paisible", ne serait-ce que pour la description des paysages et l'emploi des couleurs.

Ecrit par : P.A.R. | 16 janvier 2009

S'il y a de la poésie et en plus de la sauvagerie ; alors, je plongerai volontiers dans le "Don Paisible", c'est sûr !

Ecrit par : Martin Lothar | 16 janvier 2009

Belle initiative ! voici les références indispensables pour le trouver: Михаил Александрович Шолохов, «Тихий Дон».
Mais le bouquin fait 1'400 pages, il faudra bloquer votre agenda et brancher le répondeur pour annoncer que vous êtes "surbooké" pour les 6 prochains mois.

Ecrit par : P.A.R. | 16 janvier 2009

Encore une réalité historique : deux des principaux fauteurs de guerre, Churchill et Hitler, étaient des peintres impressionnistes. Hitler peignait de poétiques bouquets, Churchill des paysages coquets.

Le peintre lyonnais Chenavard, extra-lucide, voyait dans l'envahissement de la musique et de la poésie, du paysage dans la peinture, un signe de décadence. Delacroix et surtout Baudelaire avaient du mal à digérer ça, forcément. Mais l'Histoire a donné raison à Chenavard.
Sans oublier, pour être équitable, les poétiques 'orgues' de Staline.

C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner que les artistes vouent une haine tenace aux poètes, chefs d'orchestre, luthiers, impressionnistes, pointillistes et autres balisticiens dont les canons ne sont pas de beauté. La musique fascine les serpents.

Ecrit par : Lapinos | 17 janvier 2009

Notre famille s'honore d'une lignée de peintres du dimanche sans que cela ait jusqu'ici destabilisé la planète, et même si je rêve toutes les nuits d'envahir la Chine et de m'y faire couronner empereur. Mais quand cela tourne à l'obsession, je prends mon 鶡冠子 (Précis de Domination) et cherche un enseignement au hasard.

Voici la parole du jour: "Le destin obéit au cours spontané des choses. Aussi, en fonction de ses décrets, un homme de talent n'est pas sûr de réussir ni un incapable de connaître l'échec, car il rédige ses propres textes. Aussi y a-t-il des édits d'un jour, d'un an, d'une saison ou bien de toute une vie. Le décret de toute une vie ne se forme pas à un moment précis. Le destin se trouve partout, oeuvre partout, exerce partout son emprise; même sur le tard il peut offrir le moment propice. De l'occasion dépend la destinée. Suivant que l'on sait ou non agir en temps opportun, le même acte pourra apporter l'accomplissement des ambitions et un destin enviable ou au contraire la perte de tout espoir et un sort chaque jour plus contraire. Seul le saint sait ce que signifient l'occasion et la destinée".

Ecrit par : P.A.R. | 19 janvier 2009

Je ne dis pas que vous avez l'intelligence de Hitler ou de Churchill mais que le dégoût du sexe, fréquent chez les poètes et les musiciens, conduit parfois ceux-ci à rechercher une compensation à leur frustration dans l'exercice du pouvoir politique et la domination.

Staline lui-même, qui occupe une position un peu particulière dans l'histoire du communisme russe a surtout fasciné les poètes, Eluard, Aragon...

Au moins admettez, si vous appréciez la musique, qu'Hitler comme chef d'orchestre se pose un peu là et que Karajan à côté, c'est du spectacle pour les bobos.

Ecrit par : Lapinos | 19 janvier 2009

A l'époque où je traînais mes Church's à Londres en quête de motivation existentielle, se jouait à Leicester Square une pièce intitulée "No sex please, we are British !".

A lui seul, ce titre concentre toutes les idées jetées pêle-mêle dans l'épitre ci-dessus. L'Empire britannique n'étant plus ce qu'il a été, cela pourrait laisser entendre que les Anglais forniquent à tour de ..... ?

De sophisme en paradoxe, cela nous conduit à comparer les mérites respectifs du Chancellier et du Chef d'orchestre. Je vous passe les détails de la gestuelle et de la mimique, pour en arriver à l'essentiel, au détail qui tue: Adolf H. passait ses vacances dans un ridicule chalet de Berchtesgaden, alors que Herber v. K. se reposait dans sa propriété de Saint-Tropez (à l'entrée de la baie des Canoubiers, pour les habitués).

Ecrit par : P.A.R. | 20 janvier 2009

Une douce évocation de Dominique grâce à la recension de ses ouvrages de jeunesse, haute en couleur typographique,
ici : http://www.fornax.fr/articles.php?lng=fr&pg=270
Merci beaucoup pour l'aiguillage vers le son galbé de sa voix.

Ecrit par : Armelle Domenach | 01 février 2009

Merci à vous Armelle!

Ecrit par : OrnithOrynque | 01 février 2009

Il est né après moi, il est mort avant moi: un homme pressé. Rien ne prédestinait une rencontre entre nous, si ce n'est que nous avons exercé la typographie à un moment ou un autre de notre vie, et que nous avons éprouvé les mêmes émotions dans l'infini du temps. Si un graphiste pouvait créer un nouveau caractère, qui lui ressemble et qui porte son nom, ce serait un plus bel éloge; qu'en pensez-vous ?

Ecrit par : P.A.R. | 05 février 2009

Et bien pourquoi pas cher P.A.R., c'est une idée très poétique! Reste à trouver le graphiste :)

Ecrit par : OrnithOrynque | 09 février 2009

Encore plus poétique: cet extrait de "Sur les falaises de marbre", d'Ernst Jünger, qui vient tout par hasard (?) croiser
le chemin tracé par vos soins en direction de Dominique Autier.

"Nous vivions en des temps où l'auteur est condamné à la solitude. Et cependant, considérant l'état de choses, nous eussions aimé voir mainte page imprimée, non point en raison de la gloire qui compte tout autant que l'instant parmi les formes de l'illusion, mais parce que la chose imprimée porte le sceau de l'achevé et de l'immuable, dont l'aspect contente aussi le coeur du solitaire. Notre départ est plus aisé, lorsque tout est en ordre."

Ecrit par : P.A.R. | 16 février 2009

Ernst is the best! Jünger est le meilleur! :)

C'est très beau en effet cher P.A.R. Je n'ai pas lu "les Falaises de marbre" Quelqu'un m'avait ici un jour conseillé "Viste à Godenhom" en citant un également très beau passage. Bien à vous.

Ecrit par : OrnithOrynque | 19 février 2009

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