22 septembre 2008
Versailles, rive ensevelie
Ses longues avenues, sa religion de l’angle droit, l’absence de lignes courbes, ont contribué à colporter la fable d’un Versailles sans mystère, voué au seul soleil, apollinien sans abîme, l’or lustré de ses lambris ne reflétant guère plus loin que la surface du sensible... Les quelques ronds-points disséminés de-ci de-là, la fantaisie qui, à fleur de monument ou d’église, ne peut manquer de s’exprimer, dans un souffle vertical, ne suffisent pas à estomper ce mensonge, sans doute entretenu, il est vrai, pour mieux réserver l’abondance du butin secret... Mais par qui ? Voilà ce que, au demeurant, je ne compte pas ici élucider. Des marais asséchés sur lesquels elle a germé, la ville a gardé davantage que cette atmosphère saumâtre qui la recouvre si souvent. Elle continue en réalité de s’y approvisionner en nuit, à s’en inoculer la part d’ombre, à en importer son content de clair-obscur... Moi-même, pendant de longs mois, j’ai cédé à l’esbroufe de son pavé rutilant, je me laissais conduire le long de ses axes, circulant parmi les artères de ce qui m’apparut d’abord comme l’exact négatif d’un labyrinthe. Certes, lorsque le feu du crépuscule, s’engouffrant dans ces perspectives régulières, se propageait par ricochet, de flaque en fenêtre, il était difficile de ne pas désirer demeurer à jamais l’une de ces statues de plomb en fusion que devenait alors chaque silhouette, figée dans l’argentique de cet instant sans date…
Fixées sur l’essieu massif du Château depuis lequel ils fuient en étoile, les boulevards pouvaient bien, à la manière d’une roue de hasard, distribuer leur chute dans une composition infiniment renouvelée, épuiser l’aléatoire, aucun sentiment d’égarement n’en résultait jamais. L’œil retombait toujours sur ses pieds, tout s’apercevait et s’identifiait sans peine, annulant toute conspiration du songe : Le général Hoche drapé dans la pierre, domine la place dédiée à sa mémoire, protégeant l’entrée de Notre-Dame, sans jamais menacer de s’éveiller nuitamment... Ce fut, je crois, par la révélation d’un visage, aperçu dans l’un de ces passages qui se dérobent brièvement depuis la place du marché, que s’infiltra en moi l’intuition d’une vie souterraine.
En dépit de la quadrature qui caractérise cette place, où se répondent symétriquement quatre pavillons dévolus chacun à une famille alimentaire (viande, poisson, fruit, légumes), c’est sur elle que sont greffées les uniques tentacules du songe, les seuls boyaux qui rendent possibles l’avènement brusque de l’inconnu. En effet, même si, là encore, la régularité géométrique n’est jamais détrompée, l’étroitesse des passages qui trouent chacun des coins de la place, leur pavage accidenté, le miroitement des ombres sur les murs, les porches qui sont comme des portiques, tout cela, pour quelques instants immerge à nouveau l’esprit dans l’hypothèse d’une faille. C’est sans doute pourquoi, en raison de cette vibration nocturne, antiquaires et bouquinistes ont choisi d’y installer leur échoppe plus qu‘ailleurs. Je fouillai ainsi la poussière de quelque caisse à vieux livres, lorsqu’une ombre découpa sa chinoiserie à contre-jour, depuis le porche situé à une dizaine de mètres à ma droite, sous l’arc duquel elle venait de s’engager… Marcel P. avance que les figures d’une époque se ressemblent plus entre elles que chacune ne se reconnaît séparément aux différentes périodes de son existence… Or, l’ombre qui venait de pénétrer le passage et me frôlait maintenant, de toute sa chair, dégageait un air insolite, d’un perturbant exotisme temporel. Cela ne provenait pas de son vêtement, ordinairement contemporain, mais plutôt de son pas, sans pesanteur. Ses yeux, deux spirales où les époques se télescopaient, étirèrent les quelques secondes au cours desquels je parvins à m’y plonger. Elle emmenait dans son sillage une étrange et invisible traînée de silence habité, de confidences chuchotées au-dessus des siècles. Des casiers métalliques, sans fond, s’ouvraient dans ma conscience, pour se refermer aussitôt dans un claquement sec, comme le son d’une cravache sur la croupe immatérielle du rêve...
Je cherchais un titre éditée aux éditions Tchou, qui eût trait à un hypothétique forage de galeries souterraines partant du château et innervant la cité, afin de permettre, peut-être, l’évacuation de la personne royale, ou même simplement son déplacement secret dans la ville et alentour… sinon jusqu’à Paris, du moins au domaine royal de Marly et sa stupéfiante machine à eau… Je ne trouvai rien de tel. Un gramophone attira mon attention de par le titre curieux du disque posé sur la platine, La Symphonie Absinthe, dont je crus me souvenir qu’il comptait parmi ceux que quêtait fiévreusement mon ami Mortemare… Bien qu’il s’agît peut-être d’une pièce de valeur, je ne m’en portai pas acquéreur, je n’en eus pas le loisir, saisi que je fus par une vision quasi-narcotique. Rarement il me fut donné d’admirer œuvre plus sidérante. Dès que je franchis le seuil, mon œil fut immédiatement saisi par une sculpture clouée au mur. Son positionnement en surplomb entendait sans doute rappeler celui qui avait du être le sien, avant que d’être arrachée au galion dont elle avait été la figure de proue… L’artiste inconnu avait eu cette curieuse idée de ciseler une sirène dans le bois, l’une de ces créatures que redoutent pourtant le plus les marins, comme le feu de Saint-Elme… Vraisemblablement avait-il voulu tourner les puissances adverses vers l’extérieur, à la manière dont les constructeurs des cathédrales ont taillé les gargouilles, comme expulsées des nefs, déviées par la Grâce… Le matériau dans lequel était ouvragée la créature océane était également remarquable. Il s’agissait d’un bois noir, que je ne parvins pas à identifier, et dont la noirceur – il était difficile de le décider – était peut-être en partie imputable au ravage du feu… La lave durcie pouvait tout aussi bien avoir donné sa chair à cette figure féminine, dont les traits et le rayonnement sourd empruntaient aux vierges noires médiévales… La faculté de séduction attribuée à son chant, réputé irrésistible, avait infusé tout son être. Sa contemplation virait inexorablement à l’hypnose, et son corps, qui semblait onduler d’une vie secrète, exerçait une sorte de sorcellerie sur celui qui se laissait capturer par le moire de ses écailles admirablement marquetées.
Non loin de la place du marché, au coin d’une rue, se dresse la carcasse d’un ancien châtelet dont la coupole grise est devenue le royaume des oiseaux égarés. Après avoir été converti en hôpital à la Révolution, son faste n’est plus aujourd’hui que de ronces et de lierres, prodiguant la seule médecine du souvenir. J’y ai passé de longs moments à scruter les rayons qui transpercent le dôme crevé… A peine dépassé le mur en ruine, que traverse un fer rouillé et mis à nu, l’on se retrouve dans un cloître de lumière et de temps suspendu… Je vins m’y guérir quelques instants du tintamarre urbain, et méditer sur les deux rencontres que je venais de faire, l’ombre atemporelle et la figure de proue, qui m’avaient toutes deux épuisé à la proportion exacte de leur enchantement. Le vent sifflait par la multitude de conduits que les années ont creusés dans le corps de cette parenthèse de pierre. Les volatiles voletaient d’un bord à l’autre du cercle tracé par la base de la coupole, faisant clignoter les lances de lumière qui la transperçaient. Les deux Mélusines avaient fait surgir les parois d’un dédale au sein de la ville… qui maintenant, je le distinguai clairement, ne résonnait plus des mêmes échos ; ceux-ci s’étaient fait plus profonds, comme répercutés par des murailles plus hautes…
J’ai laissé entendre que je n’escomptais pas démêler ici l’énigme des pliures du réel, en défaire l'origami ; Versailles me plaît ainsi sans que je veuille me dégriser à comprendre qui, et comment, entretient sa surface lisse, sans qu’une fois revenu au recto du miroir, je me risque à en dissiper la prestidigitation, tentant de mesurer la dernière onde qui, s’ébrouant de mon retour au tridimensionnel, ride le verre dépoli de son expansion concentrique. Mais l’idée s’est insinuée en moi que c’était sans doute la ville elle-même qui se couvrait ainsi d’un revêtement de plomb, se figeant dans l’immobilité afin de se prémunir du danger imminent, comme certains insectes le font en accordant leur couleur à celle des feuilles et des branches qui les soutiennent…
Plusieurs mois s’écoulèrent de la sorte, Versailles se refusait à moi, feignant la mort, finissant presque de me convaincre de la véracité de sa morne réputation. Et puis il y eut ce jour de plein automne où, comme parfois le dimanche après-midi, je longeai la voix désaffectée qui mène aux quais de la gare fantôme de Versailles-Matelots. J’ai dit que la ville vivait sous le joug de l’angle droit. Cela est vrai du centre historique, à partir duquel, toutefois, s’évasent plusieurs cercles, le premier constitué d’une banlieue sans charme, le deuxième d’espaces en friche, soit par nécessité (telle que la proximité d’installations militaires), soit par abandon. Les spectres des marins qui arpentent les quais de cette gare désertée appartiennent évidemment à cette dernière catégorie. Quelques centaines de mètres avant de pénétrer sous le bitume de l’imposante et populeuse station Versailles-Chantiers, les voyageurs en provenance de l’ouest peuvent encore apercevoir les panneaux qui signalent l’ancien embarcadère ferroviaire. Pour ma part, me dirigeant en direction opposée, je dépassai le vieux wagon bleu aux flancs frappés de vestiges d’écriture dorée, dont les lettres presque entièrement passées, dessinaient un filigrane, peut-être un palimpseste… Le vent qui soufflait avec force, déblayait les abords de la voie ferrée de toutes sortes de scories, déchets plastiques, cadavres métalliques et feuilles mortes… Je m’enfonçai dans une zone inconnue qui, je le savais pour en avoir aperçu la perspective depuis le train, rejoignait un des côtés les plus excentrés du parc du château. Dans la lande silencieuse séparant les entrepôts vides de Versailles-Matelots du rempart végétal obstruant l’accès au domaine royal, lande occupée par les herbes folles, la tôle ondulée et les éclats de pierre noire qui tapissent les rails, se dressait, en ruine, l’ancienne maison d'un garde-barrière. Alors que les premiers arbres du parc étaient en vue et que je pressai le pas, car à cet endroit, le passage des locomotives se faisait particulièrement proche, je vis, nettoyé par le vent, le pas d’une porte basse, à demi ensevelie dans le tertre qui servait de bas-côté… Il me fut facile de la forcer, son bois mort cassa sans résistance. J’étais persuadé, si proche du château, d’avoir trouvé l’une des entrées de ce réseau de galeries dont, quelques semaines plus tôt, je cherchai la trace chez les bouquinistes… Il n’en fut rien. Le long couloir chthonien était rectiligne et me conduisit directement dans la cour de l’Hôtel du Cheval rouge, sis à l’un des coins de la place du marché…
J’y pris une chambre, pour une durée indéterminée. Je retournais souvent admirer la beauté de la sirène noire, englouti pendant de longues minutes dans les plis de sa chevelure et les courbes de son corps hybride, dont le mystère m’apparaissaient chaque jour davantage comme l’écho d’un chant perdu… Un rêve me prit une nuit à l’Hôtel du Cheval rouge : quantité de matelots s’écoulaient des entrepôts vides et couraient le long de la voie ferrée, bientôt avalés par l’entrée du tunnel secret, comme des colonies de fourmis rappelées par la Reine… Au réveil, j’éprouvai le besoin obsédant de retourner dans le sous-sol… Après une marche rapide d’un quart d’heure dans l’obscurité du couloir souterrain, je fus surpris de découvrir un passage qui m’avait totalement échappé lors de ma première maraude… et s’ouvrait sur la droite, en direction du nord-est selon toute vraisemblance… Je m’y glissai et parcourus encore plusieurs centaines de mètres au long desquels le plafond ne cessait de s’élever… Je m’en rendis compte à l’écho plus clair et plus lointain de mes pas… L’ombre s’éclaircissait à mesure que l’espace s’agrandissait au-dessus de moi et sur mes côtés (je ne pouvais plus toucher les deux murs simultanément, comme je le faisais jusqu’alors pour me guider)… Mon étonnement franchit un degré supplémentaire, proche du paroxysme, lorsque je compris que ce je prenais pour des gouttes suintant des parois recouvertes de salpêtre étaient en réalité le clapotis d’une eau calme, qui doucement venait battre un rivage… Je me trouvai dans un port, de taille modeste mais à la destination avérée… Plusieurs anneaux de fer étaient prisonniers de la pierre, afin de pouvoir retenir les amarres des embarcations qui mouillaient dans ce port enseveli… Je reconnus bientôt, par recoupements géographiques, le cours de la Bièvre qui s’écoule cachée depuis qu’elle a été recouverte, il y a plusieurs décennies, continaunt d'affluer secrètement vers la Seine… Les destinations pour lesquelles on emprunte désormais son cours, n’appartiennent plus au visible… Les galions sur lesquels on y appareille ont des figures de proue sculptées dans l’ébène ou la lave, dont le chant ouvre les écluses du temps… Voilà ce que je me disais en rangeant les quelques effets personnels qui composent ma maigre valise, à l’Hôtel du Cheval rouge…
15:08 Publié dans Ecrevisses de lune | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note
Commentaires
Monsieur l'ectoplasme, pourquoi vous disperser avec de telles billevesées, quand vous pourriez vouvoyer (faut pas pousser) les cimes avec le seul, l'unique, le grand VERSAILLES RIVRON ?
Ecrit par : Carlsberg Elephant | 23 septembre 2008
;)
Un peu de respect M. Tisng Tao! Apprenez que je ne m'adresse aux cimes qu'à la troisième personne ou alors dans la langue de Gerard Manley Hopkins. Mais vous-même avez-vous bien pesé chaque virgule de mon texte avant de le juger? Avez-vous pu sonder, sans frémir, ses interlignes saturés de Conscience?! N'avez-vous donc pas vu qu'il est farci de Sââââcré! Y-a-til en France aujourd'hui encore un critique digne de ce nom capable de le comprendre? Mais le Tout-Puissant n'a pas voulu que vous voyiez! De peur que vous vous convertissiez mécréant! Et puis avez-vous acheté mon livre avant d'oser me parler? Mes amitiés à Barje, euh pardon Marge, enfin Barth Simpson je veux dire... :)
Ecrit par : OrnithOrynque | 23 septembre 2008
C’est justement en cette saison où s’infléchit la courbe de vitalité du monde visible qu’il faut visiter Versailles, quand le soleil passe plus de temps dans le monde d’En-bas et nous invite à le rejoindre.
Vous avez le bonheur d’exhumer des mondes rares et terrifiants des gares, comme Howard-Phillips L. l’a fait d’un désert australien ou d’un haut plateau antarctique. Pour mes déplacements, je passe beaucoup de temps dans l’univers ferroviaire et n’ai pu tirer que cent trente haïkus de cette influence délétère pour la raison ; je devrais penser à me mettre en condition par quelque substance potagère ou houblonnienne (Carlsberg E.), pour en tirer un parti plus flamboyant que ces petits poèmes heptakaidecasyllabiques inaccessibles aux mentalités socratiques et cartésiennes du continent qui nous transporte.
Ecrit par : P.A.R. | 24 septembre 2008
Une gare ensevelie,
Un courant me disperse,
Le Cheval Rouge.
Ecrit par : Bashô | 24 septembre 2008
Bonjour à vous deux, P.A.R. et Cheval, communiant sous le signe du haïku!
A part quelques bribes de l'affaire charles Drexler (qui m'avaient bien assez alléché), je ne connais toujours pas grand chose de l'oeuvre de Lovecraft (mais ce n'est pas la première fois qu'on m'en parle ici, en écho). A une époque, j'avais peur de lire malgré moi des extraits du Necrono... Il paraît que la BN en conserve un exemplaire imprimé sur peau humaine séchée... En revanche, j'ai lu la petite biographie de Houellebecq sur lui, pas mal du tout...
Bien à vous.
Ecrit par : OrnithOrynque | 25 septembre 2008
J'ai profité d'un pli dans le continuum espace-temps par aller voir Abdul Al-Hazred, comme d'autres vont rendre visite à Eugène C. Il m'a confirmé que lui-même et le livre n'ont jamais existé, ce que j'ai dû vigoureusement démentir en lui montrant l'exemplaire du N. que j'ai acheté dans les années 70 (décrypté par ordinateur, une première pour l'époque).
Qui ment à qui ?
Ecrit par : P.A.R. | 25 septembre 2008
Je vois avec plaisir que vous publiez plus fréquament.
Ecrit par : Pharamond | 25 septembre 2008
fréquent, violent, ardent, prudent
fréquemment, violemment, ardemment, prudemment
savant, méchant, complaisant, incessant
savamment, méchamment, complaisamment, incessamment
pigé ?
Ecrit par : Me Capelo | 26 septembre 2008
Entandu Mètre étalon italien! Mais, vous savez mon credo, à moi, c'est Bégodo le feupro intello bobo qui dit "déboires sentimentales" au lieu de "sentimentaux". Ou encore qui pousse-au-crime contre la conscience en voulant le supprimer le passé simple, sous prétexte de rendre le françois plus sexe... Imaginez la perte pour la vie intérieure, pour la quête de l'or du temps... Le TP de La Haye pour Bégaudeau! Capito Capello?
Hello Pharamond! Pas encore si fréquent que ça, mais un peu plus quand même, en effet... je réfléchis à une piste, plus courte et possiblement plus fréquente, une sorte de carnet de coïncidences... Mais ce n'est pas sûr...
P.A.R : on nous cache tout, on nous dit rien. Attention tout de même à la puissance du Dément! Connaissez-vous et aimez-vous Gustave Le Rouge?
Ecrit par : OrnithOrynque | 26 septembre 2008
Le Rouge, Leblanc, Leroux, polars aux couleurs d'automne, où sont tous leurs δαίμων, dans les salles de marchés ?
Ecrit par : P.A.R. | 26 septembre 2008
Qu'est-ce que le δαίμων cher et docte P.A.R. svp? Je ne comprends pas cet estranger là, je ne le déchiffre même pas (je suis allé en Bulgarie (qui déchiffre le bougre peut décryper le grec) il n'y a pas très lontemps, mais j'ai tout oublié!
C'est troublant cette parenté chromatique des patronymes. D'autant plus qu'elle révèle une vraie parenté de thèmes et d'univers... De Leroux, la Poupée sanglante et Leblanc, l'île aux 30 cercueils, j'ai adoré les versions TV quand j'étais petit.
Ecrit par : OrnithOrynque | 27 septembre 2008
Vous parlâtes d'un Dément autocrate, je répondis par le démon de Socrate. Quant aux complots de milliardaires de Lerouge, ils se trament aujourd'hui dans les salles de marchés. L'esprit des lieux ne se trouve plus au fond des bibliothèques, mais hante les réseaux numériques.
Le plus consternant, c'est que ce week-end, j'ai trouvé un CD pirate de "La Symphonie absinthe"sur le marché de 崇明岛.
Ecrit par : P.A.R. | 29 septembre 2008
:)
Je vous envoie tout de suite les douanes! Quoique de toute manière la magie de la Symphonie Absinthe ne se goûte qu'en vinyle!
A propos de Le Rouge, je rebondis des Mémoires de Lacassin en (célèbres, mais que je ne connaissais pas) passages de Cendrars sur son ami. Passionnant. Et parfois presqu'inquiétant, comme cette histoire des" homuncules" à propos de laquelle les deux poètes divergent (In "Bourlinguer").
Ciao P.A.R!
Ecrit par : OrnithOrynque | 29 septembre 2008
Magnifique vision de cette ville à la fois admirable et détestable (je sais de quoi je parle : j'y ai passé mon enfance) qui n'est jamais aussi belle qu'en automne et en hiver...
Ecrit par : Damien | 30 septembre 2008
Bonjour et merci d'avoir lu Damien. Il y a un charme insidieux de Versailles, qui se révèle plus particulièrement aux saisons mortes, en effet. Si de plus, c'est le pays de l'enfance, alors... (notre vraie patrie disait Mitterand, mais n'exagérons peut-être rien:)!). Avant d'y passer tous les jours pour rejoindre mon lieu de travail, j'y avais mis deux fois les palmes : pour prolonger mon sursis militaire et pour trouver de la documentation sur Vialatte dans une obscure annexe périodiques de la BNF... Ce serait une belle gageure que de sculpter une réplique du château de Versailles dans le silice! :)
Ecrit par : OrnithOrynque | 30 septembre 2008
Ah mais cette "obscure annexe périodique de la BNF" contient de véritables trésors, des archives qui datent de Louis XIV : le catalogue dessiné des costumes de Molière, par exemple.
Ecrit par : Damien | 30 septembre 2008
Ah quel rustre fais-je! :) A l'époque j'étais tellement obsédé (au mauvais sens du terme) par ce que je cherchais, que je ne vis rien de ces trésors! Je serais tombé sur le manuscrit de la Recherche que je ne m'en serais peut-être même pas rendu compte... Epoque transpirante, mauvaises nuits, tête vide! Un détail me revient : en arrivant en gare Rive Gauche, je lisais le Matin des magiciens (et je n'accrochais pas du tout). Mais je glisse petit à petit dans l'autofiction! Juste un dernier truc : savez-vous - qui aimez Desproges - que Vialatte était son écrivain préféré?
Ecrit par : OrnithOrynque | 30 septembre 2008
Ces trésors sont évidemment bien gardés et difficilement accessibles, j'en avais eu un aperçu lors d'une exposition...
Sinon, pour répondre à votre question : oui, d'ailleurs l'influence de Vialatte sur Desproges est très visible : scepticisme à l'égard de la modernité, vocabulaire volontiers recherché, goût de la grammaire, notamment ses formes désuettes (subjonctifs alambiqués), esprit encyclopédique mêlé à un certain sens de l'absurde, célébration des animaux... Les réminiscences sont nombreuses.
Ecrit par : Damien | 30 septembre 2008
C'est bien résumé. Je conseille vivement "Battling le ténébreux" à tous ceux qui naufrageront ici.
Ecrit par : OrnithOrynque | 30 septembre 2008
Le Matin des Magiciens est toujours in, ou vous parlez d'un temps où la main de l'homme n'avait pas encore marché sur la lune (comme dirait Vialatte) ?
Ecrit par : P.A.R. | 01 octobre 2008
Bonjour P.A.R., j'ai relu récemment le passage sur Fulcanelli et l'alchimie, ça m'a bien plu. Il y a notamment une description du processus de la Piere philosophale, qu'on trouve rarement formulée de manière concise et accessible. La théorie sur la terre creuse est assez divertissante aussi.
Au fait, je repensai à ça hier, notamment à l'adresse de Damien, mais il paraît que Carné avait le vieux projet d'adapter Les Fruits du Congo, dans sa manière réaliste poétique.
Ecrit par : OrnithOrynque | 01 octobre 2008
J'ai moi-même été tenté pas l'alchimie, mais le fait de devoir laisser des trucs nauséabonds mijoter toute la journée sur le gaz m'en a vite dissuadé.
Et je suis devenu poète. Si l'on en croit Schopenhauer, Nietzsche et Eco, c'est le moyen le plus propre de parvenir à la Vérité.
Ecrit par : P.A.R. | 02 octobre 2008
Je vous rassure cher P.A.R. je ne possède ni cornue ni alambic, toutefois l'expérience alchimique, telle qu'en témoignent ses pratiquants, me passionne. Par ailleurs, même si c'est un cliché, il semble exister de nombreux rapports (au moins métaphoriques) entre la transmutation de l'être par la spiritualisation de la matière et l'alchimie du verbe. Et puis, à vrai dire, même si c'est au prix parfois d'un certain bazar ésotérique, l'univers alchimique est d'une grande poésie à mes yeux. A partir d'un certain degré - qui constituerait par exemple à pratiquer l'alchimie, même à simplement assister au travail au fourneau -, ça me mettrait plutôt les foies... Pour ce qui est de la vérité, je suis charbonnier. Il a dit qu'Il était la Vérité, je Le crois, je veux être son copain... Ne fuyez-pas P.A.R!
PS : je crois qu'Umberto Eco consacre quelque part un § à Fulcanelli
Ecrit par : OrnithOrynque | 02 octobre 2008
Passez me voir. J'ai placé une photo pour vous.
Ecrit par : P.A.R. | 09 octobre 2008
Lapsus clavis.
La connexion devrait maintenant fonctionner.
Ecrit par : P.A.R. | 09 octobre 2008
Je vois ailleurs que vous lisez "Jérôme" : vous êtes pardonné pour votre si longue absence, même si ce n'est pas la seule explication...
Ecrit par : Talmont | 19 novembre 2008
Bonjour Talmont, à vrai dire, je suis impardonnable, car si j'ai bien en effet à quelques centimètres de moi la très belle édition de "Jérôme" chez Finitude, je ne l'ai pas encore entamée... J'avais été très "enthousiaste" à la lecture de "La grande vie", et je garde la découverte de ce qui est présenté comme son grand oeuvre pour un moment où je pourrai le lire, sinon d'une traîte, du moins à grandes lampées! Ce qui n'est (pas du tout) le cas actuellement, malheureusement. Le cerveau broyé par mille choses, le travail surtout, mais pas que, bref...
En fait, je me dis "A quoi bon?", et je vais sans doute écrire un message à ce sujet, afin que tout un chacun vienne déposer sa petite gentillesse :):):)
Ou encore je me dis "A quoi bon François Bon?". Et là je pense à la chaise percée de Gracq (vous m'avez bien fait rire!)
Pour revenir à Martinet, j'imagine que vous l'aviez découvert dans sa première édition (Sagittaire?)?
Merci de votre souci en tout cas.
Ecrit par : OrnithOrynque | 19 novembre 2008
Inner city blues. J'ai connu un ornithorynque autrefois, un lointain cousin peut-être. Un qui était sacrement musclé, raboteux et rêche comme un pog, et qui parlait comme la terre qui, elle, ne ment pas. Sa cape camouflage était doublée de zibeline et il twistait dur au Bus Palladium. Ses chaussures de ville étaient affublées de petites ailes à plumes de casoar couvertes de cendres. Il avait, tour à tour, la fraîcheur d'un Dubonnet quinine au coin du bois, ou celle d'une lame qui se glisse lentement dans votre buffet. Quand il frappait le zinc de son gros poing, c'était comme un coup de Fischer contre Spassky. Quelquefois il restait là, taiseux, et la pièce se parait de flammèches sous la levée des spectres : Guy Ferlat, Jean de Brem, Raymond Maufrais, Bert l'égoutier (et ses oies sauvages), Driant, Drieu, Mermoz, le gros Georges, le grand Jacques… ils étaient tous là, ils tenaient tous sa main alors qu'il tenait la mienne. Puis lorsque, las de commander ces cohortes, il jetait d'un geste bref comme aux osselets une poignée de pièces mérovingiennes larges et plates au plastron du loufiat, il s'en allait dans la "nuit noire et blanche" comme un torero, qui est grand parce qu'il est seul, comme une comète.
Il avait tout fait, la Sambre et Meuse, le faux soleil d'Eylau la Prusienne, le Chemin des Dames, le fort de Vaux, le Bois des Caures et même le tunnel de Tavannes, la plaine de Belgard et la rue d'Isly. Il avait ébréché son glaive à la dentelle de Damiette. Aux mottes castrales garnies des Sarrasins il répondait "je les grignotte". Il faisait trottiner les bougres à la hachette armoricaine. Il avait choqué aux deux tours. Il était tout ça pour moi qui me chauffais à sa lumière, qui grandissais à me repaître de sa pulpe, à lui voler son feu.
Il ciselait ses saillies nationales à la lueur qui irradiait du creuset du Grand-Œuvre et je me les fixais au cœur comme des sangsues purificatrices, les arborais comme un scapulaire ardent et français – oui, n'ayons pas peur du terme – français, moi qui ne l'étais pas.
Avec lui, et quelques autres, nous voulions empoigner le ciel et broyer les étoiles au creux de nos pognes.
Morphine de l'âme. Il faisait sombre ce matin-là, sur cette corniche andalouse, comme il fait sombre cette nuit, et si, d'aventure, ma main devait se poser sur une carte de tarot, ce serait Le Pape… des éléphants.
Un jour dans la fusillade
Galopant à l'inconnu
Nous allions en cavalcade
Tu étais mon camarade
Celui que j'aimais le plus.
Un cavalier par bravade
Des siens les plus résolu
Il porta son estocade
Ce fut toi, mon camarade
Ce fut toi qui la reçus.
J'ai vengé l'estafilade
Que ce coup t'avait valu
Mais très tard, dans la nuit froide
J'ai pleuré, mon camarade
Près de ton corps étendu
Je suis ma route, maussade
Et je chevauche sans but
Au hasard d'une embuscade
J'ai perdu mon camarade
Je ne rirai jamais plus.
Prince, écoute ma ballade
Et mon appel éperdu
Prie le Dieu des cavalcades
De placer mon camarade
À la droite de Jésus.
Ecrit par : Grabowski de Beaubourg | 30 novembre 2008
Monsieur Frodon? La corniche andalouse... Le cadavre (pas aux ordres de Moscou), celui de Notre Jeunesse, qui s'est jeté par-dessus la rembarde ce petit matin de Nuttelozen, n'en finit pas de dégringoler depuis, dans un puits sans fonds... J'ai entendu son écho dans les ornières du Camino, dans le crissement des rails en gare d'Astorga, sur les bords de la Morze Czarne, sous les parasols de Sozopol, qui marquaient le money time...
Je suis retombé sur "l'Acier dans la viande" il y a quelques semaines : je ne l'ai plus lâché de toute la journée, lu et relu. J'en ai même parlé à un ami qui figure dans les liens, dont je t'avais parlé, qui m'as toujours fait un peu penser à toi. J'ai failli t'écrire à ce moment-là... Puis je ne sais pas... Le cadavre qui chute... Il y avait du génie en tout cas. Et même ce que tu viens d'écrire là, plus haut : pour moi, c'est du Nabokov. "Mais c'est de l'art que vous faîtes!".
Plusieurs drôles de coïncidences entre ton message et plusieurs motifs apparaissant dans un prochain texte ou dans des lectures en cours : Un Singe en hiver, les lames de tarots, l'Andalousie (la forêt de citrons d'Almunecar... ).
Je t'écris bientôt.
PS : ne t'inquiète pas pour ici. C'est un secret pour (presque) tous.
Ecrit par : OrnithOrynque | 01 décembre 2008
Un parcours canselietisant menant du Bus Palladium au Milk Bar de la rue d’Isly par le Pont-Euxin et Jacques le Majeur ? Fulcanellique et péguystyllistique...
Ecrit par : P.A.R. | 12 décembre 2008
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