10 juillet 2008

Petit poème de la Roche-Guyon

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Un coléoptère m’escorte dans la lumière, Rue du Quai, petite traverse dérobée que bordent des murs de pierre ancienne, et qui relie les berges de Seine au lacis de ruelles de la Roche-Guyon. La verdure transperce le pavé, c’est le charme de ce lieu, son génie : la beauté civilisée incline ici à la ruine ; déjà patinée, elle est encore abâtardie par l’office végétal qui constelle le sol et les demeures d’une multitude de verts poinçons, au contrebas des arbres surgis à la lisière de domaines. Le bourg est un enfant naturel dont le visage tacheté rappelle l’extraction adultérine et sauvage. Sous les arches feuillues, de longs murs bas, de ceux que l’on trouve à foison dans le Valois, parfois enchâssés d’un portail de fer forgé, filent vers le soleil. Ces venelles sont des alambics à rebours où la lumière se décompose, le rouge, surtout, y flamboie. Redescendons vers la Seine. Les peupliers miroitent et ondulent  dans le vent et la lumière, doucement, puis s'ébourriffent.

Au loin, à l’Est, où Vétheuil se dessine, tourne un bras du fleuve, surplombé par les falaises de craie. Il ferait bon appareiller, se laisser glisser sur l’une de ces embarcations de bois, dont les coques effilées se résolvent en une proue carrée. Puis rejoindre l’église troglodytique de Haute-Isle creusée dans le pied d’une falaise, évidé et planté d’un clocher, seul apport extérieur à l’édifice naturel si l’on excepte les cadres, les vitraux et les portes. Fermée, en dehors des heures d’office. Dans le cimetière qui à la manière ancienne jouxte l’église en guise de jardin, certains époux Fodden sont enterrés.

Pour l’instant, buvons notre bière aux arômes de Tequila depuis une terrasse avec vue sur le donjon qui fait la renommée du lieu, sis au-dessus du château édifié quelques décennies plus tard, quelques mètres plus bas. Je crois me rappeler avoir entendu que Blake et Mortimer y vécurent l’une de leurs aventures... que je n’ai jamais lues, l'une pas plus que les autres... On imagine bien pourtant, recluse dans la pierre humide, une équipe de savants troglodytes tenter de mettre au point une machine à voyager dans le temps, ou aù moins le scruter par la magie de quelque chronoviseur

Il est fermé pour travaux, le potager aménagé entre la Seine et le château. Actionnant la machine d’André Hardellet qui capte et restitue les songes et le passé, je vois, par-delà la grande grille rouillée, un Gentilhomme arpenter les allées de ses souliers à boucle, le front penché. Il médite le dessin à imprimer à ce jardin, qui se doit d’évoquer l’Eden, tout en restant démocratique... Car la Révolution approche, et sous sa perruque, les idées neuves s’agitent. Il se retourne, devine ma présence au-delà du temps, mais ne me voit pas. Si bien qu’il ne sait pas que son regard fixe le mien. Le bourdon aigu d'un biplan distrait mon attention, le vibrato mélancolique de son moteur fore mon âme. Le château ne se visite plus depuis une minute au moment où je touche son entrée.

Retournons une dernière fois sur les berges. Enfin le silence, la caresse du vent, le grondement lointain de l'orage... Devenir du vent et du silence, voilà le vrai. Partons, nul doute qu'en chemin nous croiserons de ces véhicules insolites que l'on ne croise jamais que sur les routes de campagne, en été. Ici une vieille anglaise décapotée, dont le pilote voyage presque parallèle au sol, là une sorte de coléoptère mécanique, monstrueux, jaune, quelque chose comme un side-car échappé, autonome, à l'habitacle hypertrophié, et que les deux gardes-boue, tout aussi jaunes, tentent d'équilibrer...

Commentaires

Très jolie balade, je n'y suis jamais allé même si j'en parle dans mon tour de France virtuel
http://guerrecivileetyaourtallege3.hautetfort.com/archive/2008/05/17/le-tour-de-france-du-patrimoine-choix-absolument-arbitraire.html
Je suis heureux de vous relire, j'ai crains un instant que le mini duel avec le médecin légiste non diplômé de la littérature ne vous ait quelque peu "perturbé".

Ecrit par : Pharamond | 11 juillet 2008

J'y suis allé très régulièrement pendant de nombreuses années. Et l'un des cafés en face du chateau (n'a-t-il pas aussi servi de QG à l'état-major allemand, le chateau bien entendu) reste pour moi lié à la mort d'Ayrton Senna. C'est l'un des serveurs qui nous l'appris ce jour-là.

Ecrit par : P/Z | 11 juillet 2008

Bonjour à vous,

C'est en effet un endroit assez magique. D'ailleurs, plusieurs endroits du Val d'Oise et de l'Oise ont un charme très particulier, quelque chose de doux et d'envoûtant que je ne sais caractériser (une grande part de projection fantasmatique évidemment). J'ahabite plus au sud, dans les Yvelines, il y a de très beaux coins, mais je ne retrouve pas cette vibration, cette tonalité qui me touche. Le mélange d'une nature encore sauvage et de styles architecturaux gothique tardif et Renaissance, je crois. Bref.

Merci Tlön pour l'Araignée! J'imagine bien les allemands dans ce décor, en effet, en plus de l'intérêt stratégique du lieu. Sur la route de la Roche-Guyon j'ai fait étape dans un Emmaüs et ai dégoté un Simon Leys "Les Naufragés de Batavia. Youpi. Par ailleurs, je suppose que vous connaissez déjà, mais dans le cas contraire, "Les anneaux de Saturne" de Sebald, c'est pour vous!

Pharamond, peut-être un jour nous croiserons-nous lors de l'une des étapes de votre tour de France arbitraire! Merci à vous. Ne vous inquiétez pas, ce non-évènement n'a laissé aucune trace sur moi. J'espère seulement que cela ne me portera aucun préjudice professionnel, notamment en cas de changement de recherche de nouveau poste. Pour ce qui est d'ici, j'ai simplement plus de temps, ayant ainsi le temps de me promener! Je ne pense pas attendre 1 mois en tout cas avant un prochain post. A partir d'août les choses redeviendront serrées, malheureusement!

Ecrit par : OrnithOrynque | 11 juillet 2008

La bière, oui ; la tequila, pourquoi pas ; la bière aux aromes de Tequila, non, là vous me décevez.

Ecrit par : Talmont | 12 juillet 2008

Je plaide coupable Talmont. Il n'y avait pas beaucoup de choix en magasin et je me suis laissé détourner par le nom de la biière, "desperado". A ma décharge j'ai offert ce soir à un ami une bouteille de Coal Ila, ce qui est une indéniable preuve de goût. Voyez ma générosité, j'économise mes deniers en buvant de fausses bières, afin de pouvoir d'être magnanime avec mes amis.
:)

Ecrit par : OrnithOrynque | 12 juillet 2008

Et moi je vous sais gré, cher ami, d'avoir laissé s'écouler un moi et demi après votre hommage au Voyant de l'Archipel. Cette rareté, chez vous, ne m'inquiète pas, elle vous va comme un gant.

Bien amicalement,
Un ami aux mains sales

Ecrit par : Mémoire des Stands | 13 juillet 2008

Bonjour cher Mémorialiste! En effet il y avait de ce que vous dîtes dans mon silence, en sus de mon rythme géologique habituel. Merci de ce sympathique arrêt au stand. Je vous serre chaleureusement le gant.

Fort amicalement.

Ecrit par : OrnithOrynque | 14 juillet 2008

Très bel endroit que je connais bien. Il y a une belle randonnée à faire dans le coin.

Ecrit par : CCRIDER | 18 juillet 2008

Un coléoptère dans la rue du Quai ?

Ecrit par : La Comtesse | 20 juillet 2008

Comme je vous vois.

Ecrit par : OrnithOrynque | 20 juillet 2008

Vous le savez sans doute, ma bio de B. Cantat, aux éditions Scali, est bien sûr disponible partout en France: "Un noir désir, Bertrand Cantat", Andy Vérol, Editions Scali, avec une excellente présentation de Patrick Eudeline.

Mais il y a aussi ce roman que je défends bec et ongles, interdit d'articles dans la grosse presse pour cause de "roman trop trash", ben voyons. C'est plus parce que j'y secoue leurs grosses gueules bien installées et leurs certitudes qu'ils nomment intelligence, qu'ils se refusent à se faire caresser par ma bête littéraire. Fort heureusement, très soutenu par les marges, les mondes alternatifs, "Les Derniers Cows-boys français" vit sa vie entre les mains de nombreux lecteurs. Mon éditeur, Pimientos, a créé une collection offensive ambitieuse: Pylône. Voilà, vous savez presque tout, et si vous en voulez encore, des infos, vous tapez "Andy Vérol" avec vos doigts boudinés/osseux, sur les gros méchants moteurs de recherche (j'suis sûr qu'il y a des esclaves qui pédalent pour faire mouliner la recherche, j'suis sûr han).

Je ne vous aime jamais.

Andy Vérol

Ecrit par : Andy Vérol | 25 juillet 2008

Pédalez, pédalez, il en restera toujours quelque prose.
Mais laissez les Han où ils sont: à plus d'un milliard à la douzaine, ils risquent de lire jaune votre cantate mélantropique.

Ecrit par : Pierre-André Rosset | 31 juillet 2008

Bonjour à vous. Je vais donc suivre votre conseil! Vous me mettez le doute... :) Merci de votre passage.

Ecrit par : OrnithOrynque | 01 août 2008

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