20 août 2006
Le Dernier poète catholique malgré lui
A propos de Jehan Rictus, selon Léon Bloy
(texte publié dans la Presse Littéraire n°6)
" Après Verlaine, il y avait encore celui-là, Poète catholique sans le savoir et sans que personne l’ait jamais su, excepté moi, mais le dernier, sans aucun doute. Personne, maintenant, ne passera plus par cette porte"
" Jehan Rictus est un de ces monstres de mélancolie et de pitié qui ne connaissent pas Dieu et qui crèvent de l’amour de Dieu. Voilà tout. L’espèce n’en est pas très-rare. "
Léon Bloy, " Le Dernier Poète Catholique ", in Les Dernières Colonnes de l’Eglise.
"Qu’on l’imagine sans peine, Jehan Rictus, la barbe pointue et mélancolique fendant cette brume Montmartroise qui rend la butte à son apesanteur essentielle lorsqu’elle la nimbe, descendre la rue Saint-Vincent, saluant le Lapin agile d’un trait de canne, le cœur soliloquant quelque quatrain populaire bientôt entonné peut-être par la faune des faubourgs… En ce temps, une fois dépassé le col du Tertre, s‘étendait au loin, un pays sauvage et végétal, dont le lacis de ronces, d’arbres vulgaires, et de fougères géantes, cascadaient jusqu’à la plaine Saint-Denis, battant son rivage d’une écume de mauvaise herbe… La nuit en montait une rumeur fauve où, aux cris rauques et stridents du bestiaire francilien – noirs volatiles, batraciens croassants, gibier traqué - se mêlait le chuintement nocturne de la végétation. A la marge de cette jungle grouillait le plus pauvre des quartiers, le plus infâme des taudis. De chaque bord de la sente qui en constituait l’axe principal et où suintait un filet d’eau croupie, s’étageaient des baraquements hétéroclites composés des matériaux les moins nobles et les plus périssables – bois prématurément pourri par les émanations délétères des marécages voisins, torchis, papier journal... Certaines guérites paraissaient si démunies que l’on conjecturait que c’était le sang humain qui en avait coagulé les éléments de fortune. Le long cette grande rue de misère s’ouvrait par intermittence de sombres perpendiculaires, donnant accès à un labyrinthe glauque de ruelles sans issues… Puis c’était donc la végétation hostile. Ce fut ici le vivier du vice de la capitale, la matrice d’où proliféra l’engeance des barons du crime, mais où grandirent aussi quelques apaches de la rime…
Quelques années plus tard, Jehan Rictus habiterait le versant sud de la butte, Rue de Ravignan, ayant ainsi traversé le parvis du Sacré-Cœur encore inachevé, puis emprunté la rue dédiée à la mémoire d’une féminine homonyme, Gabrielle d’Estrée, la maîtresse d’Henri IV… D’ici là, il devait finir son adolescence là où il avait déjà vu s’éteindre l’enfance, dans une maisonnette de bois du faubourg miséreux, semblable à ces demeures du sud profond des Etats-Unis d’Amérique construites et habitées par les nègres du Bayou, identique à celles-ci jusque dans l’aménagement de l’un de ces balcons de rez-de-chaussée en forme d’estrade qui prolongent le pas de la porte et permettent, assis sur un tabouret, de voir la vie s’écouler selon toutes les nuances de sa palette, de l’or pur qui crève les haillons des enfants mi nus, à la noirceur des yeux de la nuit muette... Et depuis l’âge de huit ans, Jehan, battu par sa mère, avait eu tout le loisir de voir cette vie sordide des bas-fonds rouler sa tourbe, dégringoler comme le ruisseau sale qui charriait la fiente et le désespoir le long de la via dolorosa…
Jehan avait passé les premières années de sa vie en Angleterre, dans le sillage d’un père employé par la cour royale comme professeur de galipettes, qui ne reconnut pas ce fils naturel, puisque le nom Randon de Saint-Amand inscrit aux registres officiels était celui sa mère. Il semble d’ailleurs que le matronyme ait été précocement apocopé de sa traîne à particule… Pour Léon Bloy cette ellipse fut le fait du poète, témoignant d’une solidarité avec les misérables… Sur ce chapitre, Jehan/Gabriel racontera parfois que l’une de ses ancêtres ayant eu l’heur de plaire à François 1er, il se pût qu’une goutte de sang bleu eût imbibé le bois généalogique et qu’un greffon de lys enlaçât ainsi le tronc roturier…On est sûr en tout cas que Jehan Rictus fut le nom de plume que Gabriel Randon adopta pour déclamer ses premiers poèmes dans les cabarets de Montmartre et du Boulevard de Clichy.
A la manière du mot " flirt " dont on crut d’abord qu‘il était d’outre-Manche avant de s’apercevoir que ne nous revenait ainsi, la sonorité mouillée par un séjour de plusieurs siècles sous la voûte des palais anglais, qu’un vocable que les soldats d’Henri V avaient ramené de Normandie, Jehan, faux anglais, posa ainsi à huit ans le pied sur un sol natal qui ne le reconnut pas plus que ses parents, mais dont il devait pourtant refondre la langue, au creuset de sa plus haute et antique tradition, celle des François, Villon et Rabelais, forgeant une langue retrempée à l’étymologie par le détour de l’idiome populaire. Ce fut du moins l’avis de certains et en particulier de Léon Bloy, qui le tenait pour le plus grand poète de son temps. Léautaud, dans sa manière méprisante, tint pour sa part des propos plus que désobligeants à l’égard de ce qu’il considérait comme une déplorable parodie de style parlé, évoquant une " littérature pour clochards "… Céline lui-même, le maître à venir, ne jugera cette entreprise de transcription de l’émotion orale – cette apostasie de l’éloquence, cette " sortie de l’atelier " pour reprendre son expression emprunté à l’impressionnisme – que comme très partiellement réussie…
Le plus souvent, les chemins qu’empruntait ce fils de la butte l’emportaient loin et profond dans le Paris nocturne. Il arpentait alors les grands boulevards pour rejoindre bientôt le quartier des Halles où on le vit souvent prendre la soupe de cinq heures du matin, qui rassemblait dans les échoppes étudiants fêtards attardés, clochards confirmés et poètes en état de bohème sur la voie publique, l’appartenance à l’une des trois castes pouvant varier d’un soir à l’autre…Il y avait ceux qui, pris d’absinthe, éructait à la voie lactée le récit de leurs périples Orientaux… " Lorientais ", corrigeaient certains rieurs… On en trouvait d’autres, non moins macérés dans les eaux-de-vie, à vanter des gloires d’amants héroïques, à déclamer la geste de leurs exploits de matamores de boulevard ; c’étaient les mêmes qu’on retrouvait quelques heures plus tard, discrètement échappés de la turne des grisettes, le teint de chandelle…Jehan appartenait lui à cette espèce silencieuse qui observe attentivement la dérive de ses péninsules intérieures, qui traque sans répit l’oscillation de son Orient personnel… On sait qu’il fréquenta dans ses années de jeunesse un groupe symboliste ; on a peine à deviner manière plus éloignée de celle qui lui vaudrait plus tard un auditoire... Il y avait sans doute une profusion d’images baroques qui explosaient sous la voûte de ce front plissé, un amour de la couleur vive et des ors du verbe, mais seul le parler populaire lui semblait vivant et fidèle à la vérité… Il voulut ne pas s’enivrer de chimères faciles et d’adjectifs rares, la boursouflure du langage lui étant aussi insupportable que l’opium du rêve, qui d’une certaine manière était trahison de la souffrance, oubli des siens. Ainsi, bien que d’une saveur comparable à cette langue idéale du XVIe siècle dont il convoitait d’exhumer la pureté, - après que selon lui l’âge classique, en intronisant l’alexandrin, avait fabriqué " le cercueil où l’on enterre la poésie " -, on n’entend pas ses poèmes en couleurs, mais toujours en noir et blanc, de noir obsidienne et de blanc pur comme manteau de Marie, l’ensemble pouvant à l’occasion se teinter d’une nuance rouge incarnat due l’écoulement de quelques larmes de sang… Point de méprise toutefois : la prose naturaliste lui était une souffrance, une lame incandescente sous la peau, un pal ! Il ne goûtait guère ces plumes grasses, complaisantes à l’ordure dont elles étaient nées et dont elles se nourrissaient, qui faisaient chanter les hymnes de 89 au son des machines du Progrès… L’homme avait-il jamais atteint tel état de bête, ainsi enchaîné aux machines par ces négriers d’une nouvelle et perverse espèce, ainsi ligoté à ces créatures monstrueuses du " travail sans amour "? Avait-il déjà été, en un autre temps que celui de l’idéologie du progrès, si abruti sous le poids du labeur, suant dans les soutes de l’histoire, pendant que ses prétendus bienfaiteurs, maquereaux du scandale de la misère qu’ils avaient pourtant charge de dénoncer, emménageaient dans de luxueux pavillons des bords de Seine ? Avec les poutres enlevées de leurs yeux révulsés, aveugles au sort des pauvres hères, quel brasier on aurait pu allumer, quel brasero nocturne ! A faire flamber Saint-Germain-des Prés !
On sait, à travers leurs correspondances et leurs respectives activités de diaristes, que le trajet de Jehan Rictus restait parfois circonscrit au périmètre de la butte et qu’il pouvait alors le mener au Château des Brouillards, chez les Bloy. On dispose d’une lettre assez étonnante, reproduite dans le Journal (21 mai 1898) où Bloy s’inquiète de voir son intérieur jugé trop bourgeois par son invité, en qui il craint de blesser la vertu de Pauvreté que celui-ci incarnait de manière hypostatique aux yeux du mendiant ingrat : " …Si vous venez, il faudra nous excuser, ma femme et moi, de ne pouvoir vous offrir le décor d’une vermineuse indigence. Notre demeure n’est plus cet antre fétide où les braves cœurs aimeraient à nous voir croupir et que j’ai dépeint dans La Femme Pauvre. Tout cela est fini. J’ajoute que nous ne sommes pas exactement vêtus de haillons et qu’à l’heure des repas nous avons quelquefois de quoi manger. Je vous dis tout cela pour vous épargner le saisissement de trouver une sorte d’installation bourgeoise au lieu de la caverne dangereuse et nauséabonde que vous auriez pu rêver. "
Lorsqu’on connaît sa promptitude à se brouiller, faut-il vraiment que l’œuvre de cet homme ait produit une impression majeure sur la sensibilité de Bloy pour observer une telle prévenance – qui du reste ne se démentira jamais! On croirait voir Saint-Paul agenouillé sur le chemin de Damas, la rage prophétique soudain attendrie par la douceur intense de la Lumière brusquement jaillie… Le zèle pharisien domestiqué par l’aveuglante simplicité de la Vérité… La nuque brisée par l’humilité d’un Maître aux pieds sanglants duquel on se constitue prisonnier volontaire… Rictus a condensé dans l’esprit de Bloy, au moins aux premiers temps de l’éblouissement, toutes les figures testamentaires du serviteur souffrant : Job, Isaïe, Jérémie, mais surtout bien sûr Celle vers Laquelle elles tendaient toutes, Celle de l’agneau immolé… Montmartre est coutumier des apparitions du Christ, non seulement Il est réellement présent depuis que les châtiments de Sedan et de la Commune ont mené à lui ériger un sanctuaire d’adoration permanente d’où il veille sur Paris et le Monde, corcovado de Miséricorde, mais il viendra également se peindre sur la porte du logis de Max Jacob quelques années plus tard… Non ce n’était pas une farce de Marcel Aymé ! C’était bien toutefois à la manière d’un passe-muraille que Bloy, fébrile s’attendait ce jour là à voir surgir Jehan Rictus, apparaissant comme Jésus ressuscité aux disciples cloîtrés et effrayés… Il est vrai que le poète partageait le prénom de l’Archange de l’Annonciation – autre fulgurant surgissement de l’invisible! Si Randon n’a pas expliqué pourquoi il choisit de troquer le prénom de Gabriel pour celui de Jehan, - que l’on retrouve à l’autre bout de la Révélation, au pied de la croix, puis à Patmos -, il a dit pour quelle raison il prit le pseudonyme de Rictus – rappelons au passage, avant d’écouter ces quelques vers retrouvés miraculeusement à l’occasion d’une recherche d’héritiers, que " Random " signifie " hasard " en langue anglaise, or Bloy ne dira-t’il pas dans un passage du journal, certes en mauvaise part mais tout de même, que c’est là le " nom moderne du Saint-Esprit " ?
" Mes darons qu’avaient l’cœur bon,
m’avaient bien donné un blason :
Gabriel, çui d’l’Archange,
mais d’puis qu’on m’foutait les langes,
On m’trouvait une drôle de coupure
Au visage, comm’une angelure,
C’est " l’rictus " qu’on m‘a baptisé,
A l’état-civil des va-nu-pieds"…
Bloy vit en lui une figure du Christ. Il poussa même très loin l’hypothèse : toujours à la lisière de l’hérésie, l’exégète clandestin retourne la scène poignante que Rictus imaginait dans son poème fleuve du " Revenant ", où au lieu du " Galiléen ", qu’il croyait avoir trouvé au tréfonds de la nuit, il s’apercevait qu’en réalité ce n’était là qu’un miroir lui renvoyant l’image de sa face aux outrages… Ainsi dans la lecture de Bloy, c’est, inversement, le Christ qui se reconnaît dans le visage de Jehan Rictus…
Huysmans jugera cette confusion entretenue et blasphématoire :
" Votre Rictus est un blasphémateur et un sacrilège qui a la prétention de ressembler trait pour trait à Notre Seigneur Jésus-Christ "…
Pour Bloy, quelles que soient "la malice ou la béotie du belge très-pieux ", ce reflet est d’autant plus vif, d’autant moins déformant, que ce n’est pas même l’âme d’un croyant convaincu que ce verre dépoli où vient se refléter la Très-Haute Lumière avec le plus de fidélité. C’est précisément une certaine forme de mécréance qui permet à Rictus d’échapper à toute hypocrisie pharisienne, toute tiédeur, rejoignant ainsi, dans de fugitifs instants de Grâce, une pureté que ne peut troubler aucune volonté de sembler… Innocent par désintéressement… C’est tout le paradoxe, le mystère de celui que Bloy intronise " dernier poète catholique ", que de l’être malgré lui. Cette inconscience constitue l’ultime paraphe divin, pour l’auteur des " Dernière colonnes de l’église "... Bloy confessa que les cent dix dessins de Steilen accompagnant la réédition des " Soliloques du pauvre " en 1903, riche de nombreux portraits du poète, l’avaient beaucoup aidé à intérioriser cette conformation de Rictus au Seigneur. Et en effet, tout cet univers de houille où viennent se découper les visages innombrables de la misère, sont bien dans le dégoût de Rictus… Il y apparaît souvent lui-même, à contre misère, campant devant des scènes de fange, face au spectateur qu’il prend à témoin et fixe d’un œil à la fois compatissant et inquisiteur… Dante du bitume, il ne s‘épargne aucun cercle de la nécessité parisienne, évoluant au sein de tableaux où se meuvent des figures de spectres grimaçantes de désespoir.
Ce sera évidemment avant tout dans les vers de Rictus que Bloy croira voir le Verbe éternel se complaire…
Aux reproches formulés au moment de la parution de son deuxième recueil de poèmes – " Doléances (Les Nouveaux soliloques) " - à savoir principalement l’emploi profane de l’argot pour désigner des réalités divines -, Jehan Rictus répond par une lettre que Léon Bloy qualifie d’ " extrêmement remarquable " dans son Journal (à la date du 5 octobre 1900, le courrier étant lui- du 4 octobre, fête du povorello d’Assise), et qu’il reproduira in extenso en introduction à son dithyrambe intitulé " Le Dernier poète catholique ". S’y dessine en quelque sorte l’art poétique de Jehan Rictus. Commençant par dénoncer l’état de momification de la langue littéraire française, épuisée par plusieurs siècles de lieux communs, écœurée par " le Niagara romantique ", puis enfin vidée de sa substance par le " naturalisme et le journalisme ", celle-ci, si elle veut ressusciter, doit se ressourcer. Or selon Randon, il n’est pas de langue plus proche et plus familière de l’étymologie que l’argotique. Prenant paradoxalement à contre-pied l’étymologie du mot (l’art goth est celui des constructeurs de cathédrale préservant leurs secrets en utilisant un langage codé), l’idée est précisément pour Rictus de ne rien cacher mais au contraire, en se débarrassant de tout le fardeau de l’usage consacré, en se libérant du carcan des tournures éculées, de renouer avec la fraîcheur, la force d’expression, la musicalité du français du XVIème siècle. Pour Jehan Rictus, la fidélité qui a fait tressaillir Bloy d’une joie surnaturelle est absolument conditionnée par l’emploi du langage vrai des pauvres. L’argot, la verdeur, l’antique vers octosyllabique des chansonniers franciliens retrouvé, sont les misérables corps dans lesquels le Verbe s’incarne avec le plus de suavité et de vérité, le vase d’élection, le seul possible selon lui... C’est du moins la manière dont Bloy reçoit la démonstration du poète quand à la nécessité de récurer la langue poétique, et si dans un premier temps il cède aux arguments d’un Rictus fort éloquent et réellement habité, poignent déjà les germes du malentendu : certes Rictus ne niera jamais son christianisme, malgré de virulents accès de désespoir, mais il gémit sur le silence de Dieu plus qu’il ne chante l’Espérance et la Miséricorde… Bloy, aiguillonné par la figure incroyable du poète catholique qui s’ignore, avait déjà noté cette propension au désespoir. Ce paradoxe fut d’abord, comme on l’a vu, un gage de pureté, mais il ne trouvera jamais de résolution véritable… Or, une fois révélé par le jugement de Bloy, Rictus n’était plus censé ignorer son prophétisme, et rien n’indique qu’il s’identifia effectivement de tout son être à ce rôle selon les vœux de son ami. La mission, il est vrai, était lourde à porter… Mais surtout cette justification de l’usage de la langue populaire procédait d’un présupposé que Bloy ne pouvait cautionner : Rictus prétendait que le Christ n’était venu que pour les Pauvres…Voici comment Bloy répondra à cette idée quasiment hérétique (lettre du 26 mars 1901) :
" Jésus est venu pour les pauvres, dîtes-vous. Hé ! sans doute, mais il est venu pour les riches, aussi, afin qu’ils se fissent pauvres par amour, et vous ne pouvez ignorer que des centaines de milliers de saints ont obéi. Jésus est venu pour les âmes, voilà ce qu’il faut dire. L’argot ne me gênerait pas, s’il servait à exprimer l’amour de Dieu. Or, voyez ce que vous faîtes dire à vos malheureux. Y eut-il jamais une tristesse plus basse, plus charnelle, plus désespérante, plus démoniaque ? Pour de tels êtres, il n’y a évidemment ni Rédempteur, ni consolateur. "
Le poète s’enfonçait toujours plus dans la marne de l’existence, progressivement enseveli sous le poids des jours… Bloy fut particulièrement choqué d’un passage où le poète donnait à imaginer un commerce charnel entre Marie-Madeleine et Jésus… Toutefois, et cela a quelque chose de miraculeux quand on sait avec quelle violence il a pu rompre avec les amitiés déçues, Bloy gardera son estime intacte à Jehan Rictus, convaincu fermement de la véracité de son intuition première : il restait, malgré lui, même cédant au désespoir, le " dernier poète catholique ". Il était pour l’éternité ce sans domicile privé d’amour maternel dont l’élan poétique était une quête de la Maison d’or - l’une des appellations de la Vierge Marie dans ses litanies -, lui le jumeau du Fils, le Didyme, malgré son scepticisme, malgré son besoin de toucher pour croire, de ressentir pour aimer… Bloy ne consentit jamais à dissocier le miroir du reflet. Le poète cependant, disparaît insensiblement du Journal. Bloy le cite le 1er mai 1905 en déplorant qu’il aille s’encanailler avec tel " Judas imbécile", puis en 1906 dans une interview accordée à La Littérature contemporaine où il évoque le " seul poète de notre époque ", et ce n’est plus ensuite sous sa plume, mais sous celle de son filleul Jacques Maritain, à l’occasion d’une lettre reproduite dans le Journal, que le nom de Rictus réapparaîtra une dernière fois, en 1912… A cette date, Bloy n’en a donc plus alors parlé depuis six ans, pas plus qu’il n’en reparlera lors des cinq lui restant à vivre. Randon lui ne mourra qu’en 1933… 1933 ! Né en 1867, il aura donc vécu trente-trois ans au dix-neuvième siècle et trente-trois ans au vingtième… Intriguante symétrie en laquelle Bloy aurait sûrement décelé une ratification surnaturelle de sa prophétie!
A partir de 1914 – date de la parution de son autre chef-d’œuvre Le Cœur populaire - Rictus semble s’aigrir, sort très peu de chez lui, convaincu de sa malédiction, voire d’une conspiration à son encontre... Après la guerre, il n’écrira plus de poésie. La muse du pavé l’a-t’elle quitté ? On ne sait… Le secret en est peut-être consigné dans son considérable Journal de bord qui ne noircit pas moins de cent trente-neuf cahiers d’écolier, s’étendant sur trente-cinq mille pages ! L’entreprise fut d’ailleurs consécutive à la lecture de celui de Léon Bloy. Quatre mois précisément après la lettre de ce dernier, le 21 septembre 1898, il note ainsi les raisons qui le pousseront à sacrifier à cet exercice quotidien pendant trente-cinq ans :
" Ce qui m’a donné le désir fixe de me livrer à ce travail régulier qui débute aujourd’hui, ce fut il y a quelques mois la lecture du Mendiant ingrat, livre poignant de Léon Bloy, qui n’est que le journal de la vie de cet écrivain pendant trois ou quatre ans. "
Le projet est de sauvegarder le matériau de l’existence pour alimenter l’œuvre, (il écrira en effet un roman autobiographique Le Fil de fer, paru en 1906), mais répond également à une nécessité intérieure :
" Ceci est donc le miroir de ma conscience et tous les soirs avant de me coucher je m’y regarderai. "
Où l’on retrouve le motif du miroir… Un reflet n’est-ce pas une fissure en nous où nous nous engouffrons pour aller sonder le fonds de notre âme ? Il est fort possible que l’inspiration poétique, du moins sous sa forme versifiée, se soit simplement tarie et l’histoire de la poésie n’est pas avare de cas semblables. Aussi cet abandon de la poésie, malgré la continuation du Journal de bord, n’autorise-t’il pas à affirmer qu’il s’agît là du choix d’une forme au détriment de l’autre. Toutefois, la question se pose : Rictus aurait-il trouvé un instrument plus conforme à son esprit épris de sobriété, ennemi du truquage littéraire ? L’octosyllabe ne magnifiait-il déjà pas trop la sinistre réalité ? Il chantait, certes, ce chant qui soulage, libère, pharmacopée de la Lyre, même roturière… Il semble que Rictus n’ait plus eu le cœur à chanter… La fiction lui était odieuse, on le sait, tout comme la préciosité du langage… Peut-être avait-il donc trouvé dans cette forme nouvelle du journal la possibilité d’essorer son désespoir au quotidien… Les lignes du Journal de bord tenaient-elles un front plus serré contre les effluves émanées du pays sauvage? Si jamais cette œuvre accède un jour à une large diffusion, il est possible qu’on y entende malgré tout certaine musique, un petit bourdon que n’a pu complètement étouffer l’abandon de la forme rimée… Les interlignes des cahiers ont pu figurer une partition plus secrète, mais non nécessairement moins poignante… Chaque soir, l’épreuve du journal n’était plus seulement réverbération de l’âme disséquée dans le miroir, mais aussi défouloir et, partant, recouvrement de la pureté de l’Infans, Rédemption... Rictus l’avait confessé dès le premier jour de rédaction : la perspective d’avoir à consigner le soir une trahison évitait souvent de la commettre…Mais surtout, cette purge sur la feuille blanche, c’étaient le sang et fiel qui s’écoulait mêlés à l’encre… C’était la fange du ruisseau qu’il fixait sous formes de lettres. Léon Bloy eut probablement discerné dans cette calligraphie du désespoir le même reflet de l’Homme-Dieu que dans sa poésie…
Et c’est peut-être de cette catharsis du journal intime dont Bloy entretint Rictus lors de leur déjeuner de l’été 1898, cette mise à nu du cœur, cette circoncision de l’âme vigilante…"
NB : tous les passages entre guillemets, exceptés les six vers imaginaires où Rictus explique le choix de son pseudonyme, sont des citations puisées dans les œuvres suivantes :
Œuvres de Bloy :
- Le Journal de Léon Bloy, 2 vol., Robert Laffont, coll. Bouquins (précisons d’ailleurs que l’index des personnes citées comporte une erreur en indiquant 1938 pour la date de décès de Gabriel Randon/Jehan Rictus, qui est en réalité 1933).
- " Le Dernier poète catholique ", in Les Dernières colonnes de l’église , éditions François Bernouard, 1947
Œuvre de Rictus :
- Le Cœur populaire de Jehan Rictus, réédition chez Eugène Rey, 1934
L’édition d’au moins une partie du phénoménal journal de Jehan Rictus compte parmi les projets de l’éditrice Claire Paulhan.
Remerciements particuliers à la ressource que représente le site http://www.florilege.free.fr, une vraie référence en matière de poésie, et qui propose, en l’occurrence, de nombreux poèmes, des repères biographiques, des témoignages, et encore toute une foule de documents comme des dessins de Steilen ou un enregistrement de la voix de Jehan Rictus lisant un de ses poèmes en 1931. Cela est d’autant plus appréciable que l’on ne trouve plus Rictus que chez les bouquinistes…
20:05 Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : Jehan Rictus, Gabriel Randon, Léon Bloy, Joris-Karl Huysmans
Commentaires
J'ai peine à parler de Léon Bloy, c'est un peu comme parler de Raymond Roussel, de ces fêtes religieuses que l'on traverse comme des fêtes foraines où tant de visages suintent la tristesse, le mot n'est sans doute pas assez fort, la musique d'un Shubert si mal connue, un lyrisme sans romantisme ou peut-être tout l'inverse, quand le sacré se fait effroi... il me revient ces mots de Bloy commentant Les chants de Maldoror : "c'est noir comme de la lave", cette phrase semblait se courber sur l'ombre de son propre regard sur soi. Votre texte m'a passionnée, il m'a fallu y revenir plusieurs fois, dense comme ces roches vieilles de la naissance du monde... Léon Bloy se bat à contre-coeur contre la poésie au coeur même de la poésie. Une telle souffrance n'a pas de nom. Il "s'excommunie" de soi.
Merci de ce très beau texte très justement éprouvant.
Amel
Ecrit par : Amel Zmerli | 25 août 2006
Le Christ boit encore des coups à la terrasse du Rêve, rue de Clignancourt, Montmartre face nord
Ecrit par : cheval blanc rouge rosé | 25 août 2006
Merci de vos lectures. Bloy parlant de Maldoror, cela mériterait une étude (déjà entreprise ?)! D'autant plus qu'à l'époque oùil en parle, ils sont finalement peu à la faire, je crois... Roussel m'intrigue énormément. Je dois bientôt découvrir son oeuvre. Sa méthode de composition est sidérante, comme vous devez savoir (exposée dans une de ses oeuvres).
Cheval, je l'ai vu moi aussi, mais n'était-ce pas son propre Sang qu'il buvait ?
A bientôt, collègues.
Ecrit par : OrnithOrynque | 26 août 2006
J'ai écrit un texte sur Roussel qui m'effraie à la relecture... Et puis Michel Foucault a écrit un texte renversant au sens premier. Foucault continue de renverser plus que jamais... Bonne lecture avec les meilleures Impressions... Roussel reste comme Bataille une énigme "vivante". Tout ces liens ne sont pas fortuits mais il me faut les mettre à plat et si je ne me perds pas sous d'autres horizons, je mettrais tout ceci en ligne,
Merci de votre visite amicale,
je rentre de "randonnée", je dois reprendre mes marques.
Je crois que les spiritueux sont tous des sanguins... :)
Amel
Ecrit par : Amel Zmerli | 28 août 2006
Voici ce que j'ai trouvé sur Léon bloy sur un blog étonnant puisqu'y tient place mon professeur de métaphysique s'entretenant avec george Steiner!!!
"Voici à présent un extrait de l'étude d'Émile Van Balberghe (intitulée Pamphlétaire !) sur ce texte de Bloy, suivi d'une bibliographie des travaux de l'auteur qui lui sont consacrés.
À l’exemple des révolutionnaires italiens et sous l’influence des nihilistes russes, dès la seconde moitié des années 1880, les anarchistes français prônent dans leurs feuilles le passage à l’acte – la «Propagande» (par le fait) pour citer le terme utilisé par Léon Bloy –, c’est-à-dire tout simplement l’action directe, nom d’un mouvement tristement célèbre beaucoup plus proche de nous : «Armons-nous de tous les moyens que nous donne la science; faisons disparaître cette société aux institutions criminelles basées sur l’égoïsme le plus effréné, pillons, brûlons, DÉTRUISONS.
Mettons-nous hardiment à l’œuvre, que chacun de nous agisse librement selon son tempérament et sa manière de voir, par le feu, le poignard, le poison, que chaque coup porté dans le corps social bourgeois y fasse une plaie profonde !… » (1).
Ou encore :
«Sortez de vos poches le couteau libérateur ! Pillez ! Incendiez ! Détruisez ! Anéantissez ! Purifiez !
VIVE LA RÉVOLTE ! Vive l’incendie, mort aux exploiteurs !» (2).
Lorsque, le 8 novembre 1892, explose à Paris une bombe au poste de police de la rue des Bons-Enfants tuant cinq policiers (3), Léon Bloy marque immédiatement son désir d’écrire sur cet attentat anarchiste : «Idée première d’un article sur l’événement du jour, la Dynamite », écrit-il le lendemain dans son journal intime (4).
Ayant réintégré les rangs du célèbre quotidien parisien le Gil Blas depuis le 26 septembre après en avoir été exclu pour ses articles par trop violents sur ses contemporains, Alphonse Daudet et le fameux sâr Joséphin Péladan particulièrement, Bloy tente de ne pas commettre trop «de gaffes» (5). Il éreinte pourtant la mémoire d’Ernest Renan le 8 octobre, quelques jours à peine après sa disparition (6), et, le 21 suivant, critique sans aucune mesure le dernier livre de Paul Bourget (7).
Néanmoins, pour cet article sur l’anarchie particulièrement provocateur, qu’il aimerait cependant voir publier dans le Gil Blas, il passe d’abord par l’entremise d’un autre collaborateur au journal, le père d’Arsène Lupin, Maurice Leblanc. Sans succès (8). Manifestement, pour les directeurs du Gil, attaquer les confrères est une chose, dénoncer la société une autre. Si les écrivains peuvent être soumis à la question, la société ne peut être mise en question. En l’occurrence, il ne s’agit plus là d’un texte scandaleux pouvant faire augmenter la vente et donc le tirage.
Il s’agit bien d’un écrit de pamphlétaire, mais d’un pamphlétaire qui essaie malgré tout d’attirer vers lui un capital de reconnaissance. Publier ce texte dans le Gil Blas, c’était tenter de s’inscrire dans un discours autorisé. Pourtant, dès le départ, il sent bien que ce journal refusera sa copie.
Notes :
(1) : L’Action révolutionnaire (Nîmes), n° 2, 20 mars – 3 avril 1887. Cité par Jean Mai-Tron, Le Mouvement anarchiste en France, t. 1 : Des origines à 1914 (Paris, Maspéro, 1975; réimpression : Paris, Gallimard, coll. «Tel», 1992, p. 208).
(2) : L’Idée ouvrière (Le Havre), n° 23, 11-18 février 1888 (Ibidem).
(3) : Le 28 avril 1894, l’anarchiste Émile Henry revendiquera la paternité de cet attentat devant la cour d’assises de la Seine. Il déclarera : «Il faut que la bourgeoisie comprenne bien que ceux qui ont souffert sont enfin las de leurs souffrances : ils montrent les dents et frappent d’autant plus brutalement qu’on a été brutal avec eux.»
(4) : Léon Bloy, Journal inédit, t. 1 : 1892-1895 (Lausanne, L’Âge d’Homme, 1996), p. 248.
(5) : Idem, p. 210.
(6) : Quelques jours après la mort d’Ernest Renan (2 octobre 1892) et ses obsèques aux frais de l’État, Bloy avait écrit dans le Gil Blas un article assez terrible : La Fin d’une charmante promenade (8 octobre 1892). Il y déclarait par exemple : «Renan fut le triomphateur de la difficulté microscopique, l’éditeur des vieilles finesses, le contemplateur perpétuellement vigilant et perpétuellement inattentif de l’histoire humaine dans les œuvres de la pensée dont il ne vit que les superficielles couleurs décomposées par le grossissement phénoménal de son œil de myope, sans en apercevoir jamais le canevas divin.»
(7) : Dans L’Eunuque (Gil Blas, 21 octobre 1892), Bourget était traité, entre autres gracieusetés, de «romancier sans muscles ni cartilages», d’«épureur de coccinelles», de «fendeur de poils» et d’«englueur d’atomes» !
(8) : On lira l’historique des démarches de Bloy pour publier son texte, dans Philippe Roy et Émile Van Balberghe, «D’un mâle à un mâle.» Léon Bloy et Camille Lemonnier, dans Le Livre & l’Estampe, t. 47, n° 156, 2001, pp. 21-123.
Voici enfin une bibliographie des travaux de l'auteur sur Léon Bloy :
Léon Bloy et Charles-Florentin Loriot. À propos d’une lettre inédite de Léon Bloy, dans Les Lettres romanes, t. 33, n° 2, mai 1979, pp. 207-211.
Les Sources documentaires des études bloyennes : À propos d’une lettre « inédite » de Léon Bloy à Charles-Florentin Loriot, dans La Critique historique à l’épreuve. Liber discipulorum Jacques Paquet. Gaston Braive et Jean-Marie Cauchies dir. Bruxelles, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, 1989, pp. 227-232 (Travaux et recherches, 17).
Léon Bloy par lui-même, dans Le Livre & l’Estampe, t. 42, n° 146, 1996, pp. 161-172.
«Voici quelqu’un.» Émile Verhaeren, critique de Léon Bloy. Avec le relevé des articles de et sur Léon Bloy parus dans «L’Art moderne». Bruxelles, Les Libraires Momentanément Réunis, 1997, in-8°, 99 p., fac-sim. (Documenta et opuscula, 22).
Mais qui donc a envoyé «Les Chants de Maldoror» à Léon Bloy ?, dans Cahiers du Cédic, n° 1, décembre 1999, pp. 12-20, fac-sim.
Bibliographie des articles de Léon Bloy publiés de son vivant par des Belges ou en Belgique, dans Le Livre & l’Estampe, t. 45, n° 152, 1999, pp. 81-105.
Léon Bloy par lui-même (2), dans Le Livre & l’Estampe, t. 46, n° 153, 2000, pp. 135-153.
«Ivrogne d’eau bénite.» Léon Bloy et Willy. Bruxelles, Le Veilleur de nuit, 2001, in-8°, 43 p., ill.
Avec Philippe Roy, «D’un mâle à un mâle.» Léon Bloy et Camille Lemonnier, dans Le Livre & l’Estampe, t. 47, n° 156, 2001, pp. 21-123.
Léon Bloy et Octave Mirbeau en Enfer ? À propos d’un livre récent et de quelques autres, dans Le Livre & l’Estampe, t. 48, n° 157, 2002, pp. 103-114.
«Ô les nobles et les braves cœurs belges !» Léon Bloy, Max Elskamp, Edmond de Bruijn et «Le Spectateur catholique» (1897-1900), dans Le Livre & l’Estampe, t. 49, n° 159, 2003 [= Autour de Max Elskamp], pp. 81-168.
«Je frappe à droite et à gauche, voilà tout.» L’interview de Léon Bloy par Robert Caze (1885), dans L’Écriture du massacre en littérature entre histoire et mythe. Des mondes antiques à l’aube du XXIe siècle. Gérard Nauroy dir. Berne…, Peter Lang, 2004, pp. 179-204 (Recherches en littérature et spiritualité, 6).
Les Livres de Léon Bloy dans la bibliothèque de Michel de Ghelderode, dans Le Livre & l’Estampe, t. 50, n° 162, 2004, pp. 165-172.
Pamphlétaire !, dans Léon Bloy, L’Archiconfrérie de la Bonne Mort. Suivi de Le Bon Conseil. Bruxelles, Émile Van Balberghe Libraire, 2005, ill., non pag.
Rozez, Wittmann, Waller, Bloy, Verhaeren et les autres : de la cave au cabanon, dans La Littérature Maldoror. Actes du septième colloque international sur Lautréamont. Liège, 4-5 octobre 2004 / Bruxelles, 6 octobre 2004. Tusson, Du Lérot, 2005, pp. 237-252.
Léon Bloy dans «Portraits du prochain siècle» (1894), dans Bloy critique. Pierre Glaudes dir. Paris-Caen, Lettres modernes Minard, coll. «La Revue des Lettres modernes», série «Léon Bloy», 6, 2005, pp. 163-184.
Statues parisiennes compissées, dans Paris, sa vie, son œuvre. Jean-Jacques Lefrère et Michel Pierssens dir. Huitième Colloque des Invalides, 19 novembre 2004. Tusson, Du Lérot, coll. «En marge», 2005, pp. 9-14, ill.
«Leur Académie Goncourt, c’est une verrue sur le nez de l’Académie française.» L’interview de Léon Bloy par Estienne (1906), dans Cahiers Edmond & Jules de Goncourt, n° 12, 2005, pp. 153-164.
«Je suis abhorré, maudit, renié, conspué, inaperçu.» L’Interview de Léon Bloy par Louis Vauxcelles (1904), dans Le Livre & l’Estampe, t. 51, n° 164, 2005, pp. 139-158.
La Conspiration du silence, dans La Censure. Jean-Jacques Lefrère et Michel Pierssens dir. Neuvième Colloque des Invalides, 19 novembre 2005. Tusson, Du Lérot, coll. «En marge», 2006 (sous presse)."
Amitiés,
Amel
Ecrit par : Amel Zmerli | 31 août 2006
Merci Amel !
A bientôt, nous en reparlerons.
Amicalement.
Ecrit par : OrnithOrynque | 01 septembre 2006
Bonjour.
La moindre des politesses, en citant, ne consiste-t-elle pas à indiquer vos sources ?
Ecrit par : Stalker | 01 septembre 2006
Je suis désolée, j'ai omis de vous dire qu'il s'agissait du site nommé Stalker, du même nom que le brillant film de Maître Tarkovski. Un peu confondant cette "appropriation" onomastique qui m'a value d'être réprimandée... :)
Bien à vous,
Amel
Ecrit par : Amel Zmerli | 01 septembre 2006
En attendant de reprendre la plume qui déjà filait vers des crépuscules certains, je vais éteindre mon blog, monsieur Stalker aura réussi à me débouter...
Je vais donc dire byebye aux quelques personnes qui me sont précieuses par la qualité de leurs idées mises en mots ou en couleurs et je pars pour des batailles moins puniques. Oui Carthage fut belle et bien brûlée et détruite, et Elyssa dont on connaît le funeste destin tout comme ces femmes canaonisées pour avoir défendu ce qui leur semblait naturel...
Comme dirait Orlando, bonjour!
Amicalement,
Amel
Ecrit par : Amel Zmerli | 01 septembre 2006
Chère Amel,
Auriez-vous une adresse email ? Si cela ne vous dérange pas bien sûr. La mienne est narbeuse@yahoo.fr
A bientôt j'espère.
Ecrit par : OrnithOrynque | 01 septembre 2006
Bonsoir OrnithOrynque,
je ne sais si vous avez reçu mon mot, mais si par maladresse vous ne l'aviez pas eu, je vous donne mon adresse électronique : zmerliamel@hotmail.fr,
Merci de votre sollicitude,
Amitiés,
Amel
j'ai des problèmes d'intemittence de réseau et ne suis pas très présente... à ce que je fais et à ce que je ne fais pas :)
Si cela vous intéresse mon oncle a fait des recherches sur la position géographique de Cirta : les textes anciens ne signalisaient pas la même cité... Un vrai casse-tête latin:)
Ecrit par : Amel Zmerli | 02 septembre 2006
Bonsoir Amel, non aucun problème, j'ai reçu votre message et viens juste d'y répondre.
Intéressant cette histoire de Cirta, sorte de bilocation poétique... Est-ce une nouvelle "Ville invisible" ? Savez-vous si le mot a inspiré Gracq pour ses "Syrtes"?
Ecrit par : OrnithOrynque | 02 septembre 2006
Oh! je n'avais pas vu votre réponse, pardonnez-moi...
Je vous adresse ce texte plutôt punique qui me fait davantage penser aux villes invisbles de Calvino qu'à Julien Gracq et ses rivages, mais comme toute ville est imaginaire rien n'exclut que l'on puisse tisser des liens entre Cirta et Syrtres, mon imaginaire a emprunté un raccourci homophonique(?) ; de plus, Cirta est aussi aux abords des rivages... de La Méditerranée, toujours elle!
J'essaie de vous le retrouver et vous l'envoie;
bonne fin de journée, j'ai hâte de lire vos prochains textes!
Amitiés,
Amel
Lucien Suel a posté un "poème" très intéressant sur son Silo, je n'ai pas su trouver les mots, c'est son dernier texte...
Ecrit par : Amel Zmerli | 04 septembre 2006
Bonsoir Amel,
Ne vous excusez pas, aucun problème, d'autant plus que c'est plutôt moi qui suis en retard d'une réponse...
"Toute ville est imaginaire", dîtes-vous, et c'est très vrai je trouve, tissée de nos songes . Sans l'irrigation de nos imaginaires, elles s'écrouleraient, du moins elles ne se seraient pas levées. Nos imaginations sont leur âme. Même au moment de leur érection, elles sont déjà "habitées" de cela. Elle actualisent un rêve. Bon ce sont sans doute des clichés que je débite là, ressassés mille fois, mais ce n'est pas grave, n'est-ce pas cela l'esprit d'enfance, redonner un lustre à une idée que l'habitude a transformée en lieu commun ? Cette idée même est également un cliché !
J'irai bien volontiers chez Lucien Suel, qui me sied, autant humainement (ce que j'en aperçois) qu'artistiquement, ce qui, comme nous le savons, est bien rare, notamment dans ce labyrinthe égotiste de la blogosphère (je ne m'en exclue nullement)...
A très bientôt Amel, et grand merci d'avance pour votre envoi.
Ecrit par : OrnithOrynque | 04 septembre 2006
Cher OrnithOrynque,
figurez-vous que le texte de mon oncle Adnan Zmerli a été publié et est donc protégé, il figure sur le site aricaintelligent mais requiert un césame ouvre-toi:)
Je dois donc prendre contact avec lui et lui demander de m'envoyer un version word que je vous adresserais dès réception.
Amitiés,
Amel
Mon précédent texte est passé dans les oubliettes, ma connexion fait des siennes:)
Ecrit par : Amel Zmerli | 06 septembre 2006
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