19 avril 2005
Le Portier des Arènes de Lutèce
A la Sibil, lutétienne et pèlerine
Sur l'emplacement du cardo romain, artère majeure du Paris Antique qu'elle suit avec fidélité en partant du paléolithique "Petit Pont", l'actuelle rue Saint-Jacques mène après qu'à hauteur du collège de France on l'a quitté en se détournant de l'Orient, aux Arènes de Lutèce. Situées face au lever du soleil, celles-ci constituent le centre du cercle qu'amorce la boucle de la Bièvre, rivière aujourd'hui dérobée, connue encore par les lutétiens sous le nom de rivière des Gobelins. L'amphithéâtre est l'électron libre qui, par son excentricité et sa rotondité, interroge la sévère géométrie romaine des cardo et des decumani...
Eclaireur de Phébus, prévenant du soleil chacun des avènements comme chacune des chutes, témoin du baptême et du deuil des jours, un homme-crépuscule vient sceller pour la nuit la porte de bois, dont l'antiquité explique la petitesse. De son coup de clef, ayant rabattu hermétiquement les planches formant un arrondi en leur sommet, il veille au nocturne inviolée des Arènes. Gardien des rêves de l'amphithéâtre, la pâleur et, proche de l'immobilité, l'économie de gestes rendus au plus infime de leur nécessaire, ne sont pas sans évoquer la blancheur vivante de ces figurines en porcelaine, dans l'imagination et la réalisation desquelles les peuples du Nord de l'Europe sont maîtres incontestés.
L'office échu à cette face de sépulcre fait, aujourd'hui comme toujours, l'objet d'une attention soutenue de la part des autorités parisiennes : des législateurs gallo-romains aux prélats mous de cette société qui, bien que dite du "spectacle", n'entretient qu'un rapport d’incompatibilité avec l'âme du lieu, il n'est pas jusqu'aux régicides à n'avoir entouré cette fonction des atours du plus occlus des secrets. Le portier lui-même, choisi parmi les orphelins puis émasculé, ne dispose pas du droit de pénétrer nuitamment les Arènes. Les clefs doivent être empruntées puis remisées dans un lieu variant chaque jour, et dont l'identité ne lui est révélée, de manière exclusivement orale, qu'à l'aube par les soins ailés d'une estafette spécialement détachée. Il se doit d'habiter un logement prévu à cet effet, situé hors-les-murs de la capitale. Sous Justinien III, une manière de masure, tenant presque du caveau et de la tour, en réalité un donjon à une pièce à demi contenue par le sol, fut édifiée à l'ouest de l'enceinte de Lutetia. Pétrus en fut son premier locataire. Chaque matin, après qu'à la manière d'un Hermès horizontal, un soldat lui avait indiqué l'emplacement quotidien du précieux trousseau, sa silhouette de pierre parcourait les sept lieues de l'axe héliotropique le séparant des Arènes. Au soir, Pétrus voyait deux solutions s'offrir à lui pour regagner son logis loin des hommes. Il pouvait d'abord, les jours où l'on fêtait quelque divinité, où il sentait que la nuit serait violacée, rouge lie du festin de Bacchus célébré en son vignoble sacré, où il savait que depuis le Forum sis sur la hauteur du plateau inspiré, non loin en face du contemporain jardin du Luxembourg, se déverserait sur le cardo second (le boulevard ensuite dédié à Saint-Michel par les héritiers convertis au Christ ressuscité) une foule composite d'amants, de marginaux, de voyants et de brigands, ivre de vins et de lune gibbeuse, il pouvait alors préférer, afin d'éviter cette faune dissonante, remonter discrètement le cours du décaminus le menant rapidement à l'orée du bois où sa demeure solitaire l'attendait, au mitan d'une clairière obscure, qu'il comme un bibelot le velours de son coffret.
Les jours calmes, à l'heure où la caresse orangée des soirs du mois de Jupiter venait émollier les colonnades du Forum, Pétrus aimait à s'attarder à la contemplation dans le lointain du Temple de Mercure qu'on apercevait là-bas, sur la grande colline du septentrion, celle que le saint dionysiaque viendrait bientôt irriguer du sang de Miséricorde. La voie parallèle au cardo est alors d'une sérénité de nuage, et lorsque tous les mauvais garçons ont rejoint leur quartier général au nord de la Seine, qu'ils remplissent la panse de cet éléphant géant que Justinien fit tailler dans le marbre en l'honneur d'Hannibal vainqueur des Pyrénées, confisqué et habité dès lors par ces factions de pauvres bougres, décimés par les grandes famines du IIème siècle, lorsque le boulevard bientôt dédié au chef des milices célestes par les héritiers convertis au Christ ressuscité, est déserté par les fils de patriciens venus s'encanailler sur son pavé qui est la nuit du cardo, Pétrus aime à le pratiquer dans son silence voluptueux.
Pour nous qui savons, maintenant que le rêve a totalement infusé notre réalité, en notre âge affranchi de la mesure du temps, où nous vivons le solstice du songe qui, en parousie, a lâché ses chimères dont les serres ont arraché les derniers lambeaux du vraisemblable, faisant éclater le cloître des dimensions multiples, procédant à la fission du connu, pour nous qui savons donc de quelle eau était ainsi emplie la fontaine des Arènes, ce miroir sous la grande bouche d'Ombre sculptée, rendant ses oracles silencieux, pour nous qui vivons désormais en un espace agone, la révélation de ses arcanes n'est plus source d'émoi ni d'émerveillement. Nous baignons littéralement dans, nous sommes le rêve, il n'y a plus ni intérieur, ni extérieur. Lorsqu'on le contemple depuis le rivage de granit du réel, le rêve lui est un au-delà, tandis que lorsqu'on a franchi le miroir, on accède à une dimension totale, holistique, sans retour, qui englobe le réel lui-même, et alors l'on s'aperçoit que notre vue manquait de considérer ce cercle sans circonférence, que le rêve en s'épanouissant dilate son onde sans trêve, comme une tâche d'encre illimitée, et accomplit sans l'abolir ce dont misérablement nos sens témoignent.
Tout cela Pétrus ne le savait pas, bien entendu, lui qui vécut à l'équinoxe des siècles.
Jamais comme ce soir disque solaire ne fut aussi dolent à la rétine humaine. Pétrus se dirigeait plein occident, d'où l'astre protégeait sa retraite d'une volée de flèches à crever les yeux. Il croisa un groupe de pèlerins à Mercure qui partait vers le Nord, marmonnant quelques mètres ïambiques. En tournant la clavicule dans la serrure, il nota ce soir encore, que le pavé des premières marches observait une imperceptible concavité de l'usure des pas humains. Comme il ne l'avait que très rarement fait, une fois la porte close, il ne reprit pas la direction orientale, mais se laissa descendre vers ce qui est aujourd'hui le Jardin des Plantes. A l'endroit où se situa à la fin des temps linéaires le Muséum d'histoire naturelle, il rencontra une fleur géante, de deux fois sa taille, aux pétales comme agitées perpétuellement d'un vent inquiet, sans direction…Il crut voir là quelque mauvais présage, et n'écartant pas l'hypothèse qu'il se fût agi de l’avertissement qu'il avait failli à sa charge, en mal fermant la porte...Il revint sur ses pas, la nuit était tombée entièrement sur les Arènes. La porte était correctement poussée...Mais en voulant s'en assurer, il la fit pivoter par mégarde sur ses gonds...Apercevant un peu plus bas la fontaine à la bouche d'Ombre et voulant s'y abreuver dans un réflexe animal, il transgressa la consigne absolue. Pétrus ne put saisir toute la gravité de son acte, car il était hypnotisé par le reflet diamantaire de la surface de l'eau, par son frémissement cristallin. Il joignit ses mains pour recueillir le liquide désaltérant, mais à son contact, ses mains semblaient peintes de voie lactée et la bouche d'Ombre grimaçait... Il lui semblait n'avoir connu qu'en rêve cette nouvelle et irréelle nuance du ciel. Il se retourna et se déroula sous ses yeux une tapisserie toute fantasmagorique…
Voici qu'en un combat nocturne des gladiateurs joutaient à une vitesse fort lente, au son mat de lames coulées selon l'art celte, la lune se reflétant au fil des épées. La chorégraphie des coups et parades formaient une constellation identique à celle de Mars brillant au ciel. Le tintinnabulement des épées était démultiplié par les gradins de l'amphithéâtre, gravissant la gamme des aigus au fur et à mesure du déploiement de l'écho...
Il voyait encore une pièce de théâtre donnée de nuit exclusivement, toutes les places étaient garnies par des citoyens aux masques grotesques, un chœur entonne des chants étranges, dont on retrouvera les accents en Lettonie...A l'épilogue de la pièce, la matière noire pleuvait et se répandait sur l'assemblée...Une nécropole semblait surgir de sous terre...Un culte est rendu à la lune dans les catacombes...Il assiste aussi à une séance de prières collectives. Il revoit les pèlerins de Mercure. En quelque direction qu'il se déplace sur la terre battue de l'arène, l'écho du rêve partout le précède...
Les Arènes de Lutèce sont la porte ouverte vers une autre dimension, le boyau qui mène à l'épicentre d'une succession de Paris invisibles, où, de strates implicites en orbes tus, se concentre, ondoyante, la quintessence de la Cité insulaire.
Est-ce la dimension Morphique, l’outremer du songe aux océans innomés, où des dauphins d'or boivent à pleine gorgée des liqueurs en fusion, presqu'évaporées, doucement salées, aux calices translucides.
Voici que se sont ouvertes les traboules du temps, comme ces passages qui trouent le tissu parisien, courant sous les charpentes où, avec le piéton magnétique, s'engouffrent les vents, l'obscurité et le songe.
Reprenant brusquement conscience, il courut jusqu'aux Thermes du Nord pour se laver de ces visions interdites, oubliant dans son délire que le jour allait bientôt se lever...Ne l'ayant pas vu la veille rapporter les clefs, le cavalier qui habituellement venait l'informer de leur emplacement exact était ce matin à sa recherche ; il retrouva Pétrus endormi et hurlant dans son sommeil au pied des bains publics...
Dès le lendemain, Paris connut une éclipse du soleil qui dura plusieurs semaines. Le portier démis n'y survécut pas. S'allongeant dans une barque qu'il laissa dévaler le cours de la Bièvre, il crut, à la lisière du dernier sommeil, aspiré déjà par les eaux de la Seine qui l'engloutissait, apercevoir Isis, qui l'appelait. Depuis la profanation de Pétrus, les gardiens sont choisis sourds et aveugles.
Ne sois pas étonné lecteur, si, suivant la trace de celui qui s'acquitte aujourd'hui de cet office, tu vois, à son passage, des éléments antiques se reconstituer à l'épiderme des hausmaniennes bâtisses, pour se retirer aussitôt comme la marée.
Eclaireur de Phébus, prévenant du soleil chacun des avènements comme chacune des chutes, témoin du baptême et du deuil des jours, un homme-crépuscule vient sceller pour la nuit la porte de bois, dont l'antiquité explique la petitesse. De son coup de clef, ayant rabattu hermétiquement les planches formant un arrondi en leur sommet, il veille au nocturne inviolée des Arènes. Gardien des rêves de l'amphithéâtre, la pâleur et, proche de l'immobilité, l'économie de gestes rendus au plus infime de leur nécessaire, ne sont pas sans évoquer la blancheur vivante de ces figurines en porcelaine, dans l'imagination et la réalisation desquelles les peuples du Nord de l'Europe sont maîtres incontestés.
L'office échu à cette face de sépulcre fait, aujourd'hui comme toujours, l'objet d'une attention soutenue de la part des autorités parisiennes : des législateurs gallo-romains aux prélats mous de cette société qui, bien que dite du "spectacle", n'entretient qu'un rapport d’incompatibilité avec l'âme du lieu, il n'est pas jusqu'aux régicides à n'avoir entouré cette fonction des atours du plus occlus des secrets. Le portier lui-même, choisi parmi les orphelins puis émasculé, ne dispose pas du droit de pénétrer nuitamment les Arènes. Les clefs doivent être empruntées puis remisées dans un lieu variant chaque jour, et dont l'identité ne lui est révélée, de manière exclusivement orale, qu'à l'aube par les soins ailés d'une estafette spécialement détachée. Il se doit d'habiter un logement prévu à cet effet, situé hors-les-murs de la capitale. Sous Justinien III, une manière de masure, tenant presque du caveau et de la tour, en réalité un donjon à une pièce à demi contenue par le sol, fut édifiée à l'ouest de l'enceinte de Lutetia. Pétrus en fut son premier locataire. Chaque matin, après qu'à la manière d'un Hermès horizontal, un soldat lui avait indiqué l'emplacement quotidien du précieux trousseau, sa silhouette de pierre parcourait les sept lieues de l'axe héliotropique le séparant des Arènes. Au soir, Pétrus voyait deux solutions s'offrir à lui pour regagner son logis loin des hommes. Il pouvait d'abord, les jours où l'on fêtait quelque divinité, où il sentait que la nuit serait violacée, rouge lie du festin de Bacchus célébré en son vignoble sacré, où il savait que depuis le Forum sis sur la hauteur du plateau inspiré, non loin en face du contemporain jardin du Luxembourg, se déverserait sur le cardo second (le boulevard ensuite dédié à Saint-Michel par les héritiers convertis au Christ ressuscité) une foule composite d'amants, de marginaux, de voyants et de brigands, ivre de vins et de lune gibbeuse, il pouvait alors préférer, afin d'éviter cette faune dissonante, remonter discrètement le cours du décaminus le menant rapidement à l'orée du bois où sa demeure solitaire l'attendait, au mitan d'une clairière obscure, qu'il comme un bibelot le velours de son coffret.
Les jours calmes, à l'heure où la caresse orangée des soirs du mois de Jupiter venait émollier les colonnades du Forum, Pétrus aimait à s'attarder à la contemplation dans le lointain du Temple de Mercure qu'on apercevait là-bas, sur la grande colline du septentrion, celle que le saint dionysiaque viendrait bientôt irriguer du sang de Miséricorde. La voie parallèle au cardo est alors d'une sérénité de nuage, et lorsque tous les mauvais garçons ont rejoint leur quartier général au nord de la Seine, qu'ils remplissent la panse de cet éléphant géant que Justinien fit tailler dans le marbre en l'honneur d'Hannibal vainqueur des Pyrénées, confisqué et habité dès lors par ces factions de pauvres bougres, décimés par les grandes famines du IIème siècle, lorsque le boulevard bientôt dédié au chef des milices célestes par les héritiers convertis au Christ ressuscité, est déserté par les fils de patriciens venus s'encanailler sur son pavé qui est la nuit du cardo, Pétrus aime à le pratiquer dans son silence voluptueux.
Pour nous qui savons, maintenant que le rêve a totalement infusé notre réalité, en notre âge affranchi de la mesure du temps, où nous vivons le solstice du songe qui, en parousie, a lâché ses chimères dont les serres ont arraché les derniers lambeaux du vraisemblable, faisant éclater le cloître des dimensions multiples, procédant à la fission du connu, pour nous qui savons donc de quelle eau était ainsi emplie la fontaine des Arènes, ce miroir sous la grande bouche d'Ombre sculptée, rendant ses oracles silencieux, pour nous qui vivons désormais en un espace agone, la révélation de ses arcanes n'est plus source d'émoi ni d'émerveillement. Nous baignons littéralement dans, nous sommes le rêve, il n'y a plus ni intérieur, ni extérieur. Lorsqu'on le contemple depuis le rivage de granit du réel, le rêve lui est un au-delà, tandis que lorsqu'on a franchi le miroir, on accède à une dimension totale, holistique, sans retour, qui englobe le réel lui-même, et alors l'on s'aperçoit que notre vue manquait de considérer ce cercle sans circonférence, que le rêve en s'épanouissant dilate son onde sans trêve, comme une tâche d'encre illimitée, et accomplit sans l'abolir ce dont misérablement nos sens témoignent.
Tout cela Pétrus ne le savait pas, bien entendu, lui qui vécut à l'équinoxe des siècles.
Jamais comme ce soir disque solaire ne fut aussi dolent à la rétine humaine. Pétrus se dirigeait plein occident, d'où l'astre protégeait sa retraite d'une volée de flèches à crever les yeux. Il croisa un groupe de pèlerins à Mercure qui partait vers le Nord, marmonnant quelques mètres ïambiques. En tournant la clavicule dans la serrure, il nota ce soir encore, que le pavé des premières marches observait une imperceptible concavité de l'usure des pas humains. Comme il ne l'avait que très rarement fait, une fois la porte close, il ne reprit pas la direction orientale, mais se laissa descendre vers ce qui est aujourd'hui le Jardin des Plantes. A l'endroit où se situa à la fin des temps linéaires le Muséum d'histoire naturelle, il rencontra une fleur géante, de deux fois sa taille, aux pétales comme agitées perpétuellement d'un vent inquiet, sans direction…Il crut voir là quelque mauvais présage, et n'écartant pas l'hypothèse qu'il se fût agi de l’avertissement qu'il avait failli à sa charge, en mal fermant la porte...Il revint sur ses pas, la nuit était tombée entièrement sur les Arènes. La porte était correctement poussée...Mais en voulant s'en assurer, il la fit pivoter par mégarde sur ses gonds...Apercevant un peu plus bas la fontaine à la bouche d'Ombre et voulant s'y abreuver dans un réflexe animal, il transgressa la consigne absolue. Pétrus ne put saisir toute la gravité de son acte, car il était hypnotisé par le reflet diamantaire de la surface de l'eau, par son frémissement cristallin. Il joignit ses mains pour recueillir le liquide désaltérant, mais à son contact, ses mains semblaient peintes de voie lactée et la bouche d'Ombre grimaçait... Il lui semblait n'avoir connu qu'en rêve cette nouvelle et irréelle nuance du ciel. Il se retourna et se déroula sous ses yeux une tapisserie toute fantasmagorique…
Voici qu'en un combat nocturne des gladiateurs joutaient à une vitesse fort lente, au son mat de lames coulées selon l'art celte, la lune se reflétant au fil des épées. La chorégraphie des coups et parades formaient une constellation identique à celle de Mars brillant au ciel. Le tintinnabulement des épées était démultiplié par les gradins de l'amphithéâtre, gravissant la gamme des aigus au fur et à mesure du déploiement de l'écho...
Il voyait encore une pièce de théâtre donnée de nuit exclusivement, toutes les places étaient garnies par des citoyens aux masques grotesques, un chœur entonne des chants étranges, dont on retrouvera les accents en Lettonie...A l'épilogue de la pièce, la matière noire pleuvait et se répandait sur l'assemblée...Une nécropole semblait surgir de sous terre...Un culte est rendu à la lune dans les catacombes...Il assiste aussi à une séance de prières collectives. Il revoit les pèlerins de Mercure. En quelque direction qu'il se déplace sur la terre battue de l'arène, l'écho du rêve partout le précède...
Les Arènes de Lutèce sont la porte ouverte vers une autre dimension, le boyau qui mène à l'épicentre d'une succession de Paris invisibles, où, de strates implicites en orbes tus, se concentre, ondoyante, la quintessence de la Cité insulaire.
Est-ce la dimension Morphique, l’outremer du songe aux océans innomés, où des dauphins d'or boivent à pleine gorgée des liqueurs en fusion, presqu'évaporées, doucement salées, aux calices translucides.
Voici que se sont ouvertes les traboules du temps, comme ces passages qui trouent le tissu parisien, courant sous les charpentes où, avec le piéton magnétique, s'engouffrent les vents, l'obscurité et le songe.
Reprenant brusquement conscience, il courut jusqu'aux Thermes du Nord pour se laver de ces visions interdites, oubliant dans son délire que le jour allait bientôt se lever...Ne l'ayant pas vu la veille rapporter les clefs, le cavalier qui habituellement venait l'informer de leur emplacement exact était ce matin à sa recherche ; il retrouva Pétrus endormi et hurlant dans son sommeil au pied des bains publics...
Dès le lendemain, Paris connut une éclipse du soleil qui dura plusieurs semaines. Le portier démis n'y survécut pas. S'allongeant dans une barque qu'il laissa dévaler le cours de la Bièvre, il crut, à la lisière du dernier sommeil, aspiré déjà par les eaux de la Seine qui l'engloutissait, apercevoir Isis, qui l'appelait. Depuis la profanation de Pétrus, les gardiens sont choisis sourds et aveugles.
Ne sois pas étonné lecteur, si, suivant la trace de celui qui s'acquitte aujourd'hui de cet office, tu vois, à son passage, des éléments antiques se reconstituer à l'épiderme des hausmaniennes bâtisses, pour se retirer aussitôt comme la marée.
01:50 Publié dans Ecrevisses de lune | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note



Commentaires
(Decumani, plutôt que ducameni. Non ?)
Écrit par : fromageplus | 19 avril 2005
Exacto Queso! Je corrige dès que je peux!
Dislexorinque.
Écrit par : OrnithOrynque | 19 avril 2005
J´ai tout de même honte de relever ce genre de détail. Devant la profondeur et la beauté de votre texte, on devrait avoir la bonne éducation de ne le saluer que par le silence, et non pas en pointant du doigt un accroc accidentel insignifiant.
Je m´éclipse.
Écrit par : fromageplus | 19 avril 2005
Ah mais non au contraire, l'ami! Non seulement cela me permet de corriger une faute grossière et de parler avec vous.
Il y a, de plus, certains silences qui présagent de tout autre chose que du respect...
Écrit par : OrnithOrynque | 19 avril 2005
Je découvre juste ce nouveau texte, je vais le relire. Piéton magnétique, merci, de tout coeur !
Écrit par : Alina | 19 avril 2005
Très beau conte, l'Oiseau! Presque une épure!
Bien vu, le gardien eunuque, véritable premier mercure, esclave, blanc albinos et stérile. Le bon serviteur qui se plie à l'interdit nocturne.
Vivant dans Hadès forestier, à l'écart, car trop repoussant, comme les cagots et les fous.
Signe conforté par "la bouche d'ombre" et sèche, mais là vous êtes envieux une fois de plus.De plus la fontaine n'est pas sèche...
"une fleur géante, de deux fois sa taille, aux pétales comme agitées perpétuellement d'un vent inquiet, sans direction…"
La fleur, symbole verd? L'hydre végétale?pourquoi deux fois? Les pétales agités et carnivores sont bien décrits, présence du vent inquiet... c'est très juste dans l'ordre de la narration.
Le jeu des clefs est lumineux!
L'arène, celle des contraires dont la porte enferme les nuées volatiles, subtiles des combats élémentaires, des hommes métalliques et morts et des lions verds et rouges. Elle est ronde comme "nostre mer" et répond aux quatre vents qui soufflent discrètement dans la croix du feu secret, creuset de la Cité etc...
Merci pour le vin de Bacchus, le sang du carnage et pour les clameurs perdues de l'Arès, le massacre des innocents, signe de l'ouverture de la pierre (Petra)hermétiquement scellée par les "clavicules".
BREF, TOUT Y EST... de Pétrus par Isis sur la barque des fous.Chaque ligne mérite un commentaire ou une question ou des précisions (le jeu des clefs,le réveil de Pétrus dans la ville près du bain publique (les eaux vives) alors qu'il est le lépreux, l' éclipse "de plusieurs semaines", la fuite sur la rivière et la mort...)etc...
Ce sera pour une autre histoire.
Amicalement.
Écrit par : LKL | 19 avril 2005
On lit moins bien les textes sur un écran que sur du papier, alors j'y reviens toujours. Beaux commentaires de LKL.
Petrus pour moi c'est aussi, d'abord, un grand vin !
OO qui avez pourtant un nom (secret) d'eau, à quelle fontaine buvez-vous de telles visions ? La prochaine fois que j'irai aux arènes de Lutèce, très bientôt, je prendrai vos L cachées d'ornithorynque pour goûter la magie du lieu et voir un peu ce que je verrai... et je vous dirai.
Écrit par : sibil | 20 avril 2005
Les deux vins sont biens les menstrues de la Terre, en Bord' Eaux.
Latone, la tonne, bien embouchée par le sceau d'Hermès, soit l'étoile du Roi David est gardée par la lanterne de Diogène!
De là souffle les vents dans la nef vers Luz et Compostelle vers le sud et l' Ys vers le nord.
Tout est dans tout.
Pour vous Alina:
" Je vis Madeleine rentrer dans le jardin et se diriger vers le tombeau, tout émue de sa course et de sa douleur. Elle était couverte de ROSEE; son manteau tombé de sa tête sur ses épaules,et ses longs cheveux DENOUES et FLOTTANTS."
(" Douloureuse Passion de Notre-Seigneur Jésus Christ- LXVI-Les Saintes Femmes au tombeau de Sainte Anne Catherine Emmmerich)
"O lumière toute-puissante de nos transport bachiques, que je suis heureuse de te voir! J' étais dans la solitude, privée de toi."
(Les Bacchantes d'Euripide)
La Madeleine est la pure Bacchante, l' Eve au pied blessé comme l'Eurydice d'Orphée, souillée et noire et brûlée par le soleil du Cantique du Sol-au-Mont.
Elle est la terrible Mère noire, si belle Cybèle qui garde jalousement la Mandorle de feu derrière les voiles du monde en attendant la Réparation de la Création par Colombus.
Le reste est silence devant le Barlong.
Bien à vous, Belle Mère Folle de la cahute.
Pour l'Ornitho:
"...des dauphins d'or boivent à pleine gorgée des liqueurs en fusion, presqu'évaporées, doucement salées, aux calices translucides."
Merci pour le petit Roi.C'est tellement beau, plein de l' Or fait, ça brille dans la tête.
Je m' "Eclipse" au noir, comme dirait le Fromage plus.
Écrit par : LKL | 20 avril 2005
LKL, "Belle Mère Folle de la cahute", cela m'amuse beaucoup, mais qu'est-ce que ça veut dire ?
Avez-vous un site ? Vos références ésotériques m'intriguent.
Écrit par : Alina | 20 avril 2005
Merci les amis pour vos présences, d'où je suis je ne puis guère vous en dire plus...A très bientôt, par quelque traboule que ce soit...Bien évidemment, comme je vous l'ai dit déjà chr LKL, je ne connais toutes ces références qu'en surface, mais je les trouve chargées d'un fort pouvoir poétique, et vos commentaires sout sources de rêve, ils le prolongent.
A vous, sincèrement.
Écrit par : OrnithOrynque | 20 avril 2005
La Mère Folle, c'est la Sagesse de Dieu,celle qui patronnait les Compagnons dans la construction des cathédrales. C' était la seule femme qui vivait avec eux, la Mère, l'amante au grand con, la soeur à la lanterne, la Sainte Barbe (sainte Barbare des éclairs, mère de Dionysos), celle que l'on voit dans les tableaux de Van Eyck .
C' était la garante du chantier, leur pierre vivante,leur patronne, stable et immuable,leur sagesse donnée par les Syriaques, leur lien profond avec la matière, leur Papesse secrète.
Symbole de la FONDATION. La mamelle pleine du lait tendre de la Nature.Elle parlait la langue verte, l'Argot, l'Art Goth dans une incroyable douceur,elle était le foyer des hommes francs,des géomètres arabes de Compostel et de tous ceux qui bâtissent l' Ymage du Fils.
Elle était la pierre noire, leur Chaos, le labyrinthe de l'incarnation, le voile délicat devenu vitrail dans l' amour de la lumière vers le Père, dans la concorde des aptitudes et la convergence des talents.
Eux, les Cornards, les avortons, les patients, ceux qui se taisaient dans la besogne, les Loups, les compagnons l'aimaient dans le silence de la pudeur et chantaient pour elle l'Art du trait dans les nervures et l'arc brisé et la Mandorle.
Tous cela dans le silence de l'Oeuvre opérative et de la Foi, sous la Mante de Vierge et du Lys.
Comprenez-vous?, c'était un chant d'amour qui a chanté joyeusement à travers tout le Moyen-Age. Quelque part vous entretenez cette petite flamme dans la crypte, sous l'Autel.
La Madeleine est toujours dans le coeur de l'homme quand elle le serre dans ses entrailles.
"Sept longues années je t'ai servi,
La montagne de hyaline, je l'ai gravie pour toi,
La chemise sanglante, je l'ai tordue pour toi,
Et ne voudrais-tu pas t'éveiller et te tourner vers moi?
Il entendit et se tourna vers elle."
(The black Bull of Norroway)
Je ne puis que lui laver son pied blessé avec ma sueur et mes larmes.Elle est celle qui accorde la virilité, la vrai, celle qui souffle sur l'acte fécondant dans la Verdeur sauvage.
Au sommet des nervures sourit le Green man, l'homme vert plein de sève, le nez en tromette et les dents du bonheur, "Nostre" clef de voûte.
Mon blog "cahut" est en cours d'aménagement pour y recevoir les Dames, c'est encore une grotte...Je vous ferai signe quand il y aura l'eau courante.:)
Mes excuses à l'Ornitho, visiblement absent, de squater son antre.
Bien à vous.
Écrit par : LKL | 20 avril 2005
Cher Ornitho, vous les connaissez, puisque vous les avez dites avec le souffle Vivant!
Je vous le dis, (en vérité :) , tout le reste n'est que cérébralité brillante et commentaires ordonnés avec élégance.
Là est le gouffre entre celui qui compose et celui qui interprète.
L'esprit d' Enfance n'est pas une vision romantique, poétique etc, mais bel est bien ce qui maintient anonymement dans la Tradition, de Grimm au Mahabaratha de Vyasa, de Sinbad à Ulysse d'Homère, du Kalevala à Rabelais.Ce qui fait que l'homme et la femme se reconnaissent depuis la Chute et continuent de s'aimer par la descendance.
C'est la religion du pauvre, du charbonnier.
De l'anti- moderne hygiénique et désincarné.
Bien à vous.
Voir la note Dominique Autié du jour.
Écrit par : LKL | 20 avril 2005
Merci LKL. J'ai hâte de vous lire davantage. Et merci encore à vous aussi, OO. Je dépose un ex-voto imaginaire pour Internet !
Écrit par : Alina | 20 avril 2005
Ornitho, je ne peux pas suivre toutes vos références avec toute l´érudition émue d´un initié, je ne suis qu´un petit con boutonneux. On raconte que des roses sortent des boutons, mais je crois que je n´ai que des boutons de culotte.
Pouvez-vous me soumettre votre critique de mes "béatitudes", vous qui savez éclairer les ténèbres du doute ? (Et n´essayez pas, comme je suis honteusement en train de le faire, de passer la brosse à reluire sur mes godasses).
Écrit par : fromageplus | 21 avril 2005
Cher Bonarinque.
Encore bravo pour ce texte que je n'ai pas encore lu. Pour celui d'avant aussi d'ailleurs. Pas lu non plus. Je commence à developper une sorte d'agoratypographobie qui m'empeche de parcourir sereinement de trop grandes étendues de mots, je me contente donc de survoler et d'en saisir quelques uns
épars
decidelà
comme pour un tirage de la française des jeux finalement
et le résultat me ravit. J'adore le patchwork. Je suis ravie.
Comme Florence Aubenas mais en moins photogénique.
Encore bravo donc.
Je reviendrai pour la super cagnotte.
A bientôt dans une nouvelle maison de la radio...
Écrit par : ACcRoc bientôt sur vos deux oreilles | 21 avril 2005
Bonjour Accroc!
Content d'avoir de vos nouvelles, jeune chaussette jaune!
Ce n'est pas un mensonge : je pensai à vous il y a 5 minutes!
J'étais sûr que vous jouiez au Keno.
A bientôt "on the air".
Écrit par : OrnithOrynque | 21 avril 2005
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